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24/09/2011

Les Noces et le Feu

Je viens de passer cinq jours merveilleux à Montréal (d'où mon retard à ajouter de nouveaux billets sur ce blogue), chez fiston et sa douce, au cours desquels j'ai fait et vu des choses étonnantes, stimulantes, réconfortantes, spéciales.

J'en ai beaucoup à raconter, je vais procéder en reculant dans le temps, et donc commencer par ma dernière soirée, celle du jeudi 22 septembre.

Le Nozze di Figaro, Opéra de Montréal, Julie Boulianne, Arcade Fire

(Julie Boulianne, Phillip Addis et Hélène Guilmette. Photo: Yves Renaud)


Je suis allée voir Le Nozze di Figaro de l'Opéra de Montréal. Je me suis offert un bon billet  dans la rangée K, au centre,  salle Wilfrid-Pelletier. La dernière représentation, ce soir samedi, y était jouée à guichets fermés. J'ai beaucoup aimé. La mise en scène de Tom Diamond, dynamique et bien conduite, permet de se débrouiller (à peu près) dans ce tourbillon de quiproquos, de tromperies, de revirements amoureux à la faveur de lettres, billets et autres objets perdus ou retrouvés.

Côté musique, c'est le divin Mozart, léger, délicieux, joyeux... éblouissant. L'Orchestre Métropolitain, sous la direction de Paul Nadler, sonne bien et met en valeur la richesse de cette écriture. Une bonne équipe de chanteurs, assez homogène, d'où se détache Julie Boulianne, mezzo-soprano originaire de Dolbeau-Mistassini, qui vole littéralement le show en première partie. Sous les traits du jeune page Cherubino, elle fait rire le public avec ses pitreries, avant de l'émouvoir totalement avec son merveilleux Voi che sapete, longuement applaudi d'ailleurs.

Voici ce qu'a écrit Claude Gingras dans La Presse:

La minuscule mezzo Julie Boulianne projette assez de voix pour rejoindre la dernière rangée de la corbeille et son personnage de page Cherubino est l'un des joyaux du spectacle : elle adopte la parfaite allure d'un adolescent et elle fait rire toute la salle lorsqu'on l'habille en fille.

 

En deuxième position: la soprano Nicole Cabell, en comtesse Almaviva: belle voix chaude et nuancée, remarquable dans l'air Dove sono... Les barytons: Robert Gleadow (Figaro) joue fortle nozze di figaro,opéra de montréal,julie boulianne,arcade fire bien et chante assez bien; Phillip Addis (le Comte Almaviva) s'en tire honorablement même s'il manque un peu de volume, et la soprano Hélène Guilmette (Susanna) joue mieux qu'elle ne chante. L'important finalement est que tout cela fonctionne, et ça fonctionne vraiment bien.

Pendant ce temps, à l'extérieur, près de 100,000 personnes avaient envahi l'esplanade de la Place des Arts pour se noyer dans les décibels du groupe Arcade Fire (et de Karkwa en première partie), qui leur offrait un spectacle gratuit.

Dès que l'on a ouvert les portes de la salle Wilfrid-Pelletier, à l'entracte, la vague sonore de l'extérieur nous a frappés de plein fouet. Et on pouvait voir, à travers les baies vitrées, les milliers de fans se trémousser devant les écrans géants. Les chanteurs des Noces devaient se concentrer au maximum pour oublier les vibrations du rock qu'ils sentaient sous leurs pieds.

Une soirée magique où il y en avait pour tous les goûts.

13/07/2011

Palais Garnier: au coeur du mythe

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Le décès récent du grand chorégraphe Roland Petit m'a rappellé ma visite, l'automne dernier, au Palais Garnier de l'Opéra national de Paris. Mon conjoint et moi voulions absolument assister à un concert dans cette salle mythique

J'aurais bien aimé y voir un grand opéra, mais vu les contraintes de toute sorte, ce n'était pas possible. Nous avons donc assisté le samedi 2 octobre en après-midi, à un programme de ballet qui comprenait trois chorégraphies de Roland Petit, dont sa plus célèbre, Le Jeune homme et la mort.  C'était aussi la plus belle et la plus émouvante, surtout que la musique est une Passacaille de Bach. Les deux autres, Le Loup et Le Rendez-vous, étaient également intéressantes, plongeant dans des univers que nous connaissons bien, ceux de Joseph Kosma, de Picasso (pour un rideau de scène), de Cocteau, de Jean Anouilh. Si cela vous intéresse, vous pouvez aller lire la critique publiée dans Le Monde. On peut y voir notamment que la carrière de Roland Petit a été étroitement associée à l'Opéra Garnier.

J'ai fait les réservations par Internet, avant le départ pour Paris: ce fut efficace, rapide, vraiment pas compliqué.

 

(Sur cette vidéo, Le Jeune homme et la mort, dansé par Zizi Jeanmaire (femme de Roland Petit) et Rudolf Noureev. Chorégraphie de Roland Petit créée en 1946 et filmée en 1966)

Arrivés bien en avance, nous avons tourné autour du théâtre, admiré et photographié sous tous les angles posssibles ce chef-d'oeuvre de l'architecte Charles Garnier.

