19.11.2009

Catatonie: salutaire inconfort

J'ai été voir Catatonie, corps séquestrés, du Théâtre CRI mercredi soir, 18 novembre. La salle (de répétition) d'une centaine de places était presque pleine.

catatonieJF.jpg

(photo: Jean-François Caron, Voir)

J'ai beaucoup aimé cette production originale, troublante, déstabilisante, mise en scène par Guylaine Rivard à partir d'une idée de Dominick Bédard, qui explore le degré zéro du jeu théâtral. Trois des quatre comédiens (extraordinaires Vicky Côté, Martin Gagnon et Dany Lefrançois) incarnent en effet des personnages catatoniques: immobiles, sans expression, coquilles vides, corps séquestrés, esprits séquestrés dans ces corps.

Grâce Castonguay (extraordinaire performance d'Émilie Gilbert-Gagnon) ramène chez elle ces trois patients d'un hôpital où apparemment elle travaille.
Dans quel but? On ne le sait pas. À chaque spectateur de trouver une explication. Les pistes offertes par la pièce sont nombreuses:  déjouer la solitude, établir un contact avec des gens qui ne lui feraient pas peur, réaliser un désir paradoxal d'aller vers l'autre et de le fuir, maladie mentale.
Avec cette matière brute et inerte que sont ces corps, pourtant des êtres humains suscitant chez elle une certaine compassion, elle tente la mise en scène d'une vie quotidienne, familiale (dont, peut-on penser, elle rêve dans sa solitude extrême meublée seulement par les images et le son d'un téléviseur). Ses prisonniers ne répondent pas à ses directives (manger, boire, échanger des regards, faire le ménage, faire l'amour, prendre le sein) de sorte qu'elle doit elle-même leur faire exécuter les gestes, en poussant leurs bras, leurs jambes, leur corps dans les positions souhaitées.

Elle seule s'agite, bouge, souffle, et ne rencontre que le vide de ces corps immobiles. Son désir, jamais nourri par un échange, va toujours plus loin sans jamais rencontrer de réponse, et finit par se renvoyer à lui-même, provoquant un sentiment de frustration, d'impuissance, de colère contre soi et les autres.

En sous-texte, le théâtre lui-même: les acteurs et le metteur en scène. Et une question: que se passe-t-il si les acteurs ne jouent pas? Le metteur en scène ne peut pas le faire à leur place. Le jeu s'arrête, comme cessent les tentatives de Grâce, à cause de l'inertie de ses acteurs et aussi de sa propre désorganisation.

Quelle est la position respective et relative de l'acteur et du metteur en scène, quel est leur rôle non pas dans la pièce mais comme collaborateurs dans une création, quel est le désir qu'ils partagent, sont-ils de la même trempe, de la même eau, de la même classe sociale? (Question qui peut se poser aussi pour d'autres groupes artistiques: le chef d'orchestre et les musiciens, le chorégaphe et les danseurs. D'ailleurs, par son caractère très physique, axé sur le mouvement et non sur la parole [quasi inexistante], Catatonie s'apparente à la danse).

Ultimement, qu'est-ce qu'un acteur? Ces magnifiques comédiens, qui ont appris à exprimer des émotions,  à incarner des personnages vivants et vibrants, on leur demande de faire table rase de tout ce qu'ils ont appris (et qui leur est utile néanmoins dans Catatonie) pour n'être... rien! Rien d'autre que des corps immobiles au regard absent. Quelle épreuve et quel défi! (relevé avec humilité et brio). Malgré tout, leurs attitudes, leurs micro-réactions aux gestes de leur gardienne, assimilables à des réflexes, ébauchent pour chacun un semblant de caractère, de personnalité.

