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14/06/2012

Concours et concurrents

J'ai assisté vendredi dernier (8 juin) au concert gala et à la remise des prix du Concours Musical international de Montréal à la Maison symphonique, la nouvelle résidence de l'Orchestre symphonique de Montréal. (J'ai parlé de la salle, que je fréquentais pour la première fois, et de la soirée sur mon billet précédent).

Il est temps maintenant de parler des interprètes: que de belles voix, quels artistes extraordinaires! Nous avons pu entendre les huit finalistes, et une place prépondérante était réservée aux trois lauréats, qui ont chanté chacun deux des airs qu'ils avaient présentés aux différentes étapes du Concours. On peut entendre ce concert ainsi que les prestations de tous les finalistes et demi-finalistes sur cette superbe page de d'Espace musique. Le programme complet du concert gala est au bout de ce lien.

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1- Philippe Sly (photo), récipiendaire du Premier prix a aussi raflé quatre autres prix décerné dans le cadre du Concours. Son sourire semblait s'élargir chaque fois qu'il venait sur scène pour recevoir un nouveau prix et une nouvelle gerbe de fleurs. Vif, élégant, tout à fait charmant. À 23 ans, mince comme un fil, le baryton-basse canadien (qui a je crois, étudié au Québec), possède déjà une belle voix pleine, ronde et forte. C'est extraordinaire.

2- Il est audacieux en plus. Il avait en effet choisi un extrait de la Passion selon Saint-Mathieu de JS Bach, qui lui a valu l'aval des juges. On ne s'attend guère à ce genre de musique dans un tel concours où les candidats privilégient plutôt l'opéra, mais c'était très beau à entendre.

3- Pour ma part j'ai un peu mieux aimé le baryton américain John Brancy, qui est arrivé troisième. Il m'a totalement bouleversée par son interprétation de Postoite, ma odno mgnovenye (Tchaïkovsky, la Dame de pique). Voix juste, beau timbre, mais surtout, total engagement, expressivité, sens dramatique exceptionnel, mis en valeur -cette fois dans le registre comique- dans son Largo al factotum.
4- La soprano suisse Olga Kindler a remporté le Deuxième prix. Voix solide, belle présence, mais un français inintelligible quand elle a chanté Pleurez mes yeux (Massenet, Le Cid). C'est en revanche dans ces pages que l'OSM, dirigé par Alain Trudel, a livré sa meilleure prestation.

5- J'ai préféré la soprano arrivée en cinquième place, Emily Duncan-Brown.

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(Les trois lauréats, le soir du gala: John Brancy, Philippe Sly et Olga Kindler. Source: SRC, Espace musique)


6- Le plus beau moment musical de la soirée: le duo Au fond du temple saint (Bizet, Les Pêcheurs de perles), livré par le ténor coréen Won Whi Choi et le baryton américain Sidney Outlaw: harmonie des deux voix, plein accord avec l'orchestre, il s'est passé quelque chose là. Un moment exceptionnel, d'ailleurs bien repéré par le public qui leur a servi une belle ovation.
Très belle voix aussi du ténor biélorusse Yuri Gorodetski.
7- Tout s'est terminé par l'incontournable Libiamo, agréablement versé par tous les finalistes et quelques autres concurrents du Concours.

8- Finalement, j'ai passé une bien belle soirée. Même si la partie officielle, au début, était assez ennuyeuse, j'ai ensuite pris plaisir à voir et à entendre ces interprètes talentueux, dont plusieurs sont sans doute promis à un bel avenir.

 

13/06/2012

Musique à la Maison

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J'ai fait ma première visite à la Maison symphonique vendredi dernier 8 Juin. L'événement: concert gala des lauréats du Concours Musical international de Montréal, précédé des discours officiels et de la remise des prix.

Mes remarques

1- très belle salle, toute de bois vêtue, on dirait le Palais Montcalm, mais en pas mal plus grand. Sièges confortables, bonne visibilité.

(J'ai mis sur cette page mes propres photos, prises un peu rapidemement avant le concert. Elles sont ordinaires, j'en conviens, mais c'est difficile d'en trouver de meilleures sur la Toile. Pour mieux voir la salle, il y a cependant cette très intéressante visite virtuelle).

