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09/05/2016

Splendeurs et misères*

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En passant sur la rue de Montfort  à Jonquière (intersection Notre-Dame), j'ai eu l'idée de prendre quelques photos de l'église Notre-Dame-de-Fatima. Celle-ci est au coeur d'un débat qui dure depuis plusieurs années à Saguenay. Annoncée à plusieurs reprises, sa démolition n'a toujours pas eu lieu.

Inauguré en 1962, ce temple catholique d'une indéniable valeur patrimoniale témoigne d'un courant architectural important des années 60. Ses concepteurs, les architectes saguenéens Léonce Desgagné et Paul-Marie Côté,  "sont reconnus pour leur apport innovateur à l'architecture québécoise".

Pendant que l'on discute de leur sort, l'église et son presbytère pourrissent sur pied, pour ainsi dire. Les ravages du temps sont bien visibles sur les parois de ce bel édifice, dont la silhouette évoque la forme d'un tipi. (Tout comme celle de l'église Saint-Raphaël, érigée aussi à Jonquière, en 1956).

Des élus et des groupes de citoyens luttent pour la préservation de Notre-Dame-de Fatima. Mais comment financer le maintien d'un bâtiment aussi imposant, qui, ayant perdu sa vocation première faute de clients, n'a plus d'utilité évidente.

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C'est le cas de bien des églises du Québec, construites avec faste au temps où les foules les fréquentaient. Menacés par les potentats religieux de brûler en enfer pour l'éternité s'ils n'allaient pas à la messe du dimanche, contraints de donner à la quête hebdomadaire, de verser la dîme, de payer pour leurs mariages, baptêmes, funérailles, les paroissiens faisaient vivre leur église et tout le personnel, ecclésiastique et séculier, nécessaire à son fonctionnement.

Que faire, donc, de ces temples abandonnés? Des transformations et changements de vocation sont possibles. On peut les convertir en condos, en salles de spectacle, en immeubles à vocation commerciale ou communautaire. À condition qu'un réel besoin existe pour ces nouveaux lieux.

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Il faut surtout de l'argent, beaucoup d'argent. Où le trouver?

Il faut aussi des leaders influents, capables de mener une action cohérente, et des communautés à l'esprit ouvert, en mesure de bien mesurer tous les enjeux. Cela a été fait dans certains cas, mais bien souvent, on laisse se délabrer ces joyaux du patrimoine, jusqu'à ce qu'ils deviennent dangereux pour tous ceux qui passent à proximité, de sorte qu'on doit les abattre.

Quel sera le sort de Notre-Dame-de-Fatima?

La question fut récemment posée avec véhémence par le citoyen de Saint-Ambroise Rosaire Gagnon,  qui  signait, dans Le Devoir, un texte d'opinion intitulé Le "viol artistique" de Notre-Dame-de-Fatima, à Jonquière.

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 Voici comment l'édifice est décrit sur le site des lieux patrimoniaux du Canada: (cliquer sur ce lien pour en apprendre davantage):

"L'église de Notre-Dame-de-Fatima figure parmi les premières églises à plan centré dans la région. Ainsi, elle est à l'opposé des formes conventionnelles de l'architecture religieuse. Son caractère sculptural évoquant un tipi, son absence de fenêtres et d'ornements, l'aménagement du choeur et de la nef en un seul volume lui confèrent un aspect distinctif par rapport aux églises traditionnelles."

(...)

"Les éléments clés de l'église de Notre-Dame-de-Fatima liés à son intérêt architectural comprennent, notamment :
- son volume, dont le plan centré composé de deux demi-cônes décalés l'un par rapport à l'autre, un de ceux-ci se prolongeant en une flèche surmontée d'une croix, ainsi que les larges marquises au-dessus des deux entrées;
- ses matériaux, dont la structure en béton recouvert de crépi blanc;
- ses ouvertures, dont les deux larges bandeaux de verre verticaux occupant le vide créé par le décalage des deux demi-cônes, le portail d'entrée composé de trois portes vitrées encastrées dans une large fenêtre, ainsi que la porte vitrée arrière également encastrée dans une fenêtre."