Quand nous sommes entrés, nos billets étaient bien là, au guichet, de même que le programme que j'avais réservé et payé à l'avance (et que je ne retrouve plus!!!). Ci-dessous, mon billet, payé 89 euros pour une place au centre, dans l'un des nombreux balcons.

opéra de paris, Roland Petit, ballet, palais GarnierLe rouge et or domine dans la salle: les sièges, les tentures, le rideau de scène "au drapé rouge et or et peint en trompe-l'œil". Le grand lustre de cristal (il pèse environ huit tonnes) suspendu au plafond peint par Chagall, m'a semblé exactement comme celui qui tombe dans Le Fantôme de l'Opéra, de Gaston Leroux (il y a eu aussi une comédie musicale, je crois...). Tout cela est fort impressionnant. On se sent vraiment quelque part, dans un lieu exceptionnel.

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Il régnait cependant dans cette salle une chaleur torride, les sièges étaient plutôt inconfortables, et j'avais devant moi une femme portant une coiffure gigantesque... qui a eu le bon goût de disparaître à un moment donné...

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L'entracte nous a permis de nous promener dans le célèbre grand escalier, d'admirer les sculptures, les statues, les lustres et autres lampes, l'ornementation, la décoration (style Napoléon III)... et de constater que ça sentait très mauvais près des toilettes des hommes.

Voilà un petit film que j'y ai tourné (essayez d'identifier l'acteur principal, il est très célèbre):

Somme toute, je suis vraiment heureuse d'être allée à cette représentation: pour Roland Petit, pour le ballet, pour Paris, pour la salle, pour tout ce que j'y ai vu et ressenti.

Et depuis quand le mythe doit-il être climatisé, confortable, sentir la rose et correspondre à nos attentes? Il doit au contraire nous surprendre, nous déstabiliser, parfois même nous déplaire à prime abord. Il faut du temps pour l'apprivoiser, il faut y repenser, réfléchir, en tirer des enseignements: peu à peu il s'insère dans la trame de notre vie, réelle et imaginaire, il devient partie intégrante de notre passé et de notre futur.

Voilà ce qu'est devenu pour moi

le Palais Garnier.

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(Les danseurs Eleonora Abbagnato et Nicolas Le Riche saluent après leur magnifique prestation dans Le jeune homme et la mort)

03/06/2011

Opérette, opéra, arias

Julie Boulianne, Karin Côté, SALR, opérette, opéra, sopranoEn marchant sur la rue Saint-Denis, dans un secteur de Montréal (un peu au nord de Cherrier) où pourtant j'ai dû passer des centaines de fois au cours des années, je découvre ce vieux bâtiment, assez beau malgré ses fenêtres placardées au rez-de-chaussée. (Il logerait un cabinet d'avocats, semble-t-il).

Gravée dans la pierre, au-dessus de la porte, cette inscription:

STUDIO DE LA SOCIETE CANADIENNE D'OPERETTE

Et tout en haut:

FONDEE EN 1921

(Tout en majuscules, sans accent...)julie boulianne,karin côté,salr,opérette,opéra,soprano

 

L'inscription est plus lisible sur la photo de droite:

Je connaissais vaguement la Société canadienne d'opérette, mais je ne savais pas du tout qu'elle avait eu pignon sur rue au 3774 Sait-Denis. Fondée par le baryton Honoré Vaillancourt, elle a compté jusqu'à 200 actionnaires et 155 employés. Elle présentait jusqu'à neuf opérettes par année; des artistes comme Amanda Alarie, Lionel Daunais, Albert Roberval, Raoul Jobin y ont chanté.

"Peu après sa fondation, la Société canadienne d'opérette lança une souscription populaire sous forme de briques vendues à un dollar afin d'ériger un édifice de quatre étages au 3774, rue Saint-Denis, pour y loger son administration et tenir ses répétitions".

La SCO a pavé la voie aux Variétés lyriques, fondées en 1936 par Lionel Daunais, qui ont connu un succès phénoménal à Montréal jusqu'en 1955, avec des opérettes présentées au Monument-National.

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julie boulianne,karin côté,salr,opérette,opéra,sopranoL'opérette, c'est aussi le créneau de la Société d'art lyrique du Royaume, fondée à Chicoutimi il y a 40 ans. J'en profite pour vous signaler qu'elle présente, ce dimanche 5 juin à la salle François-Brassard, un très beau concert qui réunira sur scène la mezzo-soprano Julie Boulianne (photo) et la soprano Karin Côté. L'une est née à Dolbeau-Mistassini, l'autre à Laterrière, elles sont amies et se font complices pour présenter, en solos et en duos, aussi bien Mozart, Rossini et Massenet, que Poulenc, Ravel et Kurt Weill.

Plus de détails sur le concert ici.

17/05/2011

La Walkyrie: besoin d'air(s)

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En octobre dernier, je m'étais rendue au cinéma Jonquière pour voir L'Or du Rhin, de Wagner, en direct du Metropolitan Opera. Je me suis alors heurtée à une porte close sur laquelle une petite affiche annonçait que c'était complet.

Samedi dernier 14 mai, la même salle diffusait le deuxième des quatre opéras du cycle du RingDie Walküre, toujours sous la houlette de Robert Lepage et de son équipe québécoise. Craignant la même cohue que l'automne dernier, j'ai acheté mon billet une semaine à l'avance et je me suis présentée assez tôt au cinéma Jonquière. Mais cela n'aurait pas été nécessaire, car il y avait cette fois  bien peu de monde. Une des plus petites assistances que j'aie vues dans cette salle au cours des deux dernières années pour un opéra du Met.

