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27/11/2017

Britannicus, une offrande magistrale

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Encore aujourd'hui, mon esprit est bercé par les vers de Racine, par cette musique des alexandrins que j'ai entendue il y a peu.
Dimanche donc, 26 novembre, avec la centaine de personnes qui emplissaient la salle Jacques-Clément du Conservatoire de musique de Saguenay, j'ai assisté à la dernière représentation de l'extraordinaire Britannicus
des Têtes heureuses. Complètement subjugués par la beauté et la profondeur de ce que nous pouvions voir et entendre, nous avons vécu là quelque chose d'unique: une échappée, une évasion, un moment hors de notre temps et qui pourtant nous parle de lui. Sara Moisan et Martin Giguère (photo ci-haut, crédit Patrick Simard) dans les rôles d'Agrippine et de son fils Néron, Marilou Guay et Christian Ouellet dans ceux de Junie et de son amant Britannicus, nous ont offert des moments intenses et terribles, des dialogues précis et implacables où la soif du pouvoir le dispute au sentiment amoureux, noble et pur ou brutal et impérieux. Soutenus par Éric Chalifour et Bruno Paradis, impeccables dans les rôles des gouverneurs. Sans oublier le violoncelliste François Lamontagne, qui, assis au premier rang, assurait les transitions en jouant la musique de Marin Marais.
Malgré les contraintes imposées par L'Art poétique en général et les alexandrins en particulier (par exemple prononcer con-fi-ance et non confyance pour faire 12 pieds), tous se sont montrés à l'aise avec leur texte, parfaitement capables d'exprimer les infimes nuances de leurs sentiments, états d'âme et passions. Grâce sûrement au long et patient travail effectué avec eux par le metteur en scène Rodrigue Villeneuve, fin connaisseur de la tragédie classique, qui signe là une de ses plus grandes réussites.
Les décors et costumes minimalistes imposaient en quelque sorte à ces acteurs une perfection qu'ils ont su atteindre. De sorte qu'on a eu ce petit miracle, réalisé avec peu de moyens (financiers et matériels) et beaucoup de passion. Par les comédiens, artistes et techniciens de la production. Par la directrice de production et assistante à la mise en scène Hélène Bergeron, co-fondatrice (avec Rodrigue Villeneuve) de la troupe et fidèle complice de tous ses projets.
Et aussi, il vaut la peine de le mentionner, par un grand nombre de collaborateurs, anciens et nouveaux, pour le son, l'éclairage (Alexandre Nadeau, toujours aussi "allumé"), la salle, la régie, le graphisme, la photographie et autres aspects techniques, qui ont contribué à la production. (Une partie de l'équipe sur la photo du bas, crédit Patrick Simard).
Depuis 35 ans, une poignée de passionnés de théâtre, de mordus un peu fous persistent et signent. Pour eux, les sentiers battus ne sont pas une option. Sous la houlette des deux fondateurs, contre vents et marées, ils et elles fomentent des propositions audacieuses, inattendues, étonnantes, pour leur plaisir et pour le nôtre.

La troupe s'appelle Les Têtes Heureuses, soutenons-la et assurons-lui une longue vie!

Britannicus, Têtes heureuses, Saguenay, Rodrigue Villeneuve

 

06/04/2014

Et vogue La Bohème!

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C'est une très vieille chose (relativement!) que cette version de La Bohème jouée au Metropolitan Opera: la mise en scène et la scénographie, signées Franco Zeffirelli, datent de 1981. Chaque année l'oeuvre est reprise, telle quelle, avec des interprètes différents, et chaque fois c'est le même succès.
Ce samedi 5 avril, pour la projection de La Bohème en direct au cinéma Jonquière, il y avait nettement plus de monde que d'habitude. Un peu moins toutefois que lors de la première diffusion (avec une autre distribution, j'en avais parlé ici) en mars 2008!
Tout est pareil... et magnifique: costumes, déplacements et mouvements des personnages et des choeursEt ces décors arrimés à trois gigantesques plateaux qui glissent sur la scène  (et la quittent de la même façon) presque tout d'un bloc. La plupart des spectateurs sont demeurés dans la salle du cinéma Jonquière pendant les deux entractes, juste pour regarder le fascinant ballet de ces changements de décors!

Le changement d'une année à l'autre provient donc essentiellement des interprètes chargés de faire vivre pour nous cette incomparable musique de Puccini.
Et la distribution que nous avions samedi était quasi idéale.
Pourtant l'interprète de Mimi n'était pas celle que nous attendions: la soprano lettone Kristine Opolais a remplacé au pied levé (c'est le cas de le dire) Anita Harting, victime de la grippe.


Opolais venait de chanter, la veille sur cette même scène, le rôle-titre de Madame Butterfly, du même Puccini. Couchée à 5 heures du matin, elle fut réveillée à 7h30 par un appel du directeur du Metropolitan, Peter Gelb, lui demandant d'assumer le rôle de Mimi l'après-midi même. Elle a d'abord refusé, ainsi qu'elle le racontait à l'entracte, avant de se raviser et d'accepter le défi. (L'histoire est racontée ici, en anglais).