 

__________

*Le titre de ce billet est emprunté à celui d'un roman de Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes! Je l'ai choisi de préférence à l'expression "grandeur et misère", utilisée beaucoup plus souvent et inspirée de cette pensée de Pascal: "La grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se connaît misérable".

 

29/11/2015

Automne teinté d'hiver

Et d'un rayon d'hiver traversé brusquement

(Charles Baudelaire)

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C'était le 7 novembre dernier. Direction La Baie pour quelques courses. Il faisait très froid et sombre, le vent voulait nous arracher la tête, à Jack et à moi. Vers 15 heures, juste au moment où nous passions sur la rue Mars avant de rentrer à la maison, le soleil a percé les nuages.

Nous nous sommes arrêtés devant l'Auberge des 21 et avons profité de ces brefs instants, tout à fait magiques, pour prendre quelques clichés du quai des croisières et surtout du paysage. Les ombres s'allongeaient déjà, la mienne a décidé d'apparaître sur quelques photos.

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Une blonde lumière arrose
           La nature, et, dans l’air tout rose,
    On croirait qu’il neige de l’or.

(François Coppée)

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Sur la photo suivante, deux branches de l'arbre à l'avant-plan se courbent gracieusement de part et d'autre du lampadaire blanc, dont ils imitent la forme.

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Voici que la saison décline,
       L’ombre grandit, l’azur décroît,
    Le vent fraîchit sur la colline,
          L’oiseau frissonne, l’herbe a froid.

(Victor Hugo)

 

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         Sois le bienvenu, rouge Automne,
        Accours dans ton riche appareil,
Embrase le coteau vermeil
     Que la vigne pare et festonne.

       (Théodore de Banville)

 

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Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !

(Charles Baudelaire)

 

 

Adieu soupirs des bois, mélodieuses brises,
Murmure éolien du feuillage agité.
Adieu dernières fleurs que le givre a surprises,
Lambeaux épars du voile étoilé de l’été.

(Nérée Beauchemin)

 

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    Voilà les feuilles sans sève
    Qui tombent sur le gazon,
Voilà le vent qui s’élève
Et gémit dans le vallon

(Alphonse de Lamartine)

 

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Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon coeur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.


(Paul Verlaine)

11/11/2015

Dans le boisé, l'hommage

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Le 11 novembre 1918 fut signé l'armistice qui marquait la fin de la  Première Guerre mondiale (1914-1918). On rappelle l'événement chaque année à cette date, on l'appelle maintenant Jour du Souvenir. et son symbole est le coquelicot. Un peu partout, des cérémonies soulignent l'événement et rendent un hommage aux morts et à tous les combattants de cette guerre.

Au cours d'une promenade à Jonquière l'été dernier, j'ai trouvé ce modeste monument:

Jour du souvenir, Boisé du collège, Jonquière

Voici ce qu'on peut lire sur la plaque commémorative:

Jour du souvenir, Boisé du collège, Jonquière

Un hommage donc aux Jonquiérois morts dans l'une des deux grandes guerres, érigé par la Cité de Jonquière en 1964, bien longtemps donc avant la fusion municipale de 2002.

Je l'ai découverte tout à fait par hasard, alors que ma curiosité m'avait amenée à marcher près de mon vélo pour aller voir le début d'un sentier, sur la rue du Long Sault, justement située dans le quartier des Vétérans.

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C'est l'un des sentiers qui sillonnent le Boisé du Collège, aménagé sur les terres du Cégep de Jonquière.

Enfin pour souligner ce jour, voici (en traduction française, cliquer sur la vignette à droite pour voir le texte original) le poème du médecin militaire canadien John McCrae qui a inspiré la tradition du coquelicot, encore très suivie au Canada et en Grande-Bretagne.

 

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Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix
et dans l’espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.

Nous sommes morts
Nous qui songions la veille encor’
À nos parents, à nos amis,
C’est nous qui reposons ici
Au champ d’honneur.

À vous jeunes désabusés
À vous de porter l'oriflamme
Et de garder au fond de l'âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d'honneur.