La présentation a débuté avec une demi-heure de retard (au Metropolitan et dans les cinémas) pour des raisons techniques, donc à midi 30 pour se terminer à 18 heures.

J'ai été m'asseoir avec un petit groupe d'amis que j'appelle affectueusement les "adorateurs de Wagner": ils connaissent tous les opéras du compositeur, ils en ont vu plusieurs versions, dont certaines au festival de Bayreuth. Cette musique les transporte, les fait littéralement tripper. Encore cette fois, ils ont aimé, ils ont été émus par ces personnages et ces scènes qu'ils connaissent bien, ils ont même versé quelques larmes. Ce qui ne les a pas empêchés de critiquer certains aspects de l'interprétation et de la mise en scène.

 

 

Pour ma part  je suis restée assez froide et je me suis ennuyée par moments. J'ai apprécié en général la partie orchestrale, puissante, nuancée, avec le chef James Levine toujours aussi allumé et efficace. Il y a de belles images, une utilisation ingénieuse et étonnante de "la machine" (nommée ainsi peut-être [mais je ne sais pas s'ils sont au courant] en référence au nom de la compagnie de Robert Lepage, Ex Machina), unique élément de décor, immense structure faite d'une série de planches pivotant autour d'un axe, due au scénographe Carl Fillion.

L'amour qui naît entre Sieglinde et son frère jumeau Siegmund donne lieu à de beaux moments à la fin du premier acte. Tout comme la condamnation de Brünnhilde par son père Wotan à la fin. La chevauchée des Walkyries est spectaculaire (vue par Robert Lepage sur la photo du haut, et vue par Patrice Chéreau sur la vidéo qui suit), de même que l'embrasement final du décor autour de Brünnhilde, suspendue la tête en bas (c'est une doublure, dit-on). Et j'ai bien aimé les interviews et les présentations menées par le suave Placido Domingo aux entractes.

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Debora Voigt et Bryn Terfel


Les chanteurs, Bryn Terfel (Wotan, immense), Deborah Voigt (Brünnhilde, elle va chanter avec l'OSM en 2012), Eva-Maria Westbroek (Sieglinde), Jonas Kaufmann (un Siegmund au physique très agréable), Stephanie Blythe (Fricka) m'ont semblé bons en général, mais ne m'ont pas convaincue de l'intérêt de cette partition, côté vocal. Pour moi qui aime les exploits vocaux, les belles mélodies et les grandes arias, cette musique manque d'air(s).

Mal à l'aise pour juger quelque chose que je ne comprends pas, je laisse donc la critique à d'autres (voir à la fin de cette note). Les Américains ont en général été sévères  avec la mise en scène de Lepage. Mais ils ont assisté à la première, où Deborah Voigt a trébuché sur la machine lors de son entrée, et où Eva-Maria Westbroek, malade, a dû se faire remplacer.  Or, dans la représentation que j'ai vue samedi, tout s'est bien déroulé. Les critiques se plaignent aussi des bruits et craquements émis par les planches qui se déplacent, or, cela n'était pas très perceptible au cinéma et ne dérangeait en rien l'audition.

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Jonas Kaufmann et Eva-Maria Westbroek. (Photo: Ken Howard)

Bref, c'était une expérience à vivre, et j'ai aimé mieux cette Walkyrie que Tristan und Isolde, vu il y a trois ans. Je pourrais répéter la plupart des choses que j'avais alors écrites, mais en adoucissant un peu mon propos. Mon "allergie à Wagner" a un peu diminué, mais je ne suis pas guérie, loin de là.

Je suis contente d'avoir vu ça, d'avoir fait plus ample connaissance avec Wotan, Brühnnilde, et les jumeaux Siegmund et Sieglinde. De leur union naîtra Siegfried, héros du troisième opéra du cycle, qui sera présenté l'automne prochain: je ne sais pas si j'irai le voir...

 

Autres textes sur La Walkyrie de Robert Lepage:

En anglais:

- Un texte suivi de liens vers d'autres critiques publiées aux États-Unis..

En français:

- Le Soleil

- Le Devoir

- Voir

- Critiques américaines et internationales de La Walkyrie, traduites et résumées dans La Presse:

02/05/2011

Il Trovatore: flammes, passion et bel canto

Il Trovatore,Radvanovsky, Hvorostovsky, Metropolitan,Alvarez,McVicarIl faut aimer l'opéra pour aller s'enfermer dans une salle obscure alors que la première journée vraiment printanière brille de tous ses feux et nous invite à jouer dehors.

J'aime donc l'opéra, puisque ce samedi 30 avril, je suis allée voir Il trovatore, de Giuseppe Verdi, production du Metropolitan Opera diffusée en direct au Cinéma Jonquière. Parfois on nous présente la première d'un opéra, cette fois je crois qu'il s'agissait de la dernière des représentations (qui ont débuté en novembre) de cette production dont la mise en scène est signée David McVicar. Bande-annonce et extrait vidéo au bout de ce lien.

