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05/06/2012

Fouilles dans les souvenirs

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Dans le secteur de Place Royale à Québec, au lieudit parc de la Cetière, en face de la Fresque des Québécois, il y a un petit site de fouilles archéologiques (ma photo ci-dessus) où on peut voir les fondations du premier édifice du quotidien Le Soleil, et celles de l'hôtel Mountain Hill.

En voici le plan:québec,le soleil,journaliste,saguenay,carrière

Et le texte explicatif (cliquez pour mieux le lire), dont je vous cite le début,québec,le soleil,journaliste,saguenay,carrière qui n'est sans doute pas très lisible à l'écran:


"Le lundi 28 décembre 1896, Le Soleil est publié pour la première fois. Le nouveau journal prend la relève de L'Électeur et occupe les mêmes locaux, au 111, côte de la Montagne."

 

 

 

Un souvenir. C'est au Soleil que j'ai commencé ma carrière de journaliste. Les bureaux de la section Saguenay-Lac-Saint-Jean étaient situés sur la rue Labrecque à Chicoutimi. Quand j'y ai fait ma demande d'emploi, on m'a fait d'abord passer un petit test écrit, où il s'agissait de réécrire une nouvelle sur un fait divers fictif, un incendie si je me souviens bien.

Puis ce fut le grand jeu: deux jours à Québec, toutes dépenses payées, pour passer une batterie d'épreuves dans l'édifice du Soleil, situé alors rue Saint-Vallier. (Il a déménagé depuis sur le boulevard Charest). Deux autres candidats étaient là en même temps que moi.

Tests de français, de grammaire, d'orthographe, de rédaction, entrevue avec les patrons pour exposer nos motivations, et même un test de Rorschach (les taches d'encre). Ils voulaient vraiment savoir qui nous étions.

Une semaine plus tard, je recevais ma lettre d'embauche pour travailler à la section régionale du Soleil. Un autre candidat avait aussi été retenu.

(Je vous raconte la suite dans une prochaine note).

01/06/2012

Rencontres à Québec: Hélène, Félix et Jean-Paul

Étrange comme on peut découvrir des trésors en quelques heures passées dans une ville qu'on croit pourtant bien connaître.

Ainsi l'autre jour à Québec, dans le charmant parc aux abords du Théâtre Petit Champlain  au pied de la falaise, j'ai observé attentivement et photographié cette oeuvre, qui semblait m'attendre depuis sa mise en place en 1997:

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Réalisée par l'artiste Hélène Rochette dans le cadre d'un concours d'art public, la sculpture, faite en majeure partie d'aluminium, s'intitule Le Souffle de l'île.

En voici une vue rapprochée:

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L'île du titre, c'est l'île d'Orléans: pas étonnant puisque nous sommes dans le parc Félix-Leclerc. Deux  des trois textes gravés dans le métal sont de Félix, le troisième est de Jacques Bertin.

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Textes que vous pourrez mieux lire en cliquant sur ce lien, où il y a aussi tous les renseignements sur cette oeuvre.

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Et puis j'ai rencontré Jean-Paul qui m'attendait tout seul sur un palier de l'escalier Casse-Cou...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un petit zoom sur sa belle tête:

 

 

Et bien sûr je conclus en beauté avec une meilleure vue de sa magnifique toile (affichée sur la colonne), La Fête-dieu à Québec, où on aperçoit notamment  l'église Notre-Dame-des- Victoires (à gauche au centre) et le Château Frontenac.

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29/05/2012

Clichés de Québec

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Le 17 mai dernier, en attendant de voir l'opéra Falstaff, j'avais quelques heures à tuer dans le Vieux-Québec. Temps frisquet, alternance soleil-nuages et... beaucoup, beaucoup de monde.  Pas mal de jeunes écoliers anglophones, excités et bruyants, en voyage de fin d'année. J'ai même entendu une guide expliquer la Fresque des Québécois en allemand à un groupe de touristes.