afficheCatatonie.jpg

L'astucieuse scénographie de Stéphan Bernier reproduit un intérieur minable et pauvre, où détonnent quelques tableaux accrochés au mur. On y distingue vaguement des sièges vides dans une salle, sauf pour l'un d'eux dont le sujet nous est révélé à la fin par l'éclairage: ce sujet, c'est la table de cuisine (que l'on reconnaît d'abord par le bol bleu qui est posé dessus) située juste devant. Admirable mise en abyme (comme dirait un professeur de ma connaissance) que cet objet à la fois tableau et miroir. Tableau qui peint, miroir qui reflète la table... la tabula rasa à laquelle ont dû consentir les acteurs pour jouer ces personnages catatoniques. Comme les scènes que l'on a sous les yeux sont une mise en abyme des rapports entre metteur en scène et acteurs.
Sur le sens humain de ce scénario, on peut parler de considérations sur la souffrance, la solitude, la maladie mentale, présentée à travers le récit d'une crise (induite par un état psychique que l'on devine douloureux)  qui permet d'atteindre l'affect du spectateur.
Quelques gestes causent un malaise (déshabillage, imitation des gestes de l'amour), mais ils ne vont pas très loin, on reste dans le pudique et l'acceptableGuylaine Rivard demeure à l'orée d'un théâtre  plus trash et plus cru (qui aurait été une avenue possible), se contentant de suggérer le sang et les fluides corporels par le café et les autres boissons qui dégoulinent quand Grâce tente de les faire avaler à ses pensionnaires, ou qui se répandent au gré d'un geste involontaire.
Avec ce théâtre expérimental qui explore des avenues peu fréquentées et pousse le spectateur hors de sa zone de confort,  Guylaine Rivard et son équipe du théâtre CRI (acronyme de Centre de recherche et d'interprétation), se livrent à une démarche artistique rigoureuse et stimulante, nous offrant une matière à la fois étrange, étonnante et solide, une proposition à laquelle on peut adhérer ou non, mais qui a le mérite de nous obliger à remettre en question nos propres idées sur le théâtre, sur nos attentes quand nous nous rendons à une représentation.
Ce n'est pas un spectacle qui plaira à tous, certains le détesteront peut-être, et c'est leur droit. Pour ma part, j'aime bien quand on m'étonne et me trouble de cette façon, et c'est pourquoi j'ai tellement apprécié cette Catatonie, dont les représentations se terminent ce samedi 21 novembre à la salle de répétition du Centre culturel de Jonquière.

D'autres critiques de la pièce:

Dario Larouche

Mike the Mike

Jean-François Caron

17.11.2009

Musique: premiers émois

paganini.jpgMes premiers contacts avec la musique classique: les disques de mon père. Amateur d'opéra, il avait une petite collection de 78-tours, contenant des extraits d'opéra chantés par de grandes voix lyriques (je me souviens de Benjamino Gigli, de Richard Verreault, mais il y en avait d'autres).
Surtout en français:  Salut demeure chaste et pure, L'air de la fleur, Ah fuyez douce image. J'écoutais ça sur une mini-table tournante (comme sur la photo plus bas), imaginez le son! Mais j'aimais ça.

Il y avait aussi une pièce instrumentale: le premier concerto de Niccolò Paganini, joué par Yehudi Menuhin, qui occupait cinq galettes soigneusement rangées dans un grand album. (Une merveille. Ici, sur Youtube ):




(Sur Wikipedia, l'article sur Paganini en anglais est beaucoup plus détaillé que celui en français, dont j'ai mis l'adresse plus haut  (qui se dévouera pour en faire la traduction?), autant sur sa biographie que sur son travail et son importance dans l'histoire musicale (ici) et il y a une foule de détails sur ce premier concerto ici.
Je plaçais la pile sur le support central du tourne-disque, en l'occurrence une tige métallique que l'on pouvait rallonger pourtournedisque.jpg écouter plusieurs disques, les cinq disques tombaient automatiquement -et lourdement- l'un après l'autre sur la table tournante. Une fois la pile jouée, on la retournait en entier pour écouter la suite. J'avais toujours peur que le prochain disque tombe trop tôt et écrabouille la tête de lecture avant que celle-ci se soit éloignée. Cela ne m'est jamais arrivé, mais il paraît que d'autres ont vécu ce drame.
Le concerto de Paganini occupait 9 des 10 faces de ces cinq disques. Sur la dixième plage, Menuhin jouait le Moto perpetuo de Paganini, une musique que je trouvais troublante et dérangeante.

Un souvenir:

quelques jours avant Noël, j'avais peut-être 11-12 ans, ma mère me demande de l'aider à émietter le pain pour faire la farce de la dinde. Il y en a une montagne. Alors pour me donner du courage, je place la table tournante sur la table de la cuisine, et j'installe ma pile du concerto de Paganini, au son duquel je réduis le pain en petites miettes,  avec un certain enthousiasme, car c'est assez joyeux.