Je connaissais vaguement quelques airs, mais pas vraiment cette oeuvre pourtant très célèbre. Le synopsis est tellement compliqué que personne ne le comprend vraiment: une femme et un enfant  jetés dans un bûcher, la vengeance, la passion, la jalousie. Il y a des combats dont l'issue n'est pas montrée immédiatement, des motivations difficiles à comprendre. On peut s'appuyer cependant sur l'éternel triangle opératique:  le méchant baryton et le bon ténor s'affrontent pour l'amour de la soprano, qui meurt à la fin, ainsi qu'au moins un des deux rivaux.

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(Marcelo Alvarez et Sondra Radvanovsky dans la scène finale)

La mise en scène qui divise le plateau en deux rend les choses aussi claires que possible en réglant la question des  changements de décors, remplacés par le pivotement d'une  partie de la scène, mais plusieurs points demeurent malgré tout obscurs. Peu importe d'ailleurs, si la musique est bien servie. Et quelle musique! riche, puissante, nuancée, présentée correctement mais sans éclat particulier par le chef Marco Armiliato et ses musiciens.

Les quatre premiers rôles du Trouvère requièrent autant d'interprètes solides, tant du point de vue dramatique que vocal, et nous les avions somme toute: chacun a été inégal, a connu quelques ennuis vocaux, mais chacun a aussi été excellent aux moments-clés, laissant passer l'émotion et la tension avec un contrôle technique de haut niveau. Les scènes à deux personnages ou plus étaient très bien menées, de même que les prestations du choeur, et finalement, la tragédie dans ce qu'elle a de plus poignant s'est incarnée dans les voix, dans les visages des protagonistes, le drame est devenu réel sous les yeux des quelque 150 spectateurs présents.

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Sondra Radvanovsy (photo ci-dessus), une soprano américaine au visage ouvert et attrayant, possède une voix naturellement puissante et bien projetée, plysique idéal pour le rôle de Leonora. Son jeu est intense, surtout dans la scène du sacrifice final, qui nous arracherait des larmes. Les notes très aiguës m'ont semblé moins belles, mais je ne puis pas juger avec certitude, cela tient peut-être au système sonore du cinéma, et cette remarque vaut pour tous les autres interprètes de toutes ces diffusions.

Le ténor argentin Marcelo Alvarez (site officiel: en quatre langues... mais pas en français) a été le plus inégal des quatre, avec de moins bons et de meilleurs moments, sans doute meilleurs quand il chantait avec ses partenaires, mais enfin, son timbre est agréable et il a bien accompli son travail.

Le baryton sibérien Dmitri Hvorostovsky (pas grand-chose sur ce lien en français, où son nom est d'ailleurs mal orthographié), grande vedette internationale, véritable rock star de l'opéra, fut acclamé avec passion par le public new-yorkais après la représentation. (Il a donné un concert à Montréal l'an dernier et il était au programme à Québec ce mercredi mais le concert a été annulé).

il trovatore,radvanovsky,hvorostovsky,metropolitan,mcvicarBeau visage aux traits réguliers, superbe tignasse blanche devenue sa marque de commerce, mince et bien fait, il chante avec puissance et naturel. C'était impressionnant de le voir reprendre son souffle pendant les applaudissements qui ont suivi son grand solo: il venait manifestement de tout donner.

Et enfin Dolora Zajick (site en anglais seulement, désolée) incarne la gitane Azucena, celle par qui tout arrive, dont la mère a été brûlée, qui a jeté son propre enfant au feu et qui maintenant réclame vengeance. Visage singulier et casting parfait, très belle voix de mezzo aux accents étranges dans le grave, mais ce qu'elle prononce mal l'italien! (ses partenaires étaient un peu meilleurs à ce chapitre, mais pas terribles eux non plus).

La scénographie très réussie installe un univers qui évoque celui du peintre Goya.

Bref, j'ai bien apprécié ce Il trovatore du Met:  une belle production, pas trop longue (trois heures, c'est raisonnable), servie par d'excellents artistes, agréable musicalement et visuellement.

10/04/2011

Avec Le Comte Ory... on rit

le comte ory,metropolitan,juan diego florez,diana damray,joyce didonato,cinéma jonquièreLe fabuleux ténor péruvien Juan Diego Florez a vu naître son premier enfant (le samedi 9 avril) à peine une demi-heure avant d'entrer sur scène au Metropolitan Opera. Sa femme Julia a donné naissance à leur fils, prénommé Leandro. Un accouchement à la maison, dans le calme, dans l'eau... Le chanteur a juste eu le temps de prendre le bébé et de le remettre à sa femme... puis il a dû cavaler jusqu'au théâtre pour jouer Le Comte Ory à la représentation de 13 heures. Par ailleurs, il n'avait pas dormi de la nuit, ça se comprend. C'est ce qu'il a raconté à Renée Fleming, l'hotesse de cet opéra peu connu de Rossini, présenté en direct du Met au cinéma Jonquière.

C'est ça, la vie d'artiste: naissance, mort, rupture, coup de foudre, accident, dispute: rien ne doit empêcher l'acteur de monter sur scène à l'heure prévue. "The show must go on", comme ils disent.