J'ai pris quelques photos avec mon petit appareil numérique. J'aime bien celle ci-dessus, avec Notre-Dame-des-Victoires tout au fond. Sur le haut mur à droite, ce sont des fenêtres en trompe-l'oeil qui font partie de la fresque murale (en revanche les gens sur la photo, ce sont des vrais!)

Je me suis assise quelques instants dans le parc près du Petit-Champlain:

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Encore la Fresque des Québécois, vue de la Côte de la Montagne:

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 Et une autre vue sur le fleuve:

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C'était un voyage (très bien) organisé par Gisèle Munger: aller-retour du Saguenay en autobus, repas et opéra. Avant de nous rendre au Grand Théâtre, nous avons mangé au restaurant Spag&tini, spécialisé dans les groupes... et des groupes, il y en avait! Malgré le temps frais, j'ai pris l'apéro avec quelques compagnons de voyage sur la terrasse... bien chauffée. Un excellent repas, d'ailleurs, du potage au dessert. Tout a été rondement et nous avons eu beaucoup de plaisir.

22/05/2012

Falstaff: drôle de numéro

Aller-retour à Québec jeudi dernier (en voyage organisé) pour assister. en compagnie d'une trentaine de personnes du Saguenay, à l'opéra Falstaff, présenté par l'Opéra de Québec au Grand Théâtre. Ce dernier opéra écrit par Verdi est assez atypique dans son oeuvre. Comme s'il avait voulu s'amuser en terminant le tout dans un grand éclat de rire, après avoir écrit de sombres tragédies comme Aïda, Otello ou La Traviata. Le sujet est léger et la musique, bien que très italienne, ne comporte pas de grandes arias, et se développe plutôt comme une respiration, une succession de pulsations.

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(Lyne Fortin et Gaétan Laperrière. Photo Louise Leblanc, Opéra de Québec)

Le livret (d'Arrigo Boito) est largement inspiré de la pièce de Shakespeare Les joyeuses commères de Windsor dont l'action se déroule non loin de Londres, et c'est pourquoi les noms de personnages et de lieux sont à consonnance anglaise.  Sir John Falstaff (Gaétan Laperrière), obèse et néanmoins sûr de son charme, fait parvenir à deux dames qu'il veut séduire deux lettres identiques. Alice Ford (Lyne Fortin) et Meg Page (Marie-Josée Lord) ont vite fait de découvrir que Falstaff a fait du copier-coller et décident de lui jouer un bon tour. Le mari d'Alice apprend par un autre canal que Falstaff courtise sa femme et lui tend également un piège.

Ces deux intrigues s'entremêlent ensuite dans un joli charivari. Fou de jalousie, Ford (Jean-François Lapointe) fouille sa propre maison à la recherche de Falstaff. Ce dernier, effectivement présent, est contraint de se cacher dans un panier à linge tandis que la jeune Nannetta (Pascale Beaudin), fille de Ford, n'a d'yeux que pour son beau et jeune amoureux Fenton (Antonio Figueroa), et ne veut nullement du Dr Caïus (Benoît Boutet) auquel son père la destine. Falstaff est finalement précipité dans la Tamise avec le contenu du panier.

Le tout se termine dans une forêt enchantée...

Comique, truculence, fantaisie, rêve et magie: rien de sérieux dans tout ça. Et pourtant, que de travail, que d'efforts pour faire vivre cette comédie!  Tout un défi, relevé de façon générale avec audace et panache. Le metteur en scène Jacques Leblanc découpe avec précision chaque développement et rebondissement, apportant un soin particulier au jeu scénique de ses chanteurs-acteurs,notamment à leurs interactions, et insufflant à chaque scène le tonus et le rythme requis.

Les chanteurs et chanteuses jouent la comédie de belle façon. Ils semblent s'amuser et nous font partager leur plaisir. Plusieurs moments sont du plus haut comique et m'ont fait rire comme rarement à l'opéra.

falstaff,verdi,opéra de québec,gaétan laperrière,lyne fortin,jean-françois lapointeLes quatre commères sont d'égale force, avec mention spéciale à Lyne Fortin à la voix toujours belle et au jeu bien senti, et à Sonia Racine, qui incarne Mrs Quickly et livre une étonnante prestation dans sa scène avec Falstaff.