Plus tard, j'ai acheté quelques versions de ce concerto de Paganini (par Menuhin, Accardo, Ashkenasi) que j'écoute encore avec plaisir aujourd'hui. Cela m'a permis de découvrir son deuxième concerto (La Campanella), souvent gravé sur le même disque, et qui est très beau également.

13.11.2009

Enfin, ma collection de billets

premPage.jpg

Je viens de créer un site Web concacré aux billets de spectacle que je collectionne depuis 1993: Billets de concert.

Inutile de  dire que j'y ai consacré beaucoup de temps. Et ce n'est pas fini: un travail comme celui-là n'est jamais fini. Non seulement je compte y ajouter des billets au fil des spectacles que je verrai encore (je l'espère), mais je veux aussi l'améliorer, notamment par la création d'un index.

Pour le moment, je n'y touche plus... jusqu'à la semaine prochaine.

Je me repose sur mes lauriers pendant quelques jours...

Ubu Roi: dernières chances

petitUbu.jpgDernières représentations de la pièce Ubu Roi, d'Alfred Jarry, par les Têtes heureuses, aujourd'hui (vendredi), demain et dimanche au Petit Théâtre de l'UQAC. J'ai parlé de cette très intéressante production ici.

Plusieurs autres blogueurs et rédacteurs ont commenté la pièce.  En voici une petite liste:

Dario Larouche

Mike the Mike

Jacques B Bouchard

Le Quotidien

Christiane Laforge

Jean-François Caron (son texte commence par une critique de Catatonie, présentée par le Théâtre CRI jusqu'au 21 novembre)

10.11.2009

Turandot: décevant

afficheTurandot.jpgJe n'ai pas été impressionnée par le Turandot,  de Puccini, production du Metropolitan Opera présentée au cinéma Jonquière samedi dernier.

Il y a notamment eu de graves problèmes de transmission (qui originaient du système du Met et non du cinéma local). Mais ils n'avaient rien à voir avec la production elle-même, qui m'a semblé plombée par les deux principaux interprètes, manifestement pas à la hauteur.

Je ne sais pas pourquoi le Met s'obstine à engager Marcello Giordani dans au moins deux opéras chaque année: il chante vraiment très mal. Un désastre quasi total que son Calaf. Il a exécuté presque correctement (réussissant cependant à fausser dans les quatre notes graves du début) le Nessun dorma, qu'il chante ici, sur Youtube,  lors d'un concert à la cathédrale St-Patrick de New York. (Si vous écoutez cet air chanté par Pavarotti ici, vous entendrez la différence). Pour le reste, le ténor Giordani bouge mal, son visage est inexpressif, il pousse ses aigus comme s'il sautait à la perche... et ratait la barre.

La soprano ukrainienne Maria Guleghina a bien le physique de l'emploi, celui de la princesse chinoise Turandot, mais son chant est sans nuance et à certains moments plutôt approximatif.
Aucune émotion ne se dégage des scènes entre les deux "vedettes".
C'est la  soprano Marina Poplavskaya qui a réussi à créer l'émotion, dans la scène de la mort de Liù.
Les trois interprètes des ministres bouffons Ping, Pang et Pong chantaient très bien et leur long trio était un petit bijou d'humour et d'interprétation. L'un d'eux aurait sans doute pu chanter Calaf avec plus de bonheur que Marcello.

Superproduction signée Franco Zeffirelli, dégoulinante d'ors, écrasée par l'opulence des décors et la pléthore de figurants qui ne cessent d'y défiler, mise en scène convenue et sans grande originalité. C'est une des rares fois où je suis déçue par une production du MET: jai eu l'impression d'y avoir perdu mon temps.

08.11.2009

Vin, verre, Vermeer

En recherchant sur Google des images de verres de vin pour ma note précédente, j'ai obtenu un résultat intéressant: une toile de Vermeer de Delft. Ou plutôt deux toiles du grand maître hollandais, qui se ressemblent non seulement par leur sujet, mais par beaucoup d'autres éléments. Je vous les présente: girl_with_a_wine_glass.jpg

La Jeune fille au verre de vin

 

glass_of_wine.jpgLe Verre de vin

 

et ci-dessous, les deux oeuvres côte à côte pour rendre la comparaison plus facile:

527pxVermee.jpg glass_of_wine.jpg

 

 

 

(Les couleurs de celle de gauche m'apparaissent plus conformes à l'original que celles de l'image  du haut [provenant d'une autre source], qui présente probablement la toile après restauration, ou encore après un traitement par photoshop).

