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10/05/2015

La fin d'une belle époque

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Mes recherches pour le billet précédent ont ramené à mon souvenir le nom de ces trois navires de la Canada Steamship Lines, qui suscitaient admiration et fascination quand ils voguaient gracieusement sur le Saguenay et sur le Saint-Laurent: le Richelieu, le St-Lawrence et le Tadoussac.

J'ai trouvé une superbe photo (ci-dessus) de ce dernier faisant son entrée dans la baie de Tadoussac, sur le site Flickr de Keith Clark.
La discussion (en anglais) affichée sous la photo est fort intéressante, entre autres parce que plusieurs intervenants qui ont travaillé sur ces bateaux racontent quelques anecdotes.

Cette discussion conduit aussi à cette autre photo, qui évoque le destin d'un de ces bateaux, après que la CSL eut mis fin (en 1965) au transport de passagers au Québec.

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Même si le nom inscrit sur la coque est St-Lawrence, il s'agit en réalité du Tadoussac, reconnaissable à ses trois ponts reliés par des escaliers à l'avant du navire.

Cette photo a été prise à... Copenhague au Danemark,  où le bateau avait été semble-il remorqué et transformé en un hôtel pas très luxueux.
Encore plus extraordinaire, la photo suivante (une carte postale, je crois) montre le même navire... enlisé dans le sable, près de Dubaï, aux Émirats arabes unis!

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Comment est-il arrivé là? Un projet pour en faire un hôtel de luxe fut, dit-on, abandonné, tout comme le fier vaisseau, qui a fini par se désagréger sur place. (Tout cela est également raconté dans les discussions sur Flickr).


Autre drame
Comme les Trois Mousquetaires, ces navires étaient en réalité quatre, car la flotte était à l'origine complétée par le SS Québec.

Cependant en 1950, peu après sa mise en service, ce dernier a été complètement détruit par un incendie, survenu alors qu'il  alors qu'il était au quai de Tadoussac.

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La vidéo ci-dessus offre des images saisissantes de ce sinistre, qui a fait sept morts.

De plus, en cliquant ici, on accède à  un récit très détaillé (en français), de l'événement et des enquêtes menées ensuite sur les circonstances de la catastrophe.

Inconcevables notamment, l'incurie et l'incompétence de certains intervenants, mises en lumière par l'auteur de ce texte, Pierre de La Ney du Vair.

03/05/2015

Sur les flots bleus du souvenir

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Vers la fin de ce film formidable (cliquer ci-dessus pour le voir, durée totale: 30 minutes) tourné par l'abbé Maurice Proulx en 1958 pour mettre en valeur les attraits de la région du Saguenay (ce n'était pas encore une ville à l'époque), on voit quelques images du Richelieu qui appareille au port de Chicoutimi pour naviguer sur le Saguenay jusqu'à Tadoussac, et ensuite sur le fleuve Saint-Laurent vers Québec et Montréal.
Cela m'a rappelé un beau souvenir. Je ne sais pas si c'est arrivé plus d'une fois, mais je me souviens d'un voyage à bord de ce bateau, avec ma mère, sa soeur ma tante Yvette et mon petit frère Pierre.
Après nous avoir conduits à Chicoutimi en voiture, mon père retournerait à la maison pour travailler pendant la semaine et nous rejoindrait ensuite à Tadoussac la fin de semaine, pour nous ramener ensuite à Arvida.

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Ce fut ma première croisière.  Après avoir vu le navire arriver au quai, tout blanc, immense, je suis montée à bord pour un voyage fantastique.

Je découvris sur ce bateau un nouvel univers, totalement différent de tout ce que je connaissais. J'allai de surprise en éblouissement dans ce véritable labyrinthe peuplé de mystères, de portes ouvrant sur des grandes pièces richement décorées ou encore sur de minuscules armoires à balais, de coursives et d'escaliers menant on ne sait où.