Du côté des hommes, Jean-François Lapointe (photo ci-contre) se taille un beau succès dans le rôle du mari jaloux: il court, grimace et gesticule, tempête de sa superbe voix, et nous sert un solo formidable devant le rideau. Le ténor Antonio Figueroa (Fenton) faite entendre un beau timbre, léger et souple, c'est un plaisir de l'écouter. J'ai moins aimé la prestation de Gaétan Laperrière en Falstaff: il joue bien, mais jeudi, sa voix semblait fatiguée: elle manquait de volume et de relief.

Une bonne note pour les costumes des dames, tout à fait superbes, et pour la direction musicale de maestro Giuseppe Grazioli, qui gère bien les échanges entre la scène et la fosse (malgré quelques ennuis de tempo ce soir-là) et travaille en profondeur avec l'OSQ pour bien faire apprécier la richesse de la partie orchestrale.

Somme toute une soirée agréable, réjouissante, réconfortante et amusante.

24/04/2012

Où est Québec???

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Québec, c'est beau, mais c'est où?


Quand on est très loin, ça va, on voit bien le nom de Québec inscrit sur les panneaux routiers situés à Saguenay ou à Montréal, par exemple.

Mais Québec a tendance à disparaître à mesure que l’on approche de la ville. Ou du moins à se cacher pour faire place à Capitale-Nationale. "Bienvenue dans la Capitale nationale". "Commission de la Capitale nationale". Partout, la Capitale nationale (le plus souvent, mais pas toujours, avec deux majuscules et un trait d'union).

Et Québec, alors? C’est où Québec? Car il est bien écrit sur Wikipédia qu'il ne faut pas confondre la région de la Capitale-Nationale avec la région de Québec... car la première est incluse dans la seconde!!! Voilà une décision administrative qui atteint exactement le contraire de l’objectif visé: mettre en valeur Québec et sa région.

Mais le plus étrange est le choix des termes et la façon de les écrire dans les documents officiels. Une ville est une capitale ou ne l’est pas. Capitale du Québec? Capitale de Québec? Québec, capitale nationale du Canada? On est tout mêlé.
Imaginez un étranger qui se dirige vers Québec. Il lit sur un panneau le long de la route: région de la Capitale-Nationale. Cela pourrait tout aussi bien être la capitale nationale du Zimbabwe. (Petite précision, pour être juste: d'après des images que j'ai pu voir, il est possible qu'on ait changé ces panneaux ou qu'on en ait ajouté d'autres comportant le nom de Québec depuis que j'ai remarqué la chose).
Sur le site du gouvernement du Québec, cela s’appelle la région de la Capitale-Nationale: avec deux majuscules et un trait d’union, contre toutes les règles de la grammaire française.
Le plus amusant (et c'est peut-être ce qui explique la graphie québécoise particulière), c’est qu’il existe aussi une Commission de la capitale nationale (minuscules sans trait d’union)... canadienne, qui englobe Ottawa et Gatineau. Pour eux, la capitale nationale c'est Ottawa!

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Si vous tapez "capitale nationale" sur Google, vous allez trouver plus de liens avec celle de Québec, mais celle d’Ottawa va également se glisser dans les résultats: une autre bataille Québec-Ottawa!

Pourquoi ne pas tout simplement garder et utiliser partout le beau nom de Québec?

(Parlant de bataille, saviez-vous que les plaines d'Abraham font partie du Parc des Champs-de-Bataille (à noter que le nom de Québec est absent de cette appellation officielle), créé et administré par la Commission des champs de bataille nationaux... un organisme fédéral?)