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(Vittorio Grigolo et Kristine Opalais en entrevue avec Joyce Di Donato à l'entracte)


Je ne sais pas si nous avons perdu au change, car je ne connais pas Anita Harting. Mais Kristine Opalais faisait une très bonne Mimi, malgré une voix qui montait un peu trop vers le registre plus aigu de Butterfly dans les premières scènes et quelques signes de fatigue. Peut-être un peu unidimensionnelle dans ses attitudes, elle fut à tout le moins très bien, sans être extraordinaire. Deux prises de rôle au Met (elle avait toutefois déjà incarné Mimi sur d'autres scènes) en moins de 24 heures: l'exploit est considérable et mérite rien de moins qu'une médaille d'or. On la salue bien bas.
Mais cette Bohème fut remarquable au point de vue vocal surtout grâce à deux autres interprètes: le ténor Vittorio Grigolo, vraiment magnifique dans le rôle de Rodolfo, voix souple et agile, volume imposant lorsque nécessaire, belle prestance. Peut-être pas assez nuancé et engagé émotivement dans son jeu, mais pour la performance vocale, il est inégalé. Ce natif de Rome mérite bien son surnom de Il Pavarottino (le petit Pavarotti)!

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Quant à la prestation de Susanna Phillips en Musetta (ci-dessus), la femme aux moeurs libres qui s'adonne à tous les plaisirs et collectionne les conquêtes, elle était tout simplement magique. Une voix juste, agréable, une exubérance bien marquée, une belle évolution de la légèreté insouciante vers une maturité généreuse au contact de la maladie et de la mort de Mimi: voilà une prestation brillante, assumée, vibrante, autrement dit parfaite.
Et quelle oeuvre géniale! La musique, le livret, les dialogues: tout est beau, fin et délicat, tellement français (l'action se passe à Paris) qu'on croit entendre cette langue et en apprécier les traits d'humour alors même qu'on écoute les airs chantés en italien (plusieurs interprètes sont italiens) tout en lisant les sous-titres anglais!

Les décors traditionnels produisent toujours leur effet boeuf, la scène de foule au début du deuxième acte virevolte dans une chorégraphie réglée au quart de tour, les échanges entre Rodolfo et ses amis sont particulièrement réussis, le scénario progresse logiquement du début léger et comique vers la fin tragique de l'histoire.

L'orchestre dirigé par le chef Stefano Ranzani soutient tout cela avec fougue et intensité.
Bref, que vive et vogue La Bohème pour plusieurs années encore!

10/02/2013

Une belle soirée aux Enfers!

La Société d'art lyrique du Royaume a retrouvé son lustre d'antan tout en s'adaptant au goût du jour avec Orphée aux Enfers, l'opéra-bouffe de Jacques Offenbach que j'ai eu le bonheur de voir vendredi soir au Théâtre Banque Nationale.

Entendu de la première rangée du balcon, l'Orchestre (symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean) sonnait particulièrement bien. Maestro Jean-Philippe Tremblay, qui, malgré son horaire chargé, prend toujours plaisir à revenir chez lui diriger l'opérette, aime, connaît et respecte cette musique. Il sait communiquer sa ferveur aux musiciens et aux chanteurs, et mettre en valeur les subitilités et les nuances de la partition. Résultat: la musique monte jusqu'à nous, nous enveloppe et nous emporte. La nouvelle fosse d'orchestre est sans doute pour quelque chose dans la qualité sonore: celle de l'ancien auditorium Dufour, il faut bien l'avouer, étouffait carrément le son.

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(Antonio Figueroa et Aline Kutan dans Orphée aux Enfers. Photo Rocket Lavoie, Le Quotidien)


Presque tout dans cette production, est d'ailleurs formidable. À commencer par les interprètes principaux... et secondaires. Des professionnels d'expérience, habitués ou nouveaux venus aux productions de la SALR, qui savent travailler tout en ayant l'air de s'amuser.

Quelles belles voix que celles d'Antonio Figueroa (Orphée), de  Jacques-Olivier Chartier (Pluton), de Renée Lapointe (l'Opinion publique, qui parle plus qu'elle ne chante), de Patrick Mallette (Jupiter, impayable dans le duo de la mouche), de Sabrina Ferland (Cupidon) et de tous les autres. Quelques-uns n'ont pas toute l'agilité requise pour suivre le tempo dans ses passages les plus diaboliques, mais ce n'est pas trop grave.

Quant à la diva Aline Kutan, elle est tout simplement époustouflante. Les aigus, les graves, les fortissimi, les cascades et les ornementations ne lui font pas peur, elle que  j'ai déjà vue jouer et chanter la Reine de la nuit dans La Flûte enchantée à l'Opéra de Montréal. Le registre comique non plus. Elle n'a peut-être pas le physique idéal pour jouer Eurydice, mais le metteur en scène tire parti de ses rondeurs et de ses appas pour produire des effets du plus haut comique.