Le perpétuel grondement qui montait de ses entrailles avait quelque chose d'inquiétant et de fascinant à la fois.
Il y avait une belle grande salle à manger et de petites cantines où on pouvait acheter de la liqueur et de la crème glacée. Des salons aux sofas profonds et aux tapis épais, des bibliothèques aux chaises garnies de velours, des fumoirs aux fauteuils en cuir d'où émanaient  des odeurs étranges... tous presque vides.

Les passagers préféraient en effet se tenir sur les ponts pour admirer le paysage et apercevoir la statue de la Vierge au Cap Trinité tandis que les haut-parleurs jouaient l'Ave Maria. Les femmes portaient des fichus, et les hommes des casquettes car l'air était frais et le vent soufflait fort.
Le Fjord du Saguenay, que j'aime tant aujourd'hui, ne m'intéressait guère à cette époque de mes sept ans. Je préférais nettement l'intérieur du bateau.

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Il y avait des activités organisées pour les enfants (dessin, coloriage, bricolage), mais ce qui m'attirait le plus, c'était un jeu de société pour adultes: la course de chevaux! J'étais totalement captivée par ces petits chevaux en plastique que les joueurs déplaçaient, en fonction des points obtenus en lançant les dés, sur une longue piste (en bois si je me souviens bien) posée par terre.

J'avais vraiment hâte de grandir... juste pour pouvoir participer à ce jeu.

Tout cela m'a tellement absorbée que je ne garde par ailleurs aucun souvenir de l'entrée dans la baie de Tadoussac, ni du débarquement, ni du trajet jusqu'à l'hôtel...

Dans un prochain billet, des détails sur l'histoire du Richelieu et de ses frères.

______

*: Toutes les images qui illustrent ce billet sont tirées du film Au Royaume du Saguenay, de l'abbé Maurice Proulx, rendu accessible par Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

21/03/2015

Pommettes et brin de jasette

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Enfin! Les jaseurs des cèdres ont retrouvé le chemin de nos fruits. Peut-être un premier signe du printemps, même s'ils n'ont pas quitté notre hiver.

Depuis quelques jours, ils arrivent, un d'abord, puis une petite volée qui s'éparpille sur les branches de nos deux pommetiers pour en cueillir et avaler les petites pommettes rouges. Parfois ils deviennent si nombreux qu'ils ont besoin d'un espace supplémentaire: les branches du grand érable!

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Au même moment, Jack et moi, ci-devant blogueurs, avons sorti nos appareils pour capturer virtuellement ces voyageurs ailés.

Lui est resté à l'intérieur et a obtenu, par la fenêtre, d'excellents résultats (voir ici). Pour ma part, je suis sortie sur la galerie, et je vous présente mes meilleurs clichés (des gros plans) et -pourquoi pas- un poème!

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J'ai choisi ce beau poème, émouvant et triste, de Jacques Prévert, notamment parce qu'aujourd'hui je dois assister à des funérailles.

 

Le chat et l'oiseau


Un village écoute désolé
Le chant d'un oiseau blessé
C'est le seul oiseau du village
Et c'est le seul chat du village
Qui l'a à moitié dévoré
Et l'oiseau cesse de chanter
Le chat cesse de ronronner
Et de se lécher le museau
Et le village fait à l'oiseau
De merveilleuses funérailles
Et le chat qui est invité
Marche derrière le petit cercueil de paille
Où l'oiseau mort est allongé
Porté par une petite fille
Qui n'arrête pas de pleurer
«Si j'avais su que cela te fasse tant de peine,
Lui dit le chat,
Je l'aurais mangé tout entier
Et puis j'aurais raconté
Que je l'avais vu s'envoler
S'envoler jusqu'au bout du monde
Là-bas où c'est tellement loin
Que jamais on n'en revient
Tu aurais eu moins de chagrin
Simplement de la tristesse et des regrets.»

Il ne faut jamais faire les choses à moitié.