16/03/2012

Illogismes aviatiques

Aviatique n'est pas un mot de la langue française, du moins pas à  ma connaissance. Mais il m'est venu en tête, déjà formé et tout prêt à servir. Alors je l'utilise ici pour le plaisir, et parce que les deux idées qui suivent concernent de près ou de loin les avions.

En l'inventant, j'ai pensé au restaurant Aviatic, situé dans le magnifique bâtiment de la Gare du Palais à Québec, un resto-bar à vin où l'on mange fort bien. L'automne dernier j'ai filmé quelques éléments du décor, notamment ces pales-éventails au plafond, qui oscillent doucement grâce à un mécanisme ingénieux, et qui s'intègrent au décor évoquant les grands explorateurs et les contrées exotiques.

Voici:

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Et voici un illogisme (emprunté à Sélection):

Pendant que l'avion roule doucement au sol à 15 kilomètres à l'heure, le personnel de bord et les passagers doivent demeurer assis et sanglés sur leur siège: pas question de se lever, surtout pas d'aller aux toilettes. Mais dès que l'appareil file à 650 km à l'heure, à 13000 mètres du sol et qu'il risque d'entrer à tout moment dans une zone de turbulence, tout le monde peut se détacher, se lever, se promener à sa guise et transporter du café brûlant!!!

Et une idée (de Patrick Masbourian):

Les écoliers sont contraints de faire du porte-à-porte pour vendre des objets, chocolat, calendriers et autres bébelles pour financer leurs activités sportives, leurs sorties, ou même l'achat d'ordinateurs.

Pourquoi ne pas donner aux écoles l'argent nécessaire pour toutes les activités d'une part, et d'autre part demander aux militaires de quêter par les maisons pour payer leurs F-35?

15/01/2012

Les Jésuites et l'apostat

Québec, chapelle des Jésuites, maison Dauphine, Bourgault, Hamel, histoire, patrimoine religieuxÀ Québec, il y a une seule rue du Trésor, mais d'innombrables trésors. On les découvre à chaque détour, à chaque croisement dans les rues du Vieux-Québec. Héritage de l'histoire, patrimoine laïque ou religieux, fresques, clochers, frises, plaques commémoratives, édifices entiers construits, incendiés, démolis, reconstruits et remodelés au fil de leurs quelques siècles d'existence. Et menacés de disparition (démolition, reconversion) à plus ou moins long terme...

Je ne sais pas si c'est à cause du froid mordant qui sévit ces jours-ci à Saguenay, mais j'aime me rappeler mes petites vacances à Québec, en juillet dernier, alors qu'il faisait beau et chaud.

Par exemple ce jour où nous descendions tranquillement la rue d'Auteuil: à l'angle de la rue Dauphine, une double porte rouge encastrée dans un mur de pierre a attiré notre attention.

(Sur la photo, on peut voir la porte par laquelle nous sommes entrés. Cliquez pour voir le secteur via Google Street View).

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Curieux, nous nous sommes approchés pour lire l'inscription: Maison Dauphine, chapelle des Jésuites. Je suis passée par là d'innombrables fois au cours de ma vie. Et pourtant, je n'avais jamais remarqué qu'il y avait là une église: les rues de Québec sont si étroites et les édifices tellement serrés les uns contre les autres qu'on a rarement l'idée de regarder au ciel ou de s'éloigner pour embrasser du regard un ensemble architectural. Parfois on est trop pressé, ou on regarde les vitrines, les passants: c'est intéressant aussi, mais on manque quelque chose...  

C'était ouvert... Nous sommes entrés dans cette belle chapelle de pierre, inaugurée en 1820, aussi grande que bien des églises, très intéressante et fort bien conservée. Un de ces édifices à la riche histoire dont je parlais plus haut (plus de détails au bout de ce lien).

 

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Le guide et gardien des lieux nous a accueillis. Originaire d'Arvida, chaleureux et volubile, l'homme nous a raconté sa vie. Nous avons appris que non seulement il n'était pas croyant, mais qu'il avait apostasié la religion catholique!