14/10/2015

Corps de ballet

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Sergei Polunin et Svetlana Zakharova dans Giselle

 

En plus des opéras du Metropolitan, présentés depuis dix ans, le cinéma Jonquière vient d'ajouter de la danse à sa programmation. Des ballets filmés au Royal Opera House de Londres et au théâtre Bolchoï de Moscou sont projetés certains dimanches en après-midi. (Le programme est ici).  

Comme cet art que j'apprécie est plutôt rare sur nos scènes, je me suis réjouie de pouvoir y accéder sur un grand écran près de chez moi. Les médias québécois n'en ont guère parlé...
Après en avoir vu deux (Roméo et Juliette, du ROH,  et Giselle, du Bolchoï ), je puis dire que l'expérience est totalement différente de celle de l'opéra.
Visuellement, d'abord. Au ballet, les danseurs-acteurs sont jeunes, minces, bien faits. Les femmes, filiformes, ont des seins minuscules.
Les rondeurs, ce sont plutôt celles des hommes: fesses et sexe bien emballés dans un tissu élastique serré qui les met en valeur, muscles proéminents et mobiles des mollets, des cuisses, des épaules.
Les spectateurs qui fréquentent ce royaume de la poitrine plate et de la fesse rebondie apprécient particulièrement l'exploit physique. Dans la salle dorée du Bolchoï, il applaudissent la moindre série de pointes, de sauts ou d'entrechats, ce qui est un peu agaçant pour ceux qui voient le spectacle dans une salle de cinéma. (À l'opéra, on applaudit rarement en cours de représentation, sauf pour quelques grandes arias).

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Sarah Lamb et Steven McRae dans Roméo et Juliette

 

Esthétiquement ensuite. Le visage des danseurs est très expressif, parfois un peu trop car ils doivent compenser l'absence de parole ou de texte par des mimiques très appuyées. Il est par conséquent difficile d'adhérer à leurs sentiments, d'autant plus que la trame narrative (du moins dans le cas de Roméo et de Giselle) est peu vraisemblable.

Je suis donc restée là, appréciant les mouvements d'ensemble, la grâce des gestes, les exploits acrobatiques, la musique aussi, mais distante, sans véritable émotion. Comme je peux en éprouver à l'opéra, quand la voix vibre et soulève en moi un écho humain.
Ces deux ballets filmés ressemblaient par moments à de vieilles choses fantomatiques et glacées.(1)
Il leur manque quelque chose, quelque chose comme... la vie.

Notes
PS(1) Je pourrais éventuellement changer d'avis ou modifier ma perception, par exemple en assistant à des projections de ballets plus modernes.


PS(2) Il m'a semblé dimanche dernier que Svetlana Zakharova, la danseuse étoile du Bolchoï qui interprétait Giselle, manquait un peu d'équilibre: ses jambes vacillaient parfois après des pointes ou un déplacement latéral. Elle a carrément chuté une fois, se relevant aussitôt de sorte que l'événement fut vite oublié. Mais c'était troublant...

06/07/2015

La flèche du littoral à Saint-Fulgence

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De retour d'une charmante excursion à Tadoussac, j'ai fait remarquer à mes compagnons de voyage cette flèche du littoral qui s'avance dans la rivière Saguenay à la hauteur de Saint-Fulgence.

À leur demande, je republie donc, avec quelques modifications, ce billet que j'avais créé en 2009. J'étais (et je suis encore) bien fière de ces deux photos (la plus belle est ci-dessus, je crois) prises à partir du sentier des volières du CIBRO (le Centre d’interprétation des battures et de réhabilitation des oiseaux), lors d'une excursion avec mon frère Pierre.

Cette longue bande de sable et de roche s'est formée il y a environ 10,000 ans, là où se rencontrent l'eau salée et l'eau douce. Avec ses 650 mètres, la flèche littorale de St-Fulgence est la plus longue flèche perpendiculaire au rivage en Amérique du Nord. Un phénomène géomorphologique digne de mention il me semble.

Flèche littorale, flèche du littoral... Wikipédia pour sa part parle de cordon littoral, et en décrit plusieurs  variantes: perpendiculaire ou parallèle au rivage, formant un bassin, coupant une rivière en deux, etc...