L'action se déroule presque totalement sur une petite tribune carrée installée au milieu de la grande scène. Scène sur la scène, théâtre dans le théâtre: le dispositif, combiné aux décors en styromousse, stylisés comme dans une bande dessinée, se révèle intéressant et fructueux.

Le metteur en scène Dario Larouche doit se sentir comme un poisson dans l'eau dans cet univers parodique de la mythologie et de l'Antiquité grecques, lui qui a déjà monté La Marmite de Plaute, L'Assemblée des femmes d'Aristophane, et même Antigone de Sophocle, avec sa troupe les 100 masques. Expériences qui lui servent dans sa première mise en scène d'opéra, où il réussit à tenir ensemble une multitude d'éléments dont certains lui étaient sans doute peu familiers. Rythme, humour, inventivité, subtilité, connaissance approfondie de l'oeuvre sont au rendez-vous pour nous faire partager ce détournement de mythe que constitue Orphée aux Enfers.

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(Le baryton Patrick Mallette incarne un Jupiter dépassé par le mouvement de révolte qui agite les dieux et déesses de son royaume, l'Olympe. Photo Claudette Gravel, SALR)


Dans cet opéra-bouffe, Offenbach et ses librettistes revisitent la légende d'Orphée, en faisant de celui-ci un violoneux insignifiant, tout heureux d'apprendre la mort de sa femme Eurydice, qu'il déteste et qui le lui rend bien. Mais l'Opinion publique, gardienne de la morale, l'oblige à descendre aux Enfers (en passant, amis journalistes et autres qui écrivez sur ce spectacle, Enfers s'écrit AVEC UN E MAJUSCULE dans Orphée aux Enfers) pour aller la reprendre à Pluton, qui l'a en réalité enlevée. Il devra d'abord passer par l'Olympe, où Jupiter et sa troupe de dieux et déesses se joindront à son expédition.

Première partie mieux réussie que la seconde, m'a-t-il semblé, mais c'est dû pour une bonne part au livret lui-même, qui s'égare un peu vers la fin. Autre remarque: il faudrait absolument songer à ajouter des surtitres à la production, car on ne comprend pas la moitié des paroles chantées, et par conséquent, l'humour raffiné, les références subtiles, la critique sociale implacable que contient le texte nous échappent totalement.

Dans l'ensemble, c'est un spectacle enlevé, joyeux, entraînant, drôle, agréable, dont tous les éléments (il faudrait parler aussi des choeurs et des costumes)  se combinent et s'accordent pour nous faire passer une fort belle soirée.

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Nous avons quitté la salle avec en tête l'air du Galop infernal, ce cancan endiablé sur lequel s'achève le spectacle (accès à une version, dans une autre production, en cliquant l'image ci-dessus).

Mais ce que nous avons fait jouer, en revenant à la maison Jack et moi, c'est le Che farò senza Euridice, tiré de l'Orfeo de Gluck, rappelé à notre mémoire par la citation musicale qu'en fait Offenbach dans dans Orphée aux Enfers.

Cliquez sur le lien pour entendre cet air célèbre, chanté par Marie-Nicole Lemieux.

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À lire aussi:

Critique de Daniel Côté dans Le Quotidien,

28/07/2011

Pierre Grandmaison, la fête

Un grand organiste du Québec, Pierre Grandmaison, a présenté mercredi le dernier des Concerts d'été 2011 de la Cathédrale de Chicoutimi, le seul auquel j'ai pu assister cette année (et je le regrette).

pierre grandmaison,orgue,concerts d'été,cathédrale de chicoutimi(Photo d'écran...)

M. le curé de la Cathédrale a souligné que s'il y avait un peu moins de monde cette fois-là que les précédentes, c'est qu'on avait dû changer de jour. Ces concerts gratuits ont habituellement lieu le mardi, mais mardi, c'était la fête de sainte Anne, alors on n'a pas voulu lui faire concurrence avec un événement dans une autre église du diocèse.

Mercredi 27 juillet, c'était en revanche l'anniversaire de M. Grandmaison, qui a eu 62 ans. Après l'entracte, Céline Fortin, organiste titulaire de la cathédrale (qui assistait le musicien pour les pages et les réglages), est intervenue sur l'orgue du choeur avec un air de circonstance, et le public l'a spontanément suivie en entonnant "bonne fête à Pierre". C'était un peu gênant, mais néanmoins charmant, et accueilli avec simplicité et naturel par le principal intéressé.