Et quel spectacle! Du bel canto servi par trois artistes extraordinaires:  Juan Diego Florez, dont je connaissais la polyvalence et le timbre succulent (je l'ai vu dans La Fille du régiment, projeté le comte ory,metropolitan,juan diego florez,diana damray,joyce didonato,cinéma jonquièrel'an passé au cinéma Jonquière), avait pour partenaires Diana Damrau, une soprano allemande que je ne connaissais pas du tout, une authentique colorature, extraordinaire d'agilité vocale et de finesse dans le jeu, et Joyce DiDonato, mezzo de haut niveau, voix souple et soyeuse  subtilement travaillée, qui endosse avec aisance le rôle masculin -et ambivalent- du page Isolier. (Incidemment, la mezzo-soprano jeannoise Julie Boulianne était la doublure de DiDonato dans ce rôle, prête à prendre la relève en cas de pépin... mais cela ne s'est pas produit).

Aigus stratosphériques, arpèges vertigineux, cascades d'ornements et de fioritures:  parfaitement à l'aise dans ce Rossini pur jus, les trois comparses mettent en valeur chaque détail de cette partition semée d'embûches, prononcent à la perfection ce texte français finement ciselé, se répondent avec finesse, agrémentant le tout d'oeillades coquines, de rodomontades, de gestes qui démentent le propos ou inversement, bref, c'est un régal du début à la fin.

le comte ory,metropolitan,juan diego florez,diana damray,joyce didonato,cinéma jonquièreDommage que les rôles secondaires soient un peu négligés, comme c'est souvent le cas au Met: si le baryton français Stéphane Degout (photo ci-contre) est très bien (mais un peu nerveux) dans le rôle de Raimbaud, la mezzo-soprano Suzanne Resmark (Ragonde) et le baryton-basse Michele Pertusi (le tuteur) sont vocalement très ordinaires.

Côté scénario, Le Comte Ory est une immense farce qui s'inscrit dans la tradition de l'opérette à la française: séduction, quiproquos, cachotteries, pamoisons, libertinage, assemblés en une élégante dentelle où les propos égrillards et les phrases à double sens alternent avec de beaux moments poétiques et gracieux.

Afin de séduire la comtesse Adèle, enfermée au château avec ses compagnes pendant que les maris sont aux Croisades, le comte Ory, qui a mauvaise réputation, doit cacher sa véritable identité. Il se déguise d'abord en ermite, et on voit donc Diego Florez vêtu d'une longue tunique blanche, gourou barbu devant lequel se pâment le paysannes et les gens du village (c'est du plus haut comique, un petit aperçu dans la vidéo ci-dessus). Ensuite, pour entrer au château, il endosse l'habit et la coiffe d'une religieuse, imité par tous ses compagnons: drôles de nonnes et nonnes très drôles.

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Et tout finit au lit, avec un trio: deux hommes et une femme (interprétés par deux femmes et un homme!) se caressent joyeusement -et indistinctement- les uns les autres, y prennent plaisir, et chantent admirablement en plus.

Certains critiques américains n'ont pas aimé la mise en scène de Bartlett Sher qui, outre cette entorse finale au livret, prend le parti d'installer une pièce dans la pièce, proposant ainsi une mise en abyme qui n'est pas non plus dans le livret. Je n'y ai pas vu d'inconvénient pour ma part, sauf que cette scène sur la scène réduit les dimensions de l'espace de jeu et limite sans doute les mouvements des choristes.

Il paraît que le rire est bon pour la santé: alors je vais me sentir très en forme pendant les jours qui viennent, car j'en ai pris une bonne dose samedi: en réalité, j'ai rarement autant ri à l'opéra et/ou au cinéma.

De plus, j'ai aimé le chant, j'ai découvert une merveilleuse soprano que je ne connaissais pas, et j'ai vu un nouveau papa heureux, qui certes a dû courir très vite après la représentation pour aller retrouver sa petite famille...

20/03/2011

Lucia di Lammermoor: cris et roucoulements

En février 2009, je suis allée voir Lucia di Lammermoor, l'opéra de Gaetano Donizetti monté au Metropolitan Opera et diffusé au cinéma Jonquère.

Hier, samedi 19 mars 2011, je suis retournée au même cinéma, voir le même opéra, dans la même mise en scène (de Mary Zimmerman), également en direct du Met. Une distribution et une direction musicale différentes ont donné d'autres couleurs à cette belle oeuvre.

J'avais bien aimé ma première Lucia, Anna Netrebko, et  j'ai louangé grandement sa prestation (ici).  J'avais cependant, sans oser l'avouer, l'impression qu'il lui manquait quelque chose.

Ce quelque chose, je l'ai trouvé chez Natalie Dessay, l'interprète d'hier. C'est à la fois indéfinissable et nettement perceptible: la conjonction de plusieurs éléments, talent de comédienne, agilité vocale (à la fois innée et cultivée), expérience, et surtout, croit-on comprendre,  l'immense plaisir qu'elle éprouve à faire son métier: elle va même jusqu'à improviser, ajoutant des ornements ou des déplacements non prévus. Ce plaisir jubilatoire coiffe sa prestation d'un plus qui appelle les superlatifs: éblouissante, magique, émouvante, superbe. Elle avait la voix un peu voilée lors des interviews accordées à Renée Fleming, et peut-être aussi à certains moments sur scène, mais peu importe: sa prestation est de celles qui emportent tout sur leur passage.