Comme la flèche de Saint-Fulgence n'apparaît pas dans leur liste, je vais sans doute me charger moi-même de l'y ajouter.

Voici ma deuxième photo:

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10/05/2015

La fin d'une belle époque

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Mes recherches pour le billet précédent ont ramené à mon souvenir le nom de ces trois navires de la Canada Steamship Lines, qui suscitaient admiration et fascination quand ils voguaient gracieusement sur le Saguenay et sur le Saint-Laurent: le Richelieu, le St-Lawrence et le Tadoussac.

J'ai trouvé une superbe photo (ci-dessus) de ce dernier faisant son entrée dans la baie de Tadoussac, sur le site Flickr de Keith Clark.
La discussion (en anglais) affichée sous la photo est fort intéressante, entre autres parce que plusieurs intervenants qui ont travaillé sur ces bateaux racontent quelques anecdotes.

Cette discussion conduit aussi à cette autre photo, qui évoque le destin d'un de ces bateaux, après que la CSL eut mis fin (en 1965) au transport de passagers au Québec.

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Même si le nom inscrit sur la coque est St-Lawrence, il s'agit en réalité du Tadoussac, reconnaissable à ses trois ponts reliés par des escaliers à l'avant du navire.

Cette photo a été prise à... Copenhague au Danemark,  où le bateau avait été semble-il remorqué et transformé en un hôtel pas très luxueux.
Encore plus extraordinaire, la photo suivante (une carte postale, je crois) montre le même navire... enlisé dans le sable, près de Dubaï, aux Émirats arabes unis!

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Comment est-il arrivé là? Un projet pour en faire un hôtel de luxe fut, dit-on, abandonné, tout comme le fier vaisseau, qui a fini par se désagréger sur place. (Tout cela est également raconté dans les discussions sur Flickr).


Autre drame
Comme les Trois Mousquetaires, ces navires étaient en réalité quatre, car la flotte était à l'origine complétée par le SS Québec.

Cependant en 1950, peu après sa mise en service, ce dernier a été complètement détruit par un incendie, survenu alors qu'il  alors qu'il était au quai de Tadoussac.

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La vidéo ci-dessus offre des images saisissantes de ce sinistre, qui a fait sept morts.

De plus, en cliquant ici, on accède à  un récit très détaillé (en français), de l'événement et des enquêtes menées ensuite sur les circonstances de la catastrophe.

Inconcevables notamment, l'incurie et l'incompétence de certains intervenants, mises en lumière par l'auteur de ce texte, Pierre de La Ney du Vair.

03/05/2015

Sur les flots bleus du souvenir

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Vers la fin de ce film formidable (cliquer ci-dessus pour le voir, durée totale: 30 minutes) tourné par l'abbé Maurice Proulx en 1958 pour mettre en valeur les attraits de la région du Saguenay (ce n'était pas encore une ville à l'époque), on voit quelques images du Richelieu qui appareille au port de Chicoutimi pour naviguer sur le Saguenay jusqu'à Tadoussac, et ensuite sur le fleuve Saint-Laurent vers Québec et Montréal.
Cela m'a rappelé un beau souvenir. Je ne sais pas si c'est arrivé plus d'une fois, mais je me souviens d'un voyage à bord de ce bateau, avec ma mère, sa soeur ma tante Yvette et mon petit frère Pierre.
Après nous avoir conduits à Chicoutimi en voiture, mon père retournerait à la maison pour travailler pendant la semaine et nous rejoindrait ensuite à Tadoussac la fin de semaine, pour nous ramener ensuite à Arvida.

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Ce fut ma première croisière.  Après avoir vu le navire arriver au quai, tout blanc, immense, je suis montée à bord pour un voyage fantastique.

Je découvris sur ce bateau un nouvel univers, totalement différent de tout ce que je connaissais. J'allai de surprise en éblouissement dans ce véritable labyrinthe peuplé de mystères, de portes ouvrant sur des grandes pièces richement décorées ou encore sur de minuscules armoires à balais, de coursives et d'escaliers menant on ne sait où.