Organiste titulaire des grandes orgues de la basilique Notre-Dame de Montréal, Pierre Grandmaison a proposé un programme français, sauf pour cinq chorals de Bach, qui curieusement, m'ont paru bien ternes. C'est un comble! Sans doute dû au contraste entre la sagesse classique de Bach et les autres oeuvres au programme.

pierre grandmaison,orgue,concerts d'été,cathédrale de chicoutimi(Pierre Grandmaison)

Brillantes comme le grand Dialogue en ut de Louis Marchand et le Choral varié "Veni Creator" de Maurice Duruflé, ou impressionnistes comme le planant Jardin suspendu de Jehan Alain et les extraits des Cathédrales de Louis Vierne: dans la présentation de celles-ci, Pierre Grandmaison a invité le public à imaginer Notre-Dame-de-Paris comme un navire voguant sur la Seine. J'ai suivi son conseil, et dans ma rêverie, l'Île de la Cité tout entière larguait les amarres et nous emportait tel un grand vaisseau.

pierre grandmaison,orgue,concerts d'été,cathédrale de chicoutimiLe plus beau moment du concert était toutefois à venir: celui où on a pu entendre le Deuxième choral de César Franck, un compositeur que j'aime décidément de plus en plus: profonde et sombre, une oeuvre d'une richesse sonore remarquable, thèmes et jeux explorés à fond, magnifique. (Un clic sur l'image ci-dessus conduit à une   interprétation de cette oeuvre (sur Youtube) par l'organiste Jean-Paul Imbert).

Il a terminé la soirée par une improvisation (donc une oeuvre québécoise!), tradition des concerts d'orgue qui se perd un peu aujourd'hui. Trois thèmes lui ont été soumis (par Céline Fortin): Tantum Ergo, Un Canadien errant, et V'là l'bon vent.

C'est manifestement ce dernier thème qui a le plus inspiré l'organiste (qui est aussi compositeur), car il y est revenu dans les deux derniers des cinq mouvements de sa symphonie improvisée, pour mettre en évidence le rythme pulsionnel de la pièce, y allant de passages virtuosement jazzés. Dans un final frénétique, quasiment en transe, il a poussé l'orgue dans ses derniers retranchements pour le faire sonner au maximum. Bien sûr, cela tient de l'exploit destiné à épater la galerie, il y a là un zeste d'esbroufe, mais c'est aussi de la vraie musique, et seul un musicien chevronné et expérimenté peut se livrer à un tel exercice. Ça fait partie du jeu et c'était vraiment agréable à entendre.

Somme toute, un excellent concert, dont je me souviendrai longtemps.

25/07/2011

Un Labiche gonflé aux 100 Masques

Fidèle à sa tradition, le Théâtre 100 Masques nous a servi sur un plateau grinçant une comédie classique montée comme une mayonnaise et gonflée à l'hélium de la caricature et du vaudeville.

Après Aristophane, Molière, Sacha Guitry, le metteur en scène Dario Larouche et son équipe avaient cet été jeté leur dévolu sur  Eugène Labiche, avec L'Affaire de la rue Lourcine (la dernière représentation a eu lieu ce dimanche).

rue Lourcine,100 Masques, Dario Larouche, LabicheLa scène ridiculement petite de la salle Murcock (Chicoutimi) avait peine à contenir les comédiens, pour la plupart démesurément rembourrés et grimés. Avec un admirable abandon, ceux-ci ont su répondre aux exigences du texte et du metteur en scène pour incarner des personnages de cette farce loufoque et burlesque, qui n'ont que haine, agressivité, mots durs envers leur semblables.

Le sujet: deux compères se croient les auteurs d'un assassinat, qu'ils auraient commis pendant une nuit de beuverie dont ils ont tout oublié.

Avoir de l'argent, satisfaire leurs besoins primaires, cacher leurs incartades, voilà tout ce qui préoccupe ces êtres cupides et hypocrites qui ont pour seule fonction... de faire fonctionner la pièce. Même le jeune enfant que l'on va baptiser n'attendrit personne: tous le désignent du doux nom de bâtard.

Les comédiens et comédiennes, donc, Sébastien Bouchard, Louison Renaud, Patrick Simard, Érika Brisson, et Mélanie Potvin multiplient les grimaces, les assauts verbaux, les gros mots, les sacres (québécois) et les chansons (québécoises): c'est grinçant, burlesque, osé, drôle même si on rit parfois un peu jaune.l'affaire de la rue lourcine,100 masques,dario larouche,eugène labiche,chicoutimi

La mise en scène, comme c'est le cas pour toute comédie, repose sur un parfait synchronisme de plusieurs éléments, et c'est en général assez réussi. La ponctuation musicale rythme efficacement et comiquement le tout. Un bel effet est notamment créé par ces quelques notes de musique qui soulignent les réactions (de peur et d'incrédulité) des deux hommes à la lecture d'un fait divers où ils croient avoir joué un rôle.

La tradition du panégyrique (des donateurs) est au rendez-vous: présenté par une seule comédienne, cette fois avant l'entrée en salle, le texte (bien plus comique que celui de Labiche) évoque les traditions du théâtre en y intégrant les noms de plus d'une centaine de donateurs et commanditaires.