Il s'arrangeait néanmoins bien avec les Jésuites pour lesquels il travaillait. Il connaissait bien la chapelle et nous en a parlé avec passion.

Je n'ai pas pu prendre beaucoup de photos, et elles sont très ordinaires, comme vous le voyez ci-dessus et ci-dessous. (La photo de l'extérieur n'est pas de moi).

Sur la photo du haut, on peut distinguer trois tableaux: au centre, une oeuvre de Théophile Hamel intitulée Présentation au temple (1862), et de chaque côté, des toiles de son neveu Eugène Hamel.

Il y a aussi un chemin de croix de bois sculpté par Médard Bourgault, de Saint-Jean-Port-Joli, dont voici une station:

Québec, chapelle des Jésuites, maison Dauphine, Bourgault, Hamel, histoire, patrimoine religieuxUne belle découverte que cette Chapelle des Jésuites, dont jusque-là j'ignorais tout.

03/11/2011

La formidable murale de Jordi Bonet

IMG_2862.JPG

Elle est tellement forte qu'on préfère peut-être parfois ne pas la regarder vraiment. Je parle de la murale du Grand Théâtre de Québec réalisée par Jordi Bonet. Elle couvre trois murs du hall d'entrée, faisant de celui-ci l'un des plus impressionnants que j'aie pu voir dans un théâtre.

Un si grand espace accordé à l'art visuel, tel un magistral avant-propos aux autres oeuvres (spectacles, concerts, opéras) qui seront vues en salle, donne à la création artistique la place qui lui revient dans un tel lieu: la première.

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Et l'oeuvre elle-même a tant de choses à dire. On sent l'artiste totalement engagé dans la transmutation de ces murs de béton, sculptant directement la matière encore liquide afin de lui donner vie, y imprimant l'énergie de tout son corps et de son seul bras (le gauche, son bras droit ayant été amputé quand il était enfant).

Les textes du poète Claude Péloquin, écrits en accord avec le muraliste et gravés dans le ciment, sont fort beaux. Dommage qu'on n'en ait retenu que celui-ci:

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Sans doute non prévu au plan initial, il a frappé les esprits, en 1971 et suscité toute une polémique. Des pète-sec comme le ministre des Affaires culturelles Jean-Noël Tremblay et le romancier Roger Lemelin se sont élevés contre cette phrase, qu'ils jugeaient vulgaire et insultante. Ils ont mené une campagne populaire pour la faire effacer.

Le cachet de Jordi Bonet était de 50 000$ (la somme paraît aujourd'hui ridicule compte tenu de l'ampleur du projet),  et le ministre voulait soustraire 10 000$ de ce cachet, aussi longtemps que l'artiste n'aurait pas effacé ces mots de Claude Péloquin:

"Vous êtes pas écoeurés de mourir bandes de caves! C'est assez!"

L'émission Tout le monde en parlait a proposé l'an dernier un excellent reportage. sur cette controverse. On peut le revoir en cliquant sur ce lien. (Ne pas oublier d'écouter la deuxième partie après la fin de la première).

Jordi Bonet a défendu bec et ongles l'intégrité de l'oeuvre, et la phrase de son ami, qui fut finalement conservée. Chapeau à ceux qui ont pris cette décision (c'était des libéraux, mais bon...)

Cette controverse a occulté en partie la valeur de l'oeuvre dans son entier, de même que les autres textes du poète qui y sont intégrés.

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Revoir, mieux regarder et mieux ressentir la puissance de ce majestueux triptyque: c'est un des buts que je poursuivais en me rendant la semaine dernière au Grand Théâtre pour voir Eugène Onéguine. C'est Jack qui a pris les photos.

"Jordi Bonet n’avait qu’un bras. Avec sa truelle, il transformera en poème universel un matériau qu’il n’avait jamais vraiment traité, le béton, dans un environnement humide, sombre et sur une période de 3 mois."