Ce que l'on voit sur la vidéo ci-dessus, c'est une projection sur grand écran à Times Square, en 2007, pour le lancement de la saison du Metropolitan Opera, où Natalie Dessay chantait Lucia pour une première série de représentations. Elle interprète le célèbre air de la folie, écoutée par les passants, les gens assis dehors: c'est fabuleux.

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La distribution de 2011 est  supérieure à celle de 2009, d'autant plus que le ténor Joseph Calleja, dans le rôle d'Edgardo, est un partenaire idéal pour la soprano et livre une performance également remarquable: physique séduisant, intense et émouvant, voix très musicale, pure et puissante, parfaitement à l'aise dans les acrobaties exigées par la partition.

Son dernier air, Tombe degli avi mici (Tombeau de mes ancêtres), qu'il chante avant de se donner la mort, est totalement pertinent et bouleversant (dans chaque production où l'interprète d'Edgardo n'est pas à la hauteur, cette aria paraît superflue après le grand air de la folie de Lucia).

lucia di lammermoor,metropolitan opera,natalie dessay,joseph callejaPhoto de lui ci-contre.  Et en cliquant sur l'image un peu plus haut, on peut voir et entendre son duo du début avec avec Natalie Dessay.

Le baryton Ludovic Tézier et la basse Kwangchul Youn sont très corrects dans des rôles ingrats et difficiles d'Enrico, frère de Lucia,  et du chapelain. Belle voix du ténor Matthew Plenk dans le rôle très bref d'Arturo.

Mise en scène convenue, décor singulièrement lourd et compliqué, mais peu importe, ce qui compte c'est la musique, superbement servie par le maestro Patrick Summers et les interprètes: le célèbre sextuor de l'acte II était particulièrement inspiré.

Anecdotes

J'ai vu Lucia di Lammermoor à l'Opéra de Montréal en 2001 (voir mon billet ici), et j'en conserve un souvenir étrange.lucia di lammermoor, opéra de Montréal, Mary Dunleavy, 2001, metropolitan opera,natalie dessay,joseph calleja, opéra de Montréal Le ténor et le baryton (Gran Wilson et Brian Davis) étaient plutôt mauvais, et la soprano Mary Dunleavy, très souffrante, chantait d'une voix à peine audible. Pour l'air de la folie, craignant le pire, tous les spectateurs retenaient leur souffle...

Et l'improbable s'est produit: ce filet de voix éthéré et irréel, soutenu par le son aérien de la flûte, s'élevant dans le silence le plus total, a agi comme un philtre magique sur un public totalement envoûté. Ce fut le meilleur moment de cette production plutôt médiocre. 

Par ailleurs, la neige, comme toujours à la scène, était évoquée par des petits morceaux de papier-mouchoir tombant du plafond. Or, certains d'entre eux étaient bien trop grands et ressemblaient davantage à des kleenex qu'à des flocons: gracieuseté des techniciens de la Place des Arts, qui exerçaient alors des moyens de pression.

02/03/2011

Pour qui sonne Bungalopolis?

BungalopolisDans la même journée (samedi 26 février) j'ai vu deux opéras de grande qualité, situés aux antipodes (chronologiques et conceptuelles) l'un de l'autre: Iphigénie en Tauride, de Gluck (j'en ai parlé ici), et Bungalopolis, un opéra-cabaret conçu par le compositeur Maxime Goulet et ses complices.

Cette dernière production, présentée au théâtre Palace Arvida par la Société d'art lyrique du Royaume, sort réellement des sentiers battus, ceux de l'opéra, ceux de la musique, ceux du théâtre, dont elle retient cependant certains codes pour pour nous projeter dans l'univers déjanté de la bande dessinée, plus précisément des aventures de Jérôme Bigras, banlieusard moustachu et ventripotent créé par le bédéiste Jean-Paul Eid.

bungalopolis,société d'art lyrique du royaume,maxime goulet,jean-paul eid,jérôme bigrasLe concepteur Maxime Goulet invente une forme d'opéra moderne inspiré par les BD de Jean-Paul Eid (à gauche sur la photo, Maxime Goulet est à droite): le décor est celui d'une banlieue monotone (Bungalopolis) où les préoccupations des personnages touchent le gazon, le facteur, les vidanges, (ça fait penser à la petite vie, non?). Jérôme Bigras et ses voisins vivent des aventures extraordinaires, ils voyagent dans l'espace et dans le temps, ils rencontrent des étrangers, des gens qui leur veulent du mal, mais leur prosaïsme et -disons-le franchement- leur vulgarité désamorcent toute possibilité de véritable narration pour nous ramener à l'univers minimaliste de la banlieue où règne Jérôme Bigras, secondé par... Rex, sa fidèle tondeuse!

La parodie est l'un des ressorts de cette amusante production, comme l'indiquent les titres des 16 courts tableaux qui constituent les trois actes de l'opéra: Rascar Capac, Les aventuriers des objets perdus, Les hommes de matante, Passe-Jérôme tond le gazon, par exemple. Rien de tout ça n'est sérieux: il faut saisir les allusions (fines ou pas fines) et se laisser emporter par ce joyeux mélange d'absurde, de ridicule, de comique.

bungalopolis,société d'art lyrique du royaume,maxime goulet,jean-paul eid,jérôme bigrasComme à l'opéra, les (six) musiciens jouent en direct. Sur la scène, un écran affiche les planches des bandes dessinées (en noir en blanc) et les textes que chantent les quatre interprètes, Ariane Girard, Philippe Martel, Sylvain Paré et Dominique Côté (en ordre sur la photo), tous excellents. La musique, ultra-contemporaine, fascinante et accessible, est l'oeuvre de cinq jeunes compositeurs dynamiques et inventifs. L'un des points forts de l'oeuvre est d'ailleurs ce contraste pétillant entre le livret (vie quotidienne et propos triviaux) et la musique (pointue et audacieuse).