Dario Larouche tient sur son blogue une chronique de son travail pour chaque production qu'il monte, et c'est passionnant à lire (surtout après avoir vu le résultat final!), car il est rare que l'on ait accès au point de vue du metteur en scène. Dans un de ses billets récents, il évoque  son insatisfaction quant à cette production (et aux autres qu'il a mises en scène). Outre de souligner que l'insatisfaction est un moteur important de la création artistique, on peut dire que les productions des 100 Masques, incluant L'Affaire de la rue Lourcine, demeurent des merveilles d'ingéniosité et de travail théâtral en profondeur, qui arrivent au spectateur malgré le peu de temps (de répétition) et de moyens (financiers) dont dispose la troupe.

Par ailleurs si la pièce n'a pas le mordant de L'Assemblée des femmes ou du Médecin malgré lui (précédemment présentées par  les 100 Masques) c'est peut-être que la critique sociale en est quasi absente.

Et ça, c'est la faute de Labiche... pas de Larouche!

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Il en a été question ici:

Critique élogieuse dans Le Quotidien (reproduite sur le blogue de DL)

Très bon billet de Jack sur un aspect particulier de la pièce

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13/12/2010

Don Carlo: quand tout fonctionne...

donCarloGrand.jpg(Roberto Alagna et Marina Poplavskaya. Photo Ken Howard)

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 Don Carlo au Metropolitan Opera: une vraie réussite. Je ne ressens pas le besoin de décortiquer en détail cette production: seulement de dire qu'elle était formidable. Habituée de ces opéras du Met diffusées au cinéma Jonquière, je sais que certaines productions,  sans être mauvaises, ne fonctionnent pas tout à fait.  Les chanteurs font bien leur travail, la musique est belle, mais on sent qu'il y manque quelque chose. Ce petit quelque chose qui fait que, comme spectateur, on réagit, on est ému, on vibre avec les interprètes. Je ne sais pas c'est quoi, de la chaleur, de l'âme, de l'humanité peut-êtreen tout cas c'était bien là, dans ce Don Carlo du Met, ou tout au moins dans cette représentation que j'ai vue. 

Ce vaste chef-d'oeuvre de Giuseppe Verdi, que je ne connaissais à peu près pas, traite de divers aspects de la vie humaine: pouvoir, amour, trahison, angoisse, politique, liberté. On est parfois dans le social, parfois dans l'intime au fil de cette histoire de guerre, de révolte, d'indépendance (celle des Flandres), de religion, d'Inquisition, d'amour malheureux.

Et sur scène, tout fonctionne, grâce à des interprètes hors pair et à cette musique majestueuse, merveilleusement conduite par  Yannick-Nézet Séguin. Avec rigueur et finesse à la fois, le maestro québécois a su accompagner chaque scène, chaque phrase, souligner chaque nuance et chaque mouvement, qu'il soit intime ou à grand déploiement.

Roberto Alagna et Marina Poplavskaya, qui incarnent le couple Don Carlo/Elisabeth, sont totalement crédibles, autant dans leur joie du début, alors qu'ils tombent amoureux dès leur rencontre dans la forêt de Fontainebleau, que dans leur douleur ensuite. En principe, ils sont promis l'un à l'autre, mais Philippe II, le père de Don Carlo, décide d'épouser lui-même Élisabeth... Qui, devenue ainsi la belle-mère de celui qu'elle aime, se résout à ne faire que ses devoirs de reine et d'épouse.

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Simon Keenlyside (excellent dans le rôle de Rodrigo) et Ferrucio Furlanetto (Philippe II)

Alagna, particulièrement en forme samedi, est un des rares ténors qui puissent chanter ce rôle à pleine voix, avec la technique, la lumière et les éclats qu'il faut, tout en vivant et communiquant des émotions variées et nuancées. La jeune soprano russe est vraiment extraordinaire, avec son  timbre magnifique, son chant fluide et naturel, et son physique totalement adapté au rôle. Les six rôles majeurs de l'oeuvre étaient tous chantés de belle façon, sauf peut-être celui de la princesse Eboli, par Anna Smirnova, qui m'a laissée un peu perplexe.

À noter la belle performance de la basse chantante Ferruccio Furlanetto dans le rôle du roi Philippe II. Malgré le peu de sympathie que le personnage inspire par ailleurs, son solo au 4e acte, alors qu'il dévoile ses pensées intimes, nous retourne et nous secoue, comme le fait aussi le monologue désespéré d'Elisabeth chanté par Poplavskaya au cinquième et dernier acte.

Et Eric Halfvarson (basse également) incarne un grand Inquisiteur tellement fourbe et méchant qu'on prend plaisir à le détester, et à détester à travers lui l'Église catholique, coupable de ces meurtres, exclusions, condamnations et autres excès.

Tous et tout: décors, voix, instruments, mouvements, expressions, costumes, couleurs, concourent au même but dans une unité presque magique, de sorte que s'il y a quelques imperfections, erreurs, ou éléments un peu plus faibles, on les remarque à peine, préférant goûter pleinement toutes les richesses de ce magistral Don Carlo.