J'ai perçu encore mieux, cette fois, la force et l'immensité des significations possibles de ces corps et morceaux de corps, prisonniers du ciment: ils y flottent ou s'en détachent, accompagnés par les poèmes, dont certains sont gravés à l'envers, comme dans un miroir, évoquant les grands thèmes choisis: amour, liberté et mort (passé, présent et futur).

Les dimensions de l'oeuvre contrastent avec l'espace occupé par les spectateurs, petits humains qui circulent dans le foyer:

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Et si vous voulez la voir et la parcourir sous différents angles, cliquez sur l'image ci-dessous pour voir un film panoramique de Vincent Royer:

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Sur la photo suivante, affiches d'artistes qui se sont produits au Grand Théâtre, d'autres géants en quelque sorte.

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Formidable artiste d'origine catalane, Jordi Bonet a réalisé dans sa courte vie (il est mort à 47 ans) des murales un peu partout au Québec et notamment au Saguenay-Lac-Saint-Jean: hôtel de ville d'Arvida, polyvalente Jean-Dolbeau, Cégep de Jonquière, église St-Raphaël, et restaurant Le Sablonnet.

Scrapper l'art

Si ces dernières ont été restaurées et sont maintenant visibles au Centre national d'exposition, et si la murale du Grand Théâtre est toujours aussi présente, beaucoup d'autres oeuvres de Jordi Bonet intégrées à l'architecture ont été détruites ou recouvertes lors de rénovations, comme celles de bon nombre d'autres artistes, partout au Québec.

Cette question du (triste) sort réservé aux oeuvres publiques est justement abordée dans le documentaire Scrapper l'art, réalisé par Suzanne Guy et produit par la maison saguenéenne Télé-Boréale Productions. Le film prend précisément comme exemple principal les oeuvres réalisées au Saguenay par Jordi Bonet (on y voit notamment la veuve de l'artiste, Huguette Bonet, s'exprimer sur le sujet).

Après avoir été montré dans quelques festivals, le documentaire sera présenté ce dimanche 6 novembre à 17 heures à la télévision de Radio-Canada, Saguenay-Lac-Jean. Le lendemain 7 novembre, en deuxième partie du Téléjournal Saguenay, une table ronde sur la situation de l'art public au Québec.

30/10/2011

Eugène Onéguine à Québec: une réussite

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(Tatiana Larina et Jean-François Lapointe. Photo Louise Leblanc,  Opéra de Québec)

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Plusieurs raisons m'ont incitée à aller voir Eugène Onéguine à l'Opéra de Québec.

1- Revoir enfin sur scène le baryton Jean-François Lapointe (né à Hébertville), que je trouve extraordinaire (j'ai suivi sa carrière depuis ses débuts à l'opérette de Chicoutimi: il y a oeuvré comme chanteur et directeur musical, et aussi comme directeur de la Société d'art lyrique du Royaume), mais qui se fait rare au Québec puisqu'il chante constamment en Europe.

2- Voir comment Tchaïkovsky traite, dans le livret et la musique, l'ironie, la subtilité et la profondeur du roman en vers de Pouchkine (dont l'opéra est tiré), que j'ai lu dernièrement et que j'ai beaucoup aimé.

3- Découvrir une musique qui ne m'est pas familière, un style d'opéra différent, une oeuvre chantée en russe, voir comment tout cela a été combiné sur la scène à Québec.

4- Revoir et mieux observer en détail la murale de Jordi Bonet qui occupe les grands murs du Grand Théâtre.

Donc, Jean-François Lapointe: sa voix -déjà très belle- a mûri, elle est à la fois plus souple et

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Un duel fatal. (Photo Louise Leblanc, Opéra de Québec)

plus ample depuis les dernières fois où je l'ai entendu chanter, et j'ai adoré le voir évoluer dans la peau de ce personnage, Eugène Onéguine, un dandy désoeuvré qui repousse l'amour éperdu de la jeune provinciale Tatiana. Quand il la revoit à nouveau, bien des années plus tard à Saint-Pétersbourg, elle est devenue une belle dame du monde: il tombe fou amoureux d'elle, qui le repousse à son tour, car elle est mariée et tient à demeurer une femme respectable.