C'est un spectacle de grande qualité, ça bouge et ça déménage, c'est plutôt drôle, bref, on voit que tout le monde y a mis beaucoup de temps, de talent, et d'énergie.

Pour ma part, je me suis bien amusée, j'ai apprécié cet effort concerté d'un grand nombre de créateurs pour faire quelque chose de nouveau et d'éclaté, ce talent déployé dans tous les aspects de ce spectacle original: musique, mise en scène, conception, réalisation technique.

bungalopolis,société d'art lyrique du royaume,maxime goulet,jean-paul eid,jérôme bigrasMais pour le moment du moins, l'oeuvre ne semble pas avoir trouvé son public. Plusieurs des représentations prévues à l'origine ont été annulées, et celles qui ont eu lieu (à Jonquière et à Montréal) n'ont pas attiré les foules attendues. Tous ceux qui se sont déplacés ont adoré le spectacle, semble-t-il.

Mais comment convaincre, et qui convaincre? Pas de nom connu, musique contemporaine, complète nouveauté. Aînés amateurs de grands opéras? banlieusards avec enfants? intellos branchés? amateurs de jazz? artistes allumés? jeunes désargentés?

Difficile d'identifier le public-cible de Bungalopolis, véritable attracteur étrange qui tente de faire son chemin dans le monde déjà surpeuplé de l'offre de spectacle. Il faudrait une promotion tous azimuts, sur divers supports, qui titillerait la curiosité, des extraits, des critiques dans les grands médias... Difficile tout ça... et très cher.

Situation paradoxale puisque Bungalopolis possède au fond toutes les caractéristiques qui pourraient lui permettre de devenir une oeuvre-culte. Mais pour qu'elle le devienne vraiment, il faut qu'elle soit largement diffusée et connue. Un éventuel DVD trouvera peut-être son public plus facilement que le spectacle lui-même: je le leur souhaite, car tous ces gens débordent de talent et méritent attention et appréciation.

 

27/02/2011

Ô malheureuse Iphigénie!

Ô malheureuse Iphigénie (chanté ci-dessus par Maria Callas): c'est la grande aria d'Iphigénie en Tauride, le magnifique opéra de Gluck présenté samedi au Cinéma Jonquière, en direct du Metropolitan Opera de New York. Parmi les éléments ayant incité les fans à remplir la salle: la présence sur scène de la mezzo-soprano Julie Boulianne, originaire de Dolbeau-Mistassini. Elle est la première de nos gloires opératiques locales à chanter au Met, et plutôt deux fois qu'une car elle incarnera prochainement Stephano dans Roméo et Juliette de Gounod (qui ne sera pas diffusé au cinéma cependant).

Elle joue le rôle très mineur (on la voit en très petit sur la photo ci-dessous) et néanmoins important de la déesse Diane: elle interprète son seul air (qui dure environ trois minutes) vers la fin , après être descendue du plafond dans des harnais dont elle se détache gracieusement. Elle a fort bien chanté, dans un registre plus élevé que mezzo m'a-t-il semblé, mais peu importe, c'était un bon moment et les gens à Jonquière l'ont applaudie.

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Pour ma part, je n'aurais manqué cet opéra pour rien au monde, parce qu'il est en français, et surtout, à cause de la musique. Musique pure, dépouillée, lumineuse, parfaitement rendue par un orchestre aux effectifs réduits, que j'ai goûtée d'un bout à l'autre. Et il y a beaucoup d'arias sublimes, Unis dès la plus tendre enfance, Dieux qui me poursuivez, et D'une image, hélas! trop chérie, entre autres.

De grosses pointures dans les rôles d'Iphigénie et de son frère Oreste: Susan Graham et Placido Domingo (qui ont chanté déjà cet opéra au Met en 2007). Le directeur du Metropolitan  s'est présenté sur scène, avant la représentation, pour demander l'indulgence du public envers les deux vedettes, qui allaient performer malgré une vilaine grippe. Ils ont vaillamment traversé tout ça, lui un peu essoufflé et incapable de chanter à pleine voix, elle à peine troublée par un léger embarras dans l'aigu: mais leur talent et leur expérience ont largement compensé ces difficultés temporaires et c'était beau de les voir et de les entendre.

J'ai découvert l'excellent ténor américain Paul Groves (spécialiste du répertoire français, que l'on voit sur la photo ci-dessous avec Graham et Domingo) dans le rôle de Pylade:  timbre clair, voix souple, manifestement à l'aise dans ce type de musique. J'ai adoré l'entendre chanter.

Seul bémol de la distribution, Gordon Hawkins, dans le rôle (heureusement assez bref) de Thoas, roi des Scythes: une véritable catastrophe, très mauvais chanteur et acteur: n'importe quel des choristes présents sur scène aurait sans doute mieux fait!).