D'autres points de vue:

Critiques parues dans Le Devoir et dans La Presse

Plusieurs critiques en anglais à partir de cette page

 

09/12/2010

Vicky Côté: le poids des choses

declinnoir.jpgÀ la salle Murdock (dernière représentation dimanche dernier, 5 décembre),  Vicky Côté, entourée de l'équipe allumée du Théâtre à bout portant, pousse encore plus loin l'excellent travail amorcé notamment avec Rage (que j'avais beaucoup aimé, j'en ai parlé ici). Son nouveau spectacle solo -et muet- Le Déclin des soleils de glace s'avère une performance très achevée, entre mime, danse, gymnastique.
Sur un plan de jeu délimité par un cadre blanc tracé au sol, deux espaces: la maison, le bureau. Dans l'un et l'autre endroit, la vie quotidienne d'une femme. Une enfilade de gestes répétitifs exécutés rapidement et sans état d'âme.
Un jour, elle n'arrive plus à bouger sa main, ce qui complique singulièrement l'exécution de sa routine. Un premier grain de sable dans l'engrenage, qui sera suivi de plusieurs autres, chaque journée declinDessin.jpg apportant une nouvelle incapacité, qu'elle tente de circonvenir en enfilant des prothèses.
Cela donne lieu à des scènes efficaces et troublantes, comme ce ballet amoureux avec un manteau surmonté d'un ballon, ou cette périlleuse gymnastique avec des prothèses qui glissent et se dérobent sous elle.

Elle finit recroquevillée sous une minuscule table qu'elle porte sur son dos du bureau à la maison. Mélange de ses deux univers: désorganisation totale. Elle perce l'un des ballons qui sont descendus peu à peu du plafond au fil des scènes: il en coule du sable, non plus un seul grain mais une rivière de sable. Désespérant mais beau.

Rien n'est dit,  mais tout est vu et entendu, tout passe par le corps de l'artiste, utilisé de multiples façon. Un ensemble scénique cohérent et signifiant: noir et blanc, accessoires et prothèses, sorties du cadre. Et la musique, qui se déglingue parfois comme sa vie.

On peut lire un nombre infini de choses et de messages dans ce spectacle exceptionnel, poétique et fascinant: la solitude, l'absence de communication, les obligations que l'on s'impose à soi-même, le carcan que représentent les impératifs et les interdictions venues de toutes part, l'angoisse ambiante, le besoin de liberté...

"J'ai oublié de vivre" chantait Johnny Haliday...


"Et si tout ce qui était pris pour acquis devenait défaillant
Une femme, trop bien ancrée dans un carcan trop bien réglé,
Quand la vie devient contraintes,
La liberté, elle, devient urgence" (Vicky Côté)

 

Lire aussi la critique de Dario Larouche dans Voir

19/11/2009

Catatonie: salutaire inconfort

J'ai été voir Catatonie, corps séquestrés, du Théâtre CRI mercredi soir, 18 novembre. La salle (de répétition) d'une centaine de places était presque pleine.

catatonieJF.jpg

(photo: Jean-François Caron, Voir)

J'ai beaucoup aimé cette production originale, troublante, déstabilisante, mise en scène par Guylaine Rivard à partir d'une idée de Dominick Bédard, qui explore le degré zéro du jeu théâtral. Trois des quatre comédiens (extraordinaires Vicky Côté, Martin Gagnon et Dany Lefrançois) incarnent en effet des personnages catatoniques: immobiles, sans expression, coquilles vides, corps séquestrés, esprits séquestrés dans ces corps.

Grâce Castonguay (extraordinaire performance d'Émilie Gilbert-Gagnon) ramène chez elle ces trois patients d'un hôpital où apparemment elle travaille.
Dans quel but? On ne le sait pas. À chaque spectateur de trouver une explication. Les pistes offertes par la pièce sont nombreuses:  déjouer la solitude, établir un contact avec des gens qui ne lui feraient pas peur, réaliser un désir paradoxal d'aller vers l'autre et de le fuir, maladie mentale.
Avec cette matière brute et inerte que sont ces corps, pourtant des êtres humains suscitant chez elle une certaine compassion, elle tente la mise en scène d'une vie quotidienne, familiale (dont, peut-on penser, elle rêve dans sa solitude extrême meublée seulement par les images et le son d'un téléviseur). Ses prisonniers ne répondent pas à ses directives (manger, boire, échanger des regards, faire le ménage, faire l'amour, prendre le sein) de sorte qu'elle doit elle-même leur faire exécuter les gestes, en poussant leurs bras, leurs jambes, leur corps dans les positions souhaitées.

Elle seule s'agite, bouge, souffle, et ne rencontre que le vide de ces corps immobiles. Son désir, jamais nourri par un échange, va toujours plus loin sans jamais rencontrer de réponse, et finit par se renvoyer à lui-même, provoquant un sentiment de frustration, d'impuissance, de colère contre soi et les autres.

En sous-texte, une métaphore du théâtre lui-même: les acteurs et le metteur en scène. Et une question: que se passe-t-il si les acteurs ne jouent pas? Le metteur en scène ne peut pas le faire à leur place. Le jeu s'arrête, comme cessent les tentatives de Grâce, à cause de l'inertie de ses acteurs et aussi de sa propre désorganisation.