Parmi les similitudes,  outre le plancher carrelé, il y a la fenêtre, dont le vitrail représente une allégorie de la tempérance. Celle-ci est directement reliée au sujet de ces scènes, qui toutes deux  montrent un homme offrant du vin à une jeune fille. Le vin qui fait tourner la tête, qui pourrait inciter la femme à céder aux avances discrètement suggérées par les attitudes, les couleurs. En revanche, le tableau du fond n'est pas le même dans les deux toiles.

Pour davantage de détails, je vous suggère de consulter, sur ce site très intéressant, l'analyse (en anglais seulement, malheureusement) de ces deux toiles (et de quelques autres oeuvres de Vermeer): quand on passe la souris sur certains éléments du tableau, ils sont mis en évidence et accompagnés d'un texte explicatif à la fois concis et précis: Le Verre de vin ici, et La Jeune fille au verre de vin .

J'ai vu des Vermeer récemment, au Metropolitan Museum of Art de New York, j'en ai parlé ici.

06.11.2009

La vie en tire-bouchon

verreVin.jpgEn général quand nous avons une bouteille de vin à déboucher (cela arrive encore, car on ne peut pas acheter -même si on les préfère- uniquement des bouteilles à bouchon vissé), c’est Jack qui s’en charge. Grand spécialiste de la chose (également expert dans l'art de faire sauter les bouchons de champagne et de mousseux), il ne peut cependant réussir son entreprise s'il n'a pas l'outil approprié. Ce qui lui convient le mieux:  un tire-bouchon tout simple, comme ceux qu’utilisent les sommeliers, mais avec deux crans d’arrêt.
Ayant réussi à briser celui dont il se servait depuis des années, il en cherchait un autre. Dans une boutique, nous avons vu un Trudeau, marque réputée. (Celui avec le manche orange sur la photo). Une quinzaine de dollars: nous avons pensé qu’à ce prix-là, il devait être extraordinaire.
Essai dès le retour à la maison... et  mauvaise surprise: la mèche est très dure à dégager et à refermer, les deux crans d’arrêt ne s'appuient pas toujours bien sur le goulot de la bouteille,  bref, Jack a de la misère et se blesse souvent la main avec ce f%?$zx de tire-bouchon.troisTireBReduits.jpg


Pour réparer l’erreur, j'achète le tire-bouchon de marque Pulltap's, en vente à la SAQ (en haut à droite sur la photo). Prix: environ 6$. Souple, facile à utiliser, bref parfait. Très apprécié par mon sommelier en résidence.
En ce qui me concerne, je ne l’utilise jamais. Quand je dois absolument tirer un bouchon (en l’absence du sommelier par exemple), j’utilise un instrument tellement banal que je n’oserais pas m'en servir devant des invités. Celui de gauche sur la photo. Je l'ai depuis 20 ans. Ringard, mais il fait parfaitement l'affaire et ne me cause aucun problème, à condition que j'arrive à le planter bien droit dans le bouchon de liège.
(Pour être juste, je précise que Trudeau fait quand même de très bons ustensiles et instruments pour la cuisine:  llepicerie.jpgeur mousseur à lait par exemple est impeccable, je m’en sers tous les jours pour le café du matin).

Un test réalisé pour l'émission L'Épicerie (photo des animateurs Denis Gagné et Johane Despins) de Radio-Canada semble confirmer mes dires au sujet du Pulltap's.
Les prix demandés  pour ce tire-bouchon sont pour le moins inégaux. On le trouve à 38$ sur ce site et à deux prix différents (sans que l'on puisse dire si la différence est seulement due à l'emballage-cadeau...) sur cet autre site,  qui propose d'ailleurs un bon échantillon des différents modèles de tire-bouchon qui existent sur le marché.