 Jacques Prévert              

22/02/2015

La marche à l'hiver

J'ai consacré une bonne partie de ce beau dimanche à une longue marche dans l'hiver arvidien, qui était très doux en ce 22 février 2015. Je n'avais pris que mon mini-appareil numérique, histoire de ne pas surcharger mes poches, et je m'en suis servie pour croquer ceci:

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Au fond, l'église Saint-Jacques, maintenant occupée par l'équipe de Québec Issime, et à l'avant-plan, une portion de l'anneau de glace, sur lequel personne ne patinait à l'heure du midi.

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Et j'ai découvert, entre le boulevard Mellon et les maisons de la rue Dion qui lui est parallèle, ce merveilleux petit sentier, où il y avait quelques traces de pas dans lesquelles j'ai mis les miens, "calant" dans la neige à certains moments, à d'autres me tenant aux arbres.

En pleine ville, à une trentaine de pieds d'un boulevard très fréquenté, je me sentais comme en pleine forêt: c'était vraiment formidable!

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25/01/2015

Glisser à Montréal

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(crédit photo: Jacques B Bouchard)

Trois semaines plus tard, les médias québécois (autrement dit: montréalais!) parlent encore de la pluie verglaçante tombée sur Montréal le 4 janvier dernier. Les services municipaux n'ont pas tout à fait réussi à effacer toutes les traces de cette mini-catastrophe.
Or il se trouve que j'étais à Montréal ce jour-là.
La veille, le samedi 3 janvier, il avait fait froid, très froid même. Mais le mercure a grimpé pendant la soirée. La météo prévoyait de la pluie et du temps gris.
Effectivement, le lendemain matin, vu de notre chambre d'hôtel (ITHQ), le spectacle était désolant: pluie, pluie, pluie.
Nous avons décidé malgré tout d'aller au Musée des beaux-arts pour voir l'exposition De Van Gogh à Kandisky, qui se termine d'ailleurs aujourd'hui dimanche 25 janvier. Je l'avais déjà visitée en décembre, mais pas mon conjoint. Il y a tellement d'oeuvres exposées, dont certaines formidables, que cela me faisait plaisir d'y retourner, avec lui.
Aucun problème pour monter dans l'autobus 24: comme la station Sherbrooke (autobus et métro) est dans le même bâtiment que l'hôtel, le petit bout de trottoir qui y conduit est couvert, donc nous n'avons vu ni neige ni glace sur ce bref parcours.
Une fois descendus du bus, nous devions faire quelques dizaines de pas sur Sherbrooke: l'horreur! Il fallait avancer très lentement, car on risquait de tomber à chaque mouvement sur ce trottoir à la fois mouillé et glacé. Et il pleuvait à boire debout.

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(crédit photo: Jacques B Bouchard)


Par les baies vitrées du Musée, nous pouvions voir que la pluie tombait de plus belle et que c'était l'anarchie totale dans la circulation des piétons et des autos.
Après quelques heures agréables et enrichissantes passées à l'abri, il a bien fallu nous résoudre à sortir: la catastrophe! Un court parcours fort périlleux pour nous rendre à l'arrêt du bus. Heureusement, en attendant notre carrosse, nous avons, avec d'autres usagers, trouvé refuge sous l'élégante marquise du chic Ritz Carlton.
Impossible d'enjamber la névasse accumulée entre le trottoir et la rue: le chauffeur a dû avancer l'autobus jusqu'à l'intersection pour nous permettre de monter à bord.


Métro:boulot!
Après le bus, le métro, pour aller chez notre fils. Le trajet entre la station Jarry et sa maison, à quelques coins de rue, a été épique: fallait faire des pas minuscules, tête baissée pour voir où nous mettions les pieds, agrippant au passage tout ce qui était à notre portée, rampes, clôtures, branches, pour éviter de tomber. Cela nous a pris trois fois plus de temps qu'à l'habitude (15 minutes au lieu de cinq!).