Non seulement il chante magnifiquement, mais c'est un comédien accompli: expressif, nuancé, il sait rendre la froideur aussi bien que l'ardeur, de même que l'espèce de langueur qui pousse Onéguine à accepter un duel dont il ne veut pas, à se laisser prendre dans un engrenage qui le conduit à tuer son meilleur ami. (Et son russe est excellent, m'a dit quelqu'un qui connaît cette langue). La scène finale, où il supplie Tatiana de lui revenir (car elle l'aime toujours), nous arracherait des larmes.

Merveilleux! Le baryton sera de retour à Québec en mai prochain (après être passé par Genève, Monte-Carlo et Marseille) pour jouer Ford dans Falstaff, et il donnera aussi un récital en juin au Palais Montcalm.

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Un autre Saguenéen joue dans cet opéra: le ténor Hugues St-Gelais (photo ci-dessus), que j'ai aussi connu quand il chantait dans les opérettes: il est excellent, amusant et distrayant dans les couplets (en français) de Monsieur Triquet .

Pour le reste, l'équipe est majoritairement d'origine russe et slave, et c'est assez formidable de les voir et de les entendre. J'ai beaucoup aimé le ténor Dmitry Trunov, qui joue Lenski, l'ami d'Onéguine: belle voix claire et pure, son chant d'adieu à la vie et à sa fiancée Olga (soeur de Tatiana), avant le duel où il perdra la vie, est touchant et émouvant.

La soprano Tatiana Larina porte les mêmes nom et prénom (pour vrai) que son personnage: Tatiana, la jeune fille qui tombe amoureuse d'Onéguine au premier regard, et qui lui écrit une lettre enflammée pour lui déclarer sa passion. Cela qui donne lieu à la belle scène de la lettre. Elle chante très bien, même si elle manque un peu de volume par moments et demeure peut-être un peu trop effacée.

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(Margarita Gristova et Dmitry Trunov dans les rôles d'Olga et de Lenski. Photo Louise Leblanc,  Opéra de Québec)

Les autres chanteurs excellent aussi (à des degrés divers), techniquement et dramatiquement. La mise en scène, signée François Racine, découpe bien tous les instants de cette tragédie bourgeoise et met l'accent sur l'interaction entre les protagonistes et les nuances du sentiment. Décor: derrière un voile, des arbres qui se transforment par les éclairages, un dispositif esthétiquement séduisant, mais peut-être un peu encombrants pour les choristes qui ont bien peu d'espace pour se mouvoir. En revanche, les choeurs sont efficaces et sonnent bien, de même que l'Orchestre symphonique de Québec sous la direction de Daniel Lipton.

2- L'opéra perd en richesse de signification par rapport au roman. Faiblesse compensée par l'apport des aspects visuel et sonore, qui viennent lui donner vie et forme, et par l'intensité concentrée sur les temps forts de cet amour asynchrone.

3- Style musical (de Tchaïkovsky): j'aime bien la partie instrumentale, certains airs sont superbes, d'autres un peu monotones, mais quand les interprètes sont bons, comme c'était le cas jeudi à Québec, on les goûte pleinement.

4- La grande murale: magnifique, riche, géante.  Mais j'en parlerai une autre fois.

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Quelques critiques d'Eugène Onéguine:

Richard Boisvert, le Soleil

Jacques Hétu, Res Musica

Daniel Turp, blogue lyrique

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21/10/2011

Il Matto et Mistral Gagnant: méchant contraste

Lors d'un séjour dans le vieux Québec l'été dernier, visite de deux nouveaux restaurants, en plus de notre bistrot-confort, le Café du Monde, merveilleusement situé au bord du fleuve, que nous avons retrouvé avec plaisir (et avec un ami): j'y ai notamment dégusté une rosette de truite absolument sublime.