 

03.11.2009

Ubu Roi : sombre et jouissif

afficheTetesUbu.jpgJ'ai bien aimé Ubu Roi d'Alfred Jarry (photo plus bas, à droite) tel que présenté par les Têtes Heureuses . Le metteur en scène Rodrigue Villeneuve dépouille quelque peu le père Ubu  (Christian Ouellet, formidable) de sa graisse et de ses atours. L'ogre putride prend les traits d'un homme, que l'on peut appréhender... et haïr de toutes nos forces.
Dans cet Ubu grotesque, vulgairement satisfait de son sort et de sa merdre (merde, mère, meurtre...), la mère Ubu fait germer (sans que l'on sache pourquoi) l'ambition de devenir roi de Pologne. Pour cela, il faut tuer le roi Vencesclas. Parallèle évident avec le Macbeth de Shakespeare,  que Rodrigue Villeneuve a mis en scène en 1993. (Le personnage d'Ubu a été à l'origine inspiré à Jarry par un professeur de lycée, image en mode mineur du despote sanguinaire et sans coeur.)  Transformé en tyran, l'ancien imbécile heureux assume à fond ce nouveau rôle, abusant  (et c'est peu dire) de son pouvoir pour s'enrichir, dominer, torturer et tuer. (Ça ne vous rappelle pas quelque chose?)

alfredJarry.jpg Thématique militaire, agrémentée d'éléments de cirque et d'une imagerie de bande dessinée, pour illustrer de façon intelligente et pertinente la dérive du père et de la mère Ubu, souverains qui s'en prennent à leurs sujets, tels des parents tuant leurs enfants sans aucun état d'âme.
Malgré quelques bons gags bien gras, quelques expressions récurrentes amusantes ("par ma chandelle verte") et quelques répliques dont le comique est bien rendu, c'est le côté sombre de cet Ubu Roi qui, dans la pénombre avec laquelle joue l'éclairage, est mis en valeur (en lumière!). De ce texte, le metteur en scène retient et transmet le regard dur et désespéré qu'il promène sur l'être humain, sa cruauté, ses bassesses, accentué par les projections sur grands écrans de scènes de guerre, de torture, d'exactions, bien réelles celles-là.  Voilà que le surréalisme, l'absurde et le grotesque donnent soudain froid dans le dos.
Onze acteurs superbes, tous des hommes, magnifiquement dirigés, jouent tous les rôles: militaires déjantés, roi, reine et prince, nobles et manants, et même un ours! Martin Giguère incarne avec une hallucinante aisance la mère Ubu: au lever du rideau, il (elle) est présenté en pleine activité de fornication avec son compère. Le comédien endosse pleinement la gestuelle, la  démarche, les mimiques féminines et coiffe les perruques les plus fantaisistes... tout en conservant ses poils aux jambes.
afficheUbu.jpgLe public est assis de chaque côté de la scène, grand plateau central qui occupe toute la longueur de la salle. Celui-ci est dépouillé, tandis que les deux extrémités sont chargées: escaliers, échelles, rampes, balcons ajoutent un étage qui donne un peu d'air à l'aire de jeu.

Et ce jeu, il est vivant et fascinant: les scènes sont brèves, les comédiens se déplacent beaucoup et changent constamment d'attitude, de style, de costumes: ils parlent, murmurent, crient, défilent, chantent, courent, rampent, s'agenouillent, grimpent, descendent,  tombent sous les coups... et se relèvent: c'est dynamique, bien rythmé, jamais ennuyant. ubuRoiLivre.jpg

Décors et accessoires minimalistes. Musique riche et variée, sono bien synchronisée avec l'action:  les innombrables coups de feu s'entendent au moment précis où s'ébauche le geste du tir.
(Je déteste habituellement quand on pointe des fusils sur scène, non pas par principe moral, mais parce que ça me fait peur, me met mal à l'aise et me donne des sueurs. Mais dans ce cas c'est supportable car le son des coups de feu provient de lointains haut-parleurs, et non pas directement des armes pointées.  À la longue, cela en devient presque comique.)
Un Ubu Roi fort intéressant, très réussi et qui fait réfléchir. C'est à ne pas manquer. Représentations jusqu'au 15 novembre, du jeudi au samedi à 20 heures, et le dimanche à 14 heures au Petit Théâtre de l'UQAC.

Des blogueurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont commenté et critiqué cette production:

Dario Larouche | Mike the Mike | Jacques B Bouchard |

29.10.2009

Un clic, un poème

ecritureOrdi.jpgAujourd'hui, je vous invite à "jouer" avec les deux modules que je viens de placer en haut de la colonne de droite.  Le tercet prosaïque est plutôt de moi, et le tercet poétique plutôt de Jack (qui en a placé une version sur son blogue), même si certains segments peuvent être identiques de l'un à l'autre.