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(L'avenue Mont-Royal ce jour-là. Crédit photo: Canoe.ca)


En fin de soirée, la pluie avait cessé... et le mercure avait plongé. C'était encore plus glissant. Nous aurions eu besoin de nos crampons antidérapants.
Une chenillette avait un peu dégagé le trottoir de la rue Jarry, mais autrement, je n'ai vu, de toute la journée, aucune déneigeuse, sableuse ou autre équipement de la voirie à l'oeuvre.
Il n'y en avait guère plus le lendemain matin. Au petit déjeuner, en regardant les autos déraper, les piétons glisser (et tomber pour quelques-uns) sur la rue Saint-Denis transformée en patinoire, j'ai pensé qu'il faudrait beaucoup de temps pour tout dégager, et qu'il y avait certainement eu de l'incurie ou de l'incohérence dans la gestion de ce cocktail météo.
Comme nous partions ce matin-là, nous avons parcouru encore une fois notre petit bout de trottoir couvert pour prendre le métro, et nous rendre ensuite, sans mettre le nez dehors, à la Gare d'autocars pour prendre l'autobus vers Saguenay.

Le reste du trajet fut sans histoire, de même que l'arrivée à Arvida: il faisait froid, il y avait eu beaucoup de neige, mais ni pluie, ni verglas.

11/01/2015

Haut les mains !!!

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En utilisant certains services publics, j'ai parfois la curieuse impression que les concepteurs de ces lieux ignorent comment est fait le corps humain. Ils ne savent pas en tout cas quelle est la longueur moyenne d'un bras...
Par exemple, à l'ITHQ, un hôtel que j'aime bien et où je loge régulièrement, les produits de toilette tels que lotion, shampoing et savon sont présentés sous forme liquide, dans des contenants à pompe. De bons produits au lait de chèvre... Encore faut-il pouvoir les utiliser.
Au contraire des petits savons que les clients étaient autrefois encouragés à emporter avec eux, ces contenants sont bien entendu faits pour rester dans la chambre.
Alors pour éviter que les gens ne les prennent, les  bouteilles sont verrouillées dans un boîtier de métal fixé au mur près du lavabo.
Il y en a aussi sous le pommeau de la douche (photo ci-dessus, prise par Jack), à portée de main... quand on se tient debout.
Mais si on prend un bain, assis(e) dans la baignoire, impossible d'atteindre le savon, même en allongeant le bras au maximum!!!
Bonjour l'ergonomie!

Dans l'étaubus

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Il y a de nouveaux autobus chez Intercar, qui font le trajet entre Saguenay et Québec.
Plus récents, plus modernes, sans nul doute plus sécuritaires et plus agréables à conduire.
On a tenté d'améliorer les toilettes, aussi. Elles sont effectivement un peu plus grandes, car la porte arrondie laisse davantage de place dans cet espace réduit. Oui mais...
Les barres d'appui, qu'il faut absolument tenir tant on se fait brasser quand on va au petit coin dans ces conditions, sont conçues pour quelqu'un qui se tient debout: elles lui vont de la taille aux épaules.

Mais il est bien recommandé, tant aux hommes qu'aux femmes, de s'asseoir pour uriner, histoire de ne pas se casser la figure ni risquer d'arroser partout.
Or, quand on prend place sur le siège, les deux barres d'appui se retrouvent... loin au-dessus de notre tête, l'une à droite, l'autre à gauche. Il faut donc lever les deux bras bien haut pour se tenir, alterner l'un et l'autre pour prendre le papier, je vous laisse imaginer la gymnastique.

Oups!!!