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(un arc-en-ciel vu par les baies vitrées du Café du Monde)


Premier essai: Il Matto 71 (Le Fou!), rue St-Pierre (deuxième adresse d'un bistrot branché ouvert rue Myrand depuis quelques années), où on sert de la cuisine dite italienne. Nous acceptons une place au bar: nous aimons bien, ça permet d'observer l'équipe en plein travail. Seul inconvénient, la plaque de cuisson est derrière nous, alors on se fait chauffer le dos quand les flammes jaillissent sous une grillade. Mais ce n'est pas grave.
Je réalise alors le nombre incroyable de gestes que chaque employé doit accomplir. Ce n'est pas le cas dans tous les établissements, mais ici au Il Matto, un serveur doit notamment savoir préparer un cocktail, conseiller un vin, couper un morceau de gâteau, mouliner le poivre sur l'assiette; il doit connaître l'emplacement des glaçons, des verres, des jus, des épices, des ustensiles, des bacs à vaisselle. Le contact entre les nombreux employés semble excellent, ils jasent et font des blagues tout en exécutant leur étourdissant ballet.
La seule chose qu'ils ne font pas, c'est la cuisine: le chef s'en charge.

il matto,mistral gagnant,restaurants,québec(décoration moderne et de bon goût au Il Matto)

En entrée, une salade mixte fortement conseillée par le garçon. Elle est énorme. Un vrai repas. Pourquoi ne nous a-t-il pas avertis qu'il vaudrait mieux en partager une? Ce que font nos voisins, un couple plutôt jeune qui entre immédiatement en grande conversation avec le personnel. Nous, les vieux, on nous sert gentiment, mais sans plus.
Nous prenons des pâtes. Moi, des linguini aux fruits de mer. Une assiette géante. Plutôt bonne, avec pinces de homard, moules en coquilles, grosses crevettes cuites à la perfection. Mais je ne me sens pas à l'aise, quelque chose m'empêche d'apprécier vraiment. Je ne suis pas un travailleur de la construction qui a trimé dur toute la journée: juste une madame qui n'a presque plus faim après sa grosse salade. Le quart de ce plat m'aurait suffi. Je trouve que c'est un manque de délicatesse que de garrocher pareille montagne au client avec incitation à s'empiffrer.

Mon compagnon a choisi des penne aux saucisses, je goûte, et je n'aime pas du tout le goût de la viande. Il se trouve confronté au même problème montagnesque que moi: il doit en laisser, et pourtant c'est un homme.
Pas de dessert, nous sommes bourrés. Et ça coûte cher.
Pourquoi ne pas offrir des demi-portions, ou des plats à partager? On l'a fait pour nos jeunes voisins, qui ont partagé l'assiette d'antipasti (après leur salade). Comme plat principal, la dame a choisi des pappardelles aux champignons, servis en moins grande quantité que nos plats, et qu'elle juge délicieux...
Bref, c'est un beau restaurant, où les erreurs de service sont nombreuses. Bien décoré, bien branché, tellement branché qu'il est fait, comme dirait quelqu'un que je connais, pour les snobs de Québec.

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(au Mistral gagnant, nous avons mangé à cette table près du pilier)


Complètement différent: Mistral Gagnant, rue St-Paul. Tout petit endroit à la décoration typée, fleurant bon la Provence. Accueil chaleureux, mais sans excès. Une petite entreprise de type familial. La carte est invitante. En entrée, je choisis... une salade! Je ne me dompte pas! Celle-ci est d'une taille correcte pour une entrée, excellente. Mon compagnon a opté pour une soupe de poisson, qui goûte bon.

Mon plat: des ravioli farcis au canard, sauce ciboulette crémeuse: goût subtil, mélange de saveurs parfaitement dosé: un délice. L'assiette est généreuse, mais pas gigantesque: je dévore le tout. Et les ris de veau commandés par Jack sont tout aussi savoureux.
Il nous reste un peu de place pour une crème caramel, délicieuse. C'est assez cher, là aussi (c'est Québec et c'est l'été), mais j'en sors heureuse et satisfaite.