Quelle est la position respective et relative de l'acteur et du metteur en scène, quel est leur rôle non pas dans la pièce mais comme collaborateurs dans une création, quel est le désir qu'ils partagent, sont-ils de la même trempe, de la même eau, de la même classe sociale? (Question qui peut se poser aussi pour d'autres groupes artistiques: le chef d'orchestre et les musiciens, le chorégaphe et les danseurs. D'ailleurs, par son caractère très physique, axé sur le mouvement et non sur la parole [quasi inexistante], Catatonie s'apparente à un ballet).

Ultimement, qu'est-ce qu'un acteur? Ces magnifiques comédiens, qui ont appris à exprimer des émotions,  à incarner des personnages vivants et vibrants, on leur demande de faire table rase de tout ce qu'ils ont appris (et qui leur est utile néanmoins dans Catatonie) pour n'être... rien! Rien d'autre que des corps immobiles au regard absent. Quelle épreuve et quel défi! (relevé avec humilité et brio). Malgré tout, leurs attitudes, leurs micro-réactions aux gestes de leur gardienne, assimilables à des réflexes, ébauchent pour chacun un semblant de caractère, de personnalité.

afficheCatatonie.jpg

L'astucieuse scénographie de Stéphan Bernier reproduit un intérieur minable et pauvre, où détonnent quelques tableaux accrochés au mur. On y distingue vaguement des sièges vides dans une salle, sauf pour l'un d'eux dont le sujet nous est révélé à la fin par l'éclairage: ce sujet, c'est la table de cuisine (que l'on reconnaît d'abord par le bol bleu qui est posé dessus) située juste devant. Admirable mise en abyme (comme dirait un professeur de ma connaissance) que cet objet à la fois tableau et miroir. Tableau qui peint, miroir qui reflète la table... la tabula rasa à laquelle ont dû consentir les acteurs pour jouer ces personnages catatoniques. Comme les scènes que l'on a sous les yeux sont une mise en abyme des rapports entre metteur en scène et acteurs.
Sur le sens humain de ce scénario, on peut parler de considérations sur la souffrance, la solitude, la maladie mentale, présentée à travers le récit d'une crise (induite par un état psychique que l'on devine douloureux)  qui permet d'atteindre l'affect du spectateur.
Quelques gestes causent un malaise (déshabillage, imitation des gestes de l'amour), mais ils ne vont pas très loin, on reste dans le pudique et l'acceptableGuylaine Rivard demeure à l'orée d'un théâtre  plus trash et plus cru (qui aurait été une avenue possible), se contentant de suggérer le sang et les fluides corporels par le café et les autres boissons qui dégoulinent quand Grâce tente de les faire avaler à ses pensionnaires, ou qui se répandent au gré d'un geste involontaire.
Avec ce théâtre expérimental qui explore des avenues peu fréquentées et pousse le spectateur hors de sa zone de confort,  Guylaine Rivard et son équipe du théâtre CRI (acronyme de Centre de recherche et d'interprétation), se livrent à une démarche artistique rigoureuse et stimulante, nous offrant une matière à la fois étrange, étonnante et solide, une proposition à laquelle on peut adhérer ou non, mais qui a le mérite de nous obliger à remettre en question nos propres idées sur le théâtre, sur nos attentes quand nous nous rendons à une représentation.
Ce n'est pas un spectacle qui plaira à tous, certains le détesteront peut-être, et c'est leur droit. Pour ma part, j'aime bien quand on m'étonne et me trouble de cette façon, et c'est pourquoi j'ai tellement apprécié cette Catatonie, dont les représentations se terminent ce samedi 21 novembre à la salle de répétition du Centre culturel de Jonquière.

D'autres critiques de la pièce:

Dario Larouche

Mike the Mike

Jean-François Caron

13/07/2009

Faux médecin et vrai théâtre

afficheMedesin.JPGLe Médecin malgré lui : une bonne grosse farce de Molière, bien troussée par le Théâtre 100 Masques.  Pas facile de jouer cela aujourd’hui: deux niveaux de langage dont aucun n’est encore en usage. Le populaire, qui correspondrait au joual, et le normal qui correspond au... normal.
Les comédiens ont bien travaillé avec le metteur en scène Christian Ouellet afin de pouvoir, et de fort belle façon,  se mettre en bouche ces répliques et les rendre parfaitement claires aux auditeurs.
Ils proposent, à la salle Murdock du Centre des arts et de la culture, un spectacle amusant et déridant, du vrai théâtre où le comique du texte est renforcé par un jeu très physique multipliant les courses, poursuites, bastonnades, fessées et coups de pied, sur fond de quiproquos, de déguisements molierePortrait.jpget de tromperies diverses.
Ainsi, Sganarelle, contraint de faire office de médecin contre son gré, affirme que le coeur est à droite, et le foie à gauche. Géronte soulève une question:

Il me semble que vous les placez autrement qu'ils ne sont; que le cœur est du côté gauche, et le foie du côté droit."
Et Sganarelle de répondre: 
“Oui, cela était autrefois ainsi, mais nous avons changé tout cela." (!!!!)