Et les pieds???
Autre erreur d'ergonomie: la pièce métallique qui couvre le système de chauffage et  court le long de la paroi du véhicule.
Dans les anciens autocars, assise du côté de la fenêtre, j'aimais bien pouvoir poser un pied sur la partie horizontale de cette pièce: cet appui me permettait de changer de position et de me sentir un peu moins coincée.
Dans les nouveaux véhicules, cette pièce n'est plus horizontale (à angle droit), mais inclinée à 45 degrés. Totalement impossible d'y poser -et reposer- mon pied.
J'ai entendu d'autres passagers se plaindre également à ce sujet. Un petit détail peut-être, mais qui a son importance quand le voyage dure plusieurs heures.
Comment les concepteurs n'ont-ils pas pensé à ça?

12/12/2014

Choisir sa tête

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(Photos prises en 2010 au Palais Garnier: ci-dessus, avant le début de la représentation, et ci-dessous, pendant... avec un tête pas possible devant moi)

 

Quand je vais dans une salle sans place assignée, au cinéma par exemple, j'ai tendance, comme la plupart des gens j'imagine, à m'installer derrière un siège vide. Pour ne pas avoir devant moi une tête ou des épaules qui obstruent ma vue.

Du moins c'était le cas jusqu'à tout récemment. Quelques expériences m'ont fait comprendre que ce n'est pas toujours le meilleur choix. En effet, il m'est arrivé de prendre place derrière un siège vide... qui l'est demeuré jusqu'à ce que vienne s'y asseoir une dame dont le haut chignon et les boucles folles me cachaient le spectacle. Ou une bourgeoise à large chapeau. Ou un type qui garde sa casquette vissée sur la tête.

Ou un grand et élégant jeune homme, longues jambes, larges épaules, dos bien droit, chevelure abondante: tout à fait mon genre... à condition qu'il soit assis à côté de moi, et non devant, avec une femme!

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Alors j'ai changé de méthode: désormais, plutôt que de me fier au hasard, ou de souhaiter que le siège demeure vide, ce qui est peu probable quand le spectacle est très fréquenté, je choisis la personne qui sera assise devant moi. Quelqu'un de très petit: un enfant, une petite vieille un peu voûtée, un vieillard au crâne dégarni. Je m'installe derrière l'élu(e), vérifie que je vois très bien le spectacle ou le film, et le tour est joué.

J'essaie aussi de deviner, par son attitude, si la personne a l'air d'attendre quelqu'un, pour ne pas risquer qu'elle change de siège avec un éventuel compagnon qui serait plus encombrant pour moi.

Et les manteaux...

Un autre irritant du même genre, c'est le manteau d'hiver. Plusieurs semblent délibérément le placer là où il obstruera la vue des autres. À la Maison symphonique, par exemple, alors que je prenais place dans les gradins situés derrière la scène, deux personnes ont eu l'idée saugrenue de placer leur manteaux sur la rampe qui courait devant nous. Cela cachait à leurs voisins une bonne partie de la scène. Heureusement, une placière leur a demandé de les déplacer...

Dans l'autobus, quand on n'est pas assis à l'avant, on ne voit pas grand-chose. Eh bien, un jour, la femme assise devant moi a placé son manteau sur le dossier de son siège, bouchant complètement le minuscule espace par lequel je pouvais voir la route...

30/11/2014

Compagnon de mes nuits

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Quand je m'éveille la nuit, j'aime bien regarder par ma fenêtre.

Quand il n'y a pas de nuages, j'y aperçois Orion, qui brille sur le fond noir de la voûte céleste. La constellation d'Orion se reconnaît facilement grâce aux trois étoiles alignées qui dessinent la ceinture du géant. Je peux alors repérer la supergéante rouge Bételgeuse sur son épaule droite, et, sur son pied gauche,  l'ultrabrillante Rigel.

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Quand l'air de la nuit est particulièrement pur, je peux même distinguer, sous sa ceinture, la nébuleuse d'Orion, et devant lui, quelques-unes des étoiles qui évoquent son bouclier, formé d'une peau d'animal.