Le perpétuel grondement qui montait de ses entrailles avait quelque chose d'inquiétant et de fascinant à la fois.
Il y avait une belle grande salle à manger et de petites cantines où on pouvait acheter de la liqueur et de la crème glacée. Des salons aux sofas profonds et aux tapis épais, des bibliothèques aux chaises garnies de velours, des fumoirs aux fauteuils en cuir d'où émanaient  des odeurs étranges... tous presque vides.

Les passagers préféraient en effet se tenir sur les ponts pour admirer le paysage et apercevoir la statue de la Vierge au Cap Trinité tandis que les haut-parleurs jouaient l'Ave Maria. Les femmes portaient des fichus, et les hommes des casquettes car l'air était frais et le vent soufflait fort.
Le Fjord du Saguenay, que j'aime tant aujourd'hui, ne m'intéressait guère à cette époque de mes sept ans. Je préférais nettement l'intérieur du bateau.

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Il y avait des activités organisées pour les enfants (dessin, coloriage, bricolage), mais ce qui m'attirait le plus, c'était un jeu de société pour adultes: la course de chevaux! J'étais totalement captivée par ces petits chevaux en plastique que les joueurs déplaçaient, en fonction des points obtenus en lançant les dés, sur une longue piste (en bois si je me souviens bien) posée par terre.

J'avais vraiment hâte de grandir... juste pour pouvoir participer à ce jeu.

Tout cela m'a tellement absorbée que je ne garde par ailleurs aucun souvenir de l'entrée dans la baie de Tadoussac, ni du débarquement, ni du trajet jusqu'à l'hôtel...

Dans un prochain billet, des détails sur l'histoire du Richelieu et de ses frères.

______

*: Toutes les images qui illustrent ce billet sont tirées du film Au Royaume du Saguenay, de l'abbé Maurice Proulx, rendu accessible par Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

20/01/2015

La Veuve joyeuse... sans les bulles

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(Nathan Gunn (Danilo) et Renée Fleming (Hanna). Photo: Ken Howard, Metropolitan Opera)

 

La Veuve joyeuse, de Franz Lehár: musique agile et pétillante, livret brillant et coquin truffé de mots d'esprit et d'allusions piquantes aux moeurs ou à la politique.
Je connais bien cette délicieuse opérette, que j'ai vue au moins une dizaine de fois (toujours en français). Je ne voulais donc pas manquer The Merry Widow, présentée samedi au cinéma Jonquière.
Intrigues politiques et sentimentales, quiproquos, substitutions de personnes, un éventail que l'on perd et retrouve. Amour et cupidité se disputent le coeur des hommes (et des femmes) dans un tourbillon d'arias, de danses et de numéros comiques.

La metteure en scène et chorégraphe Susan Stroman, issue du milieu de la comédie musicale, semble avoir voulu servir le gai Paris à la sauce Broadway. Non seulement par son travail de mise en scène, mais par son choix d'interprètes: plusieurs d'entre eux ont une bonne expérience du musical.

L'idée, séduisante à prime abord, produit plusieurs bons moments, notamment de superbes chorégraphies, mais donne aussi lieu à quelques irritants.
Car c'est vouloir transformer une oeuvre effervescente, légère comme de la dentelle, en un spectacle à grand déploiement, surchargé visuellement, dramatiquement et musicalement (gros effectifs dirigés par Andrew Davis). Il s'en dégage une impression de lourdeur, comme si un gros nuage venait écraser trop tôt les bulles de cet enivrant champagne, égarant au passage la finesse de l'esprit français.

Une partie du problème vient peut-être de la nouvelle traduction commandée à Jeremy Sams: à la lecture des sous-titres, elle ne m'a pas semblé à la hauteur du texte français (qui est en réalité une adaptation du livret original en allemand (de Leo Stein et Victor Léon), lui-même  inspiré d'une comédie française: L'Attaché d'ambassade d'Henri Meilhac!).

Plusieurs interprètes ne semblent pas très à l'aise avec ce nouveau texte, pourtant écrit dans leur langue maternelle. Comme s'il entravait leur agilité, leur expressivité.