Dans un décor minimaliste mais adéquat, les comédiens répercutent l'impertinence de Molière qui se moque  des médecins et de la médecine, de l’amour, des hommes et des femmes.
Non sans quelques considérations bien senties, encore valables aujourd’hui, assaisonnées de propos politiquement incorrects.  Le faux médecin se demande bien par exemple pourquoi quelqu’un voudrait qu’une femme ne soit plus muette, lui qui est aux prises avec une femme bavarde et délurée.livreMedecin.jpg
Tout ça est à la fois  jouissif et édifiant.
Bravo à la belle équipe de comédiens: Pierre Tremblay, Mélanie Potvin, Marc-André Perrier, Jérémie Desbiens, Alexandre Larouche, Martin Giguère et Émilie Jean.
Chapeau au directeur général et artistique des 100 Masques Dario Larouche, qui tient à bout de bras sa petite équipe, tout en alimentant régulièrement un fort bon blogue consacré au théâtre, le sien et celui des autres.
Bravo aux quelque 60 commanditaires qui soutiennent la troupe (sans subvention à ce jour) : ils méritent bien l’hommage comique (chacun est associé à une citation de Molière) qui leur est rendu en début de spectacle (un peu long, mais astucieux et fort bien fait).
Et vive Molière!
Pour les personnes intéressées, il reste plusieurs représentations de cette sympathique production: du jeudi 16 au dimanche 19 juillet, et du jeudi 23 au dimanche 26 juillet.
Vous pouvez lire une bonne critique de la pièce sur le blogue de Jack.
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PS.  Le compositeur français Charles Gounod a aussi écrit un Médecin malgré lui,  soit un opéra-comique en trois actes (1858) dont le livret (de J. Barbier &. M. Carré) est inspiré de la pièce de Molière. Je serais curieuse de voir et d’entendre ça.

05/07/2009

Cabaret burlesque à Jonquière

Le cabaret burlesque À tour d’rôle: une amusante soirée proposée par un collectif d’artistes allumé(e)s au café-théâtre le Côté-Cour de Jonquière . Nous nous sommes bien amusés, Jack et moi samedi soir, en compagnie d’une dizaine de spectateurs, pendant que la pluie et Voïvod tonitruaient à quelques rues de là.

Guylaine Rivard, Vicky Côté, Maud Côté et le musicien Michel Otis, entourés d'une petite équipe (Martin Giguère à la mise en scène notamment),  ont tout simplement décidé de créer un spectacle. Trois choses en émergent: leur talent,  leur polyvalence, et leur plaisir manifeste à être sur scène et à jouer, ce qu’ils font de toute évidence davantage pour le plaisir de la chose que pour l’argent ou la gloire.
Les trois filles savent tout faire:  mimer, jouer la comédie, bouger, danser, se déguiser, faire des imitations: ce sont des comédiennes dans l’âme, presque des bêtes de scène. Le musicien, installé derrière son clavier tout près de la scène, est aussi à tout faire: accompagnateur, bruiteur, chanteur, soliste, saxophoniste et présentateur.
Une vingtaine de numéros, amusants, comiques, parfois surprenants, où alternent le mime, la parodie, le pastiche, le chant, le lipsync, dans le style cabaret, un brin coquin, teinté d’une vulgarité à prendre au second degré.
Belle synergie entre les deux grandes minces et la petite boulotte.
Quelques numéros se démarquent, comme celui intitulé Ciel mon mari, avec son bruitage extravagant, celui de la mascotte Papatte, qui fait ressortir l’inanité et le ridicule de ce genre de personnage,  ou encore le Trio aquatique où les filles déguisées en putes très vulgaires finissent par jouer Petite fleur de Sydney Bechet (vidéo de la vraie pièce ci-dessus)en se gargarisant.
Ajoutons à cela le clou de la soirée, un extrait des Belles-soeurs, de Michel Tremblay, bellessoeurs.gifen faux russe, c’est-à-dire dans un sabir que tout le monde peut comprendre (photo de la pièce jouée je ne sais trop où).
Des images (scènes) incongrues sont jouxtées à des chansons connues (du moins par les plus de 40 ans), telles Comme la lune de Joe Dassin, Ces bottes sont faites pour marcher, Je suis libre (popularisée par Michèle Richard), avec un résultat ma foi intéressant, parfois déstabilisant.
L'interprétation même des chansons constitue le point faible du spectacle:  si les quatre comparses se débrouillent, ils manquent de solidité dans ce créneau et le lipsync leur réussit beaucoup mieux.
Bref, une belle folie, un cabaret relax pour les spectateurs mais très exigeant pour les artistes, un spectacle de bonne qualité concocté avec peu de moyens mais énormément de talent.
L'opinion de Dario Larouche sur le spectacle, ici.
Il reste quatre représentations, au Côté-Cour, du mercredi 8 au samedi 11 juillet.