Orion est en effet, selon la mythologie grecque, un archer habile qui fut rendu aveugle par le roi Oenopion. Il recouvra la vue mais fut plus tard tué par une flèche que lui lança involontairement Artémis.

orion,constellation,nuit,blaise cendrarsOrion est presque la seule constellation que je puis voir de mes deux fenêtres: celle du sud au début de la nuit, celle de l'est au petit matin, avant le lever du soleil.

Bien sûr sa position varie, et il y a peut-être des périodes où je ne puis l'apercevoir. Il me semble pourtant qu'il est toujours là, par temps clair, me tenant compagnie, veillant sur mes insomnies.

Cette contemplation nocturne me réjouit toujours et, quand la lune s'invite aussi, en quart, en demie ou tout entière, le tableau est encore plus beau.

Et je termine par ce très court poème de Blaise Cendrars, dans lequel il parle de sa main coupée, car il avait subi une amputation, conséquence d'une blessure de guerre:

 

Orion
C'est mon étoile
Elle a la forme d'une main
C'est ma main montée au ciel
Durant toute la guerre je voyais Orion par un créneau
Quand les Zeppelins venaient bombarder Paris ils
venaient toujours d'Orion
Aujourd'hui je l'ai au-dessus de ma tête
Le grand mât perce la paume de cette main qui doit
souffrir
Comme ma main coupée me fait souffrir percée qu'elle
est par un dard continuel

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(Paysage avec Orion aveugle cherchant le soleil (1658), huile sur toile de Nicolas Poussin. Metropolitan Museum of Art, New York)

11/11/2014

Et coulent les coquelicots

hommeCoquel.jpg

Des rivières de coquelicots couleur sang coulent dans les douves entourant la Tour de Londres.

Voilà la formidable installation imaginée par l'artiste britannique Paul Cummins pour souligner le Jour du Souvenir, célébré le 11 novembre, date de la signature de l'Armistice qui mettait fin à la Première guerre mondiale.

888.246 coquelicots en céramique évoquent le sang versé par autant de soldats britanniques et du Commonwealth morts au combat* dans cette guerre (une boucherie stupide et inutile comme le sont toutes les guerres).

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Je la trouve belle et émouvante, cette installation intitulée Blood Swept Lands And Seas Of Red (Le sang a balayé de rouge les terres et les mers).
Plantées une à une depuis le mois d'août, les fleurs s'étalent comme une marée montante à l'assaut du gazon vert.

Les Londoniens et leurs visiteurs ont adopté ces coquelicots et vont les voir en grand nombre. Même la Reine Élisabeth, ainsi que Kate et William, s'y sont rendus.

Il s'est trouvé des gens pour réclamer que l'installation ne soit pas démontée, comme prévu.coquelicots,paul cummins,tour de londres,jour du souvenir,armistice

Mais elle le sera sans doute puisque ces "poppies", comme on les appelle là-bas ont été vendus à l'unité, au profit d'oeuvres caritatives qui viennent en aide aux anciens combattants.

"Mercredi 12 novembre, 11 000 volontaires les cueilleront un par un et les nettoieront avant qu’ils soient envoyés à leurs propriétaires", peut-on lire dans le journal français La Croix.


Cet article (pour le lire en entier, cliquer ici) rappelle aussi que  la tradition du coquelicot, encore très suivie au Canada et en Grande-Bretagne, a été inspirée par un poème du médecin militaire canadien John McCrae.

En voici la traduction française (cliquer sur la vignette à droite pour voir le texte original):

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Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix
et dans l’espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.

Nous sommes morts
Nous qui songions la veille encor’
À nos parents, à nos amis,
C’est nous qui reposons ici
Au champ d’honneur.

À vous jeunes désabusés
À vous de porter l'oriflamme
Et de garder au fond de l'âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d'honneur.

PS: Mon blogueur en résidence a aussi parlé de cette oeuvre, y voyant avec grande pertinence une évocation "des flots de sang innocent répandus dans cette Tour et ses environs par les différents monarques d'Angleterre, et les flots de sang répandus sur toute la planète pour édifier l'empire britannique".