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(Kelli O'Hara (Valencienne) et Alek Shrader (Camille). Photo: Ken Howard, Metropolitan Opera)


La seule qui ne souffre pas de la situation est la soprano Kelli O'Hara (photo ci-dessus, avec Alek Shrader), vedette de Broadway qui fait ici une entrée réussie à l'opéra: musicalement et dramatiquement à l'aise, elle chante et joue à merveille le personnage de Valencienne, déchirée entre la tentation d'une aventure et l'obligation de demeurer fidèle, en apparence sinon en réalité, à son baron de mari.
O'Hara vole d'ailleurs la vedette à Renée Fleming, chanteuse classique s'il en est, qui a pour sa part annoncé un virage prochain vers... la comédie musicale! Pour le moins inégale dans cette représentation du 17 janvier, la diva, incarnant Hanna, la riche veuve dont les millions constituent un enjeu crucial pour la survie financière de son pays, a brillé dans l'air de Vilja et dans le dernier acte, où elle s'abandonne enfin à l'heure exquise dans les bras du comte Danilo (Nathan Gunn). Avant cela, beaucoup de problèmes avec le texte, avec les aigus, avec le volume.

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(Photo: Ken Howard, Metropolitan Opera)

 

Il faut attendre au troisième acte pour que ça pétille enfin. Chez Maxim's, temple des plaisirs interdits, les jolies filles se lancent dans un cancan débridé, tandis que le champagne coule à flots et que se forment des couples éphémères.
Hanna et Danilo se déclarent leur amour, le mystère de l'éventail est éclairci et le baron (excellent Thomas Allen) doit se retourner sur un dix cents en apprenant d'abord la trahison et ensuite l'absolue fidélité de sa femme Valencienne.

Compte tenu de ce contexte, les chanteurs et chanteuses se débrouillent assez bien. Le baryton Nathan Gunn (Danilo) et le ténor Alek Shrader (Camille), qui font leurs débuts au Met, offrent une prestation très correcte et les rôles secondaires sont en général bien chantés. Soulignons la présence de la mezzo-soprano canadienne Wallis Giunta, dans le rôle d'Olga.

Les productions de La Veuve joyeuse que j'ai vues à Saguenay et à Québec n'ont rien à envier à celle-ci, malgré des moyens infiniment plus modestes.
Malgré ces réserves, La Veuve Joyeuse, même intitulée The Merry Widow, demeure une oeuvre exquise. J'ai eu beaucoup de plaisir à retrouver ces airs que j'aime tant, et je ne me suis pas ennuyée du tout.
Il y avait beaucoup de monde à cette représentation, c'est la plus nombreuse assistance que j'ai vue dans cette salle depuis longtemps. Et malgré le froid mordant, tout le monde est sorti avec le sourire aux lèvres.

11/01/2015

Haut les mains !!!

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En utilisant certains services publics, j'ai parfois la curieuse impression que les concepteurs de ces lieux ignorent comment est fait le corps humain. Ils ne savent pas en tout cas quelle est la longueur moyenne d'un bras...
Par exemple, à l'ITHQ, un hôtel que j'aime bien et où je loge régulièrement, les produits de toilette tels que lotion, shampoing et savon sont présentés sous forme liquide, dans des contenants à pompe. De bons produits au lait de chèvre... Encore faut-il pouvoir les utiliser.
Au contraire des petits savons que les clients étaient autrefois encouragés à emporter avec eux, ces contenants sont bien entendu faits pour rester dans la chambre.
Alors pour éviter que les gens ne les prennent, les  bouteilles sont verrouillées dans un boîtier de métal fixé au mur près du lavabo.
Il y en a aussi sous le pommeau de la douche (photo ci-dessus, prise par Jack), à portée de main... quand on se tient debout.
Mais si on prend un bain, assis(e) dans la baignoire, impossible d'atteindre le savon, même en allongeant le bras au maximum!!!
Bonjour l'ergonomie!