À l'origine, notre projet (nous travaillons là-dessus depuis plusieurs années), était de concevoir un programme pour créer automatiquement des haïkus, ces brefs poèmes issus de la tradition japonaise, et qui sont devenus très populaires en Occident, et notamment sur le web. Cela explique en partie la forme de ces tercets: trois lignes (parfois la ligne est trop longue pour l'espace de la colonne, il y a donc un "retour de chariot" pour un mot ou deux, mais cela reste un texte de trois lignes), ayant respectivement cinq, sept et cinq syllabes.

Mais en définitive, comme ces textes ne répondent pas à toutes les règles du haïku, nous les appelons simplement tercets (strophes de trois vers) pour le moment, en attendant peut-être de trouver un terme plus approprié.

belleVague.jpg

Ci-dessus, une reproduction de la La grande vague de Kanawaga, mieux connue sous le nom de la vague, la célèbre estampe du peintre japonais Hokusai, connue dans le monde entier.

 

Tout cela, programmé en JavaScript, constitue la version la plus récente de ce genre de programme que j'ai d'abord créé en BASIC, puis en Hypertalk (langage de programmation d'Hypercard)  et en quelques autres langages de programmation. Nous avons conçu plusieurs variantes de ce genre de programme, produisant des textes de longeurs, de formes et de styles variés. (Un autre exemple sur le blogue de Jack, colonne de droite, bouton "Créer un poème".)

sourisEcritRed.jpg

Et écrire en Javascript pour Hautetfort, ce n'est pas évident: le programme est très pointilleux sur la syntaxe, on ne peut se permettre d'oublier le moindre point-virgule en fin de ligne, et les noms des variables (du moins si elles ne sont pas déclarées comme locales) doivent être différents pour chacun des scripts placés sur une même page.

Donc, amusez-vous bien, vous qui passez sur ce blogue. (Il se peut que cela ne fonctionne pas, si votre navigateur ne prend pas en charge JavaScript. Je vais tenter d'intégrer un avertissement à ce sujet dans le programme même. Souhaitez-moi bonne chance....)

26.10.2009

Céleste Aïda !

J'ai vu Aïda de Verdi, en direct du Metropolitan Opera, au cinéma Jonquière, samedi 24 octobre, dans une salle pleine à craquer. Arrivés 20 minutes avant le début de la projection, nous avons dû nous asseoir en première rangée. Léger mal de cou, vision un peu pénible, mais tout de même, quelle expérience!
Mise en scène (de Sonja Frisell) sobre compte tenu des excès éléphantesques auxquels Aïda donne parfois lieu, accent mis sur le chant et le jeu.
urmana.jpgDeux interprètes sans attrait physique, Johan Botha (Ramadès, photo du bas) et Dolora Zajick (Amneris, photo ci-contre), aussi énormes l'une que l'autre, et pourtant la qualité de leur chant fait oublier leur physique et nous branche directement sur les sentiments qu'ils expriment. Violeta Urmana en Aïda est beaucoup plus séduisante... et immense elle aussi. Belle voix, intense et nuancée. Aucun des trois n'a de problème de volume! Rôles secondaires assez ternes, comme presque toujours au Met (je le sais après trois ans de fréquentation!).

Donc, c'est essentiellement la musique qui séduit dans cette production. Je connaissais déjà le scénario et quelques airs, comme Celeste Aida, et la marche triomphale (que l'on peut entendre avec cette scène filmée en 1989 au Met: identique en 2009, sauf pour le bJohanBothaFace.jpgallet qui a été re-chorégraphié), mais j'ai vraiment aimé, totalement abandonnée et concentrée, entendre l'oeuvre au complet. Et la partie orchestrale est formidable.
Jack a parlé d'un aspect particulier de cet opéra de Verdi, soit le rôle qu'y jouent les prêtres, sur son blogue.

Je ne sais pas s'il y aura une reprise de Tosca, qui a bel et bien été diffusé dans ce cinéma le 10 octobre, mais que beaucoup d'amateurs n'ont pu aller voir car c'était le congé de l'Action de Grâce. Pour le savoir, il faut, deux jours avant la date annoncée pour la rediffusion (le 31 octobre pour Tosca), téléphoner au Cinéma Jonquière(418)543-0055 et écouter le message enregistré annonçant la programmation.