31/10/2014

Ma thérapie

philIris.jpg

Après sept semaines, la saison 2 de la série En thérapie (sur TV5) prend fin. Je viens tout juste d'écouter le dernier épisode.
Pour moi, c'est la série idéale, à la fois dans sa formule et dans sa durée. C'est en apparence tout simple: un psychologue et ses patients.

Bien qu'il s'y ajoute quelques éléments extérieurs, le matériau principal de la série, ce sont les sept séances menées en autant de semaines par le psychologue Philippe Jacob avec quelques patients, toujours les mêmes d'une semaine à l'autre, du lundi au jeudi. Le vendredi, c'est lui qui va voir sa psychologue.

Une femme sans enfant qui sent le poids de l'horloge biologique à l'approche de la quarantaine, un couple en instance de divorce et son ado perturbé, un homme d'affaires qui voit ses certitudes s'écrouler, une toute jeune femme atteinte d'un grave cancer. (Pour un bon résumé de la série et de son concept, cliquer ici).

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C'est formidable d'entrer ainsi dans l'intimité de ces gens ordinaires aux prises avec des problèmes très répandus.
Pas de suspense, pas de poursuites, pas de grandes déclarations romantiques. Seulement cela, le coeur et l'âme des humains.

Ils réfléchissent, doutent, se fâchent, racontent leur histoire. Ils remontent vers leur enfance et transfèrent sur leur thérapeute le poids des manques, des absences, des abandons, de l'incompréhension dont ils ont souffert. À la source, toujours: le père, la mère, la fratrie, la cellule familiale.

Et je peux, avec mes quelques notions de psychanalyse, observer des détails, des regards, comprendre l'enjeu d'un dialogue.
La montée dramatique, s'il y en a une, suit la courbe du dévoilement progressif, par la seule parole, des blessures intimes. Elle nous laisse, en cette dernière semaine, sur une ouverture, une possibilité, un regard en avant, pour tous ces personnages, toutes ces personnes qui ont manqué d'amour.
Mes deux préférés:

andre.jpg

André (Roger Léger, photo ci-dessus), le patron à qui tout réussit, évoque un épisode de son adolescence: le décès de son frère aîné. Et la solitude qui a suivi pour lui: ses parents complètement démolis et devenus absents, son sentiment de culpabilité, et sa tristesse quand il regardait, dans sa chambre, le lit vide où dormait auparavant son frère.
Et  Iris, la jeune étudiante qui est dans le rejet et le déni total du cancer dont elle est atteinte. Elle est en colère, se préoccupe de choses sans importance, repousse tous ceux qui l'entourent, cherchant à leur épargner à eux la douleur de la voir souffrir: tout pour éviter d'affronter la gravité de son état.
Deux acteurs formidables, Roger Léger et Sophie Desmarais, incarnent André et Iris.
Les autres acteurs aussi sont excellents, entre autres Isabelle Blais, Macha Limonchik, Sébastien Ricard, Étienne Galloy.

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C'est  François Papineau  (le Normand Despins d'Unité 9) qui incarne le psychologue Philippe Jacob, et Élise Guilbault joue sa psychologue à lui.
L'an dernier et au début de cette saison, j'écoutais En thérapie tous les soirs à 22h, et quand je manquais un épisode, je l'écoutais le lendemain sur le site de l'émission. (Il est possible, je crois, d'écouter toute la série sur ce site). Mais j'ai découvert ensuite que je pouvais écouter l'épisode du jour à n'importe quelle heure (soit après la première diffusion présentée à 6h du matin). Encore mieux.

Cela me peine un peu que ce soit terminé, mais en même temps, c'est tout à fait correct. Après sept semaines, je me sépare de ces êtres que j'ai appris à connaître, je les laisse vivre leur vie, quitte à les retrouver peut-être plus tard, dans une prochaine saison...