Dans l'étaubus

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Il y a de nouveaux autobus chez Intercar, qui font le trajet entre Saguenay et Québec.
Plus récents, plus modernes, sans nul doute plus sécuritaires et plus agréables à conduire.
On a tenté d'améliorer les toilettes, aussi. Elles sont effectivement un peu plus grandes, car la porte arrondie laisse davantage de place dans cet espace réduit. Oui mais...
Les barres d'appui, qu'il faut absolument tenir tant on se fait brasser quand on va au petit coin dans ces conditions, sont conçues pour quelqu'un qui se tient debout: elles lui vont de la taille aux épaules.

Mais il est bien recommandé, tant aux hommes qu'aux femmes, de s'asseoir pour uriner, histoire de ne pas se casser la figure ni risquer d'arroser partout.
Or, quand on prend place sur le siège, les deux barres d'appui se retrouvent... loin au-dessus de notre tête, l'une à droite, l'autre à gauche. Il faut donc lever les deux bras bien haut pour se tenir, alterner l'un et l'autre pour prendre le papier, je vous laisse imaginer la gymnastique.

Oups!!!

Et les pieds???
Autre erreur d'ergonomie: la pièce métallique qui couvre le système de chauffage et  court le long de la paroi du véhicule.
Dans les anciens autocars, assise du côté de la fenêtre, j'aimais bien pouvoir poser un pied sur la partie horizontale de cette pièce: cet appui me permettait de changer de position et de me sentir un peu moins coincée.
Dans les nouveaux véhicules, cette pièce n'est plus horizontale (à angle droit), mais inclinée à 45 degrés. Totalement impossible d'y poser -et reposer- mon pied.
J'ai entendu d'autres passagers se plaindre également à ce sujet. Un petit détail peut-être, mais qui a son importance quand le voyage dure plusieurs heures.
Comment les concepteurs n'ont-ils pas pensé à ça?

22/11/2014

Sur la plage...

plage de Shipshaw, Arvida, pont d'aluminium
(crédit photo: le blogue Arvida, "la petite Washington du Nord")

(Un peu bizarre d'écrire ce billet à propos de la plage de Shipshaw en ce jour de novembre alors qu'il fait -8 degrés et qu'il neige à plein ciel...)

Les travaux récents qui ont entraîné la fermeture du pont d'Aluminium pendant une longue période ne m'ont pas beaucoup dérangée puisque je passe très rarement par là.

Mais quand j'étais plus jeune, je le traversais souvent pour me rendre à la plage de Shipshaw.
Ce genre d'endroit ne pourrait pas exister aujourd'hui: une minuscule anse ensablée, la baignade dans une eau d'une qualité douteuse, des toilettes puantes dans un immense chalet (on dirait aujourd'hui un pavillon d'accueil) où on allait acheter des hot-dogs steamés et des frites graisseuses, surmonté de haut-parleurs qui crachaient à tue-tête les tubes de l'époque: rock'n roll et slows langoureux.

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C'était formidable pourtant. Quand j'étais enfant on y allait en famille avec des amis ou voisins, on trouvait un petit espace pour s'installer, ce qui n'était pas évident car la plage était bondée.

On  achetait des popsicles et des fudges, on allait tremper un orteil dans l'eau glacée de la rivière et, après s'être saucé au complet, on s'étendait sur notre serviette pour se faire griller. Inévitablement, on se faisait arroser de sable par les enfants et les ados qui couraient en zigzaguant entre les corps étendus.
Plus tard, j'ai fréquenté l'endroit avec des jeunes de mon âge. La seule occasion qu'on avait de se déshabliller un peu et de s'observer mutuellement...
On cachait notre bière dans un sac en papier brun. On faisait la queue sur les plongeoirs (deux simples planches de bois placées à des niveaux différents)pour se pitcher à l'eau. C'est là que j'ai réussi mon premier plongeon tête première (jusque-là, je n'avais fait que sauter à pieds joints).
Certains faisaient des "flattes" et ressortaient la face et la bedaine toutes rouges.
Ce n'était certainement pas sécuritaire, il y a eu des noyades d'ailleurs si je me souviens bien. Mais il y avait moins de médias pour dénoncer la situation.
De bien beaux souvenirs.

Cette plage a été fermée par la suite, et j'ai lu quelque part qu'elle est aujourd'hui fréquentée par des nudistes...