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La scénographie s'inspire de la peinture hollandaise, ou aurait dit des tableaux de Vermeer, mais -malheureusement- sans la lumière! La mise en scène statique et conventionnelle ne m'a pas dérangée: quand la musique est belle, je me dis parfois que les chanteurs pourraient venir tour à tour à l'avant-scène pour interpréter leurs airs, et que je serais comblée quand même.

Côté narratif, l'opéra de Gluck raconte un épisode de la légende des Atrides, famille maudite de Mycènes dans la mythologie grecque. Exilée en Tauride par un terrible engrenage de meurtres, de vengeances et de sacrifices (les flashbacks sur cette saga constituent d'ailleurs une partie importante de la trame narrative), Iphigénie est un jour tenue de sacrifier aux dieux deux étrangers capturés par les Scythes: elle se rend compte que l'un d'eux est son frère Oreste, qui la croyait morte. Diane vient finalement empêcher le sacrifice et apaiser les âmes tourmentées.

Un peu loin de nous, tout ça, mais on y croit, et à certains moments, les larmes ne sont pas loin: voilà le miracle de l'art et de la création.

13/12/2010

Don Carlo: quand tout fonctionne...

donCarloGrand.jpg(Roberto Alagna et Marina Poplavskaya. Photo Ken Howard)

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 Don Carlo au Metropolitan Opera: une vraie réussite. Je ne ressens pas le besoin de décortiquer en détail cette production: seulement de dire qu'elle était formidable. Habituée de ces opéras du Met diffusées au cinéma Jonquière, je sais que certaines productions,  sans être mauvaises, ne fonctionnent pas tout à fait.  Les chanteurs font bien leur travail, la musique est belle, mais on sent qu'il y manque quelque chose. Ce petit quelque chose qui fait que, comme spectateur, on réagit, on est ému, on vibre avec les interprètes. Je ne sais pas c'est quoi, de la chaleur, de l'âme, de l'humanité peut-êtreen tout cas c'était bien là, dans ce Don Carlo du Met, ou tout au moins dans cette représentation que j'ai vue. 

Ce vaste chef-d'oeuvre de Giuseppe Verdi, que je ne connaissais à peu près pas, traite de divers aspects de la vie humaine: pouvoir, amour, trahison, angoisse, politique, liberté. On est parfois dans le social, parfois dans l'intime au fil de cette histoire de guerre, de révolte, d'indépendance (celle des Flandres), de religion, d'Inquisition, d'amour malheureux.

Et sur scène, tout fonctionne, grâce à des interprètes hors pair et à cette musique majestueuse, merveilleusement conduite par  Yannick-Nézet Séguin. Avec rigueur et finesse à la fois, le maestro québécois a su accompagner chaque scène, chaque phrase, souligner chaque nuance et chaque mouvement, qu'il soit intime ou à grand déploiement.

Roberto Alagna et Marina Poplavskaya, qui incarnent le couple Don Carlo/Elisabeth, sont totalement crédibles, autant dans leur joie du début, alors qu'ils tombent amoureux dès leur rencontre dans la forêt de Fontainebleau, que dans leur douleur ensuite. En principe, ils sont promis l'un à l'autre, mais Philippe II, le père de Don Carlo, décide d'épouser lui-même Élisabeth... Qui, devenue ainsi la belle-mère de celui qu'elle aime, se résout à ne faire que ses devoirs de reine et d'épouse.

keenlyside.jpg

Simon Keenlyside (excellent dans le rôle de Rodrigo) et Ferrucio Furlanetto (Philippe II)

Alagna, particulièrement en forme samedi, est un des rares ténors qui puissent chanter ce rôle à pleine voix, avec la technique, la lumière et les éclats qu'il faut, tout en vivant et communiquant des émotions variées et nuancées. La jeune soprano russe est vraiment extraordinaire, avec son  timbre magnifique, son chant fluide et naturel, et son physique totalement adapté au rôle. Les six rôles majeurs de l'oeuvre étaient tous chantés de belle façon, sauf peut-être celui de la princesse Eboli, par Anna Smirnova, qui m'a laissée un peu perplexe.

À noter la belle performance de la basse chantante Ferruccio Furlanetto dans le rôle du roi Philippe II. Malgré le peu de sympathie que le personnage inspire par ailleurs, son solo au 4e acte, alors qu'il dévoile ses pensées intimes, nous retourne et nous secoue, comme le fait aussi le monologue désespéré d'Elisabeth chanté par Poplavskaya au cinquième et dernier acte.

Et Eric Halfvarson (basse également) incarne un grand Inquisiteur tellement fourbe et méchant qu'on prend plaisir à le détester, et à détester à travers lui l'Église catholique, coupable de ces meurtres, exclusions, condamnations et autres excès.

Tous et tout: décors, voix, instruments, mouvements, expressions, costumes, couleurs, concourent au même but dans une unité presque magique, de sorte que s'il y a quelques imperfections, erreurs, ou éléments un peu plus faibles, on les remarque à peine, préférant goûter pleinement toutes les richesses de ce magistral Don Carlo.

D'autres points de vue:

Critiques parues dans Le Devoir et dans La Presse

Plusieurs critiques en anglais à partir de cette page