2- Le son: difficile à évaluer ce soir-là, car l'Orchestre symphonique de Montréal, sous la baguette du chef Alain Trudel, devait accompagner les chanteurs, et donc, je cherchais davantage à entendre ces derniers que les subtilités orchestrales. Il y en avait bien cependant, et de fort belles.maison symphonique, Montréal, Philippe Sly, John Brancy, OSM, salle

3- Encore plus difficile d'évaluer la qualité acoustique de la salle avec la pièce orchestrale qui servait d'entrée en matière: l'ouverture des Maîtres chanteurs de Nuremberg, de Wagner: du bruit, de l'intensité, aucune nuance, aucun pianissimo. L'OSM peut jouer très fort, on le savait déjà... avant d'entendre cette hystérique débauche de fortissimi menée tambour battant.

 

4- Pour les voix: en première partie, assise à la rangée E, je les entendais très bien. Ayant constaté à l'entracte qu'il était très long de sortir de la salle pour les gens placés à l'avant, je me suis ensuite assise dans un siège latéral, le long du mur: j'entendais moins bien les voix à ce moment-là.

5- Les concurrents: belles voix, magnifiques interprètes. Je vous en parle plus en détail dans le prochain billet.

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6- Le décorum: à peu près absent. Des micros, des fleurs, des discours. Pour une cérémonie officielle, les gens qui se présentaient sur scène n'était pas très chics. Surtout les hommes (pas les concurrents, mais les animateurs, présentateurs et organisateurs du concours), dont les habits semblaient coupés n'importe comment. J'ai même vu une doublure rouge qui dépassait d'un veston gris! Les femmes étaient mieux vêtues, mais ne portaient pas de véritables tenues de gala.

7- J'ai rencontré plusieurs personnes du Saguenay: Céline Gagnon et Madeleine Croft, des Jeunesses Musicales, et Louise Villeneuve-Murray, bénévole pour le concours et mère du violoncelliste de l'OSM Sylvain Murray.

8- Il y avait aussi Luc Plamondon parmi les spectateurs.

9- Quelques-uns des juges ont dû quitter Montréal avant la tenue du gala, et notamment la grande soprano Renata Scotto: je regrette beaucoup de ne pas avoir pu la voir en personne.

22/05/2012

Falstaff: drôle de numéro

Aller-retour à Québec jeudi dernier (en voyage organisé) pour assister. en compagnie d'une trentaine de personnes du Saguenay, à l'opéra Falstaff, présenté par l'Opéra de Québec au Grand Théâtre. Ce dernier opéra écrit par Verdi est assez atypique dans son oeuvre. Comme s'il avait voulu s'amuser en terminant le tout dans un grand éclat de rire, après avoir écrit de sombres tragédies comme Aïda, Otello ou La Traviata. Le sujet est léger et la musique, bien que très italienne, ne comporte pas de grandes arias, et se développe plutôt comme une respiration, une succession de pulsations.

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(Lyne Fortin et Gaétan Laperrière. Photo Louise Leblanc, Opéra de Québec)

Le livret (d'Arrigo Boito) est largement inspiré de la pièce de Shakespeare Les joyeuses commères de Windsor dont l'action se déroule non loin de Londres, et c'est pourquoi les noms de personnages et de lieux sont à consonnance anglaise.  Sir John Falstaff (Gaétan Laperrière), obèse et néanmoins sûr de son charme, fait parvenir à deux dames qu'il veut séduire deux lettres identiques. Alice Ford (Lyne Fortin) et Meg Page (Marie-Josée Lord) ont vite fait de découvrir que Falstaff a fait du copier-coller et décident de lui jouer un bon tour. Le mari d'Alice apprend par un autre canal que Falstaff courtise sa femme et lui tend également un piège.

Ces deux intrigues s'entremêlent ensuite dans un joli charivari. Fou de jalousie, Ford (Jean-François Lapointe) fouille sa propre maison à la recherche de Falstaff. Ce dernier, effectivement présent, est contraint de se cacher dans un panier à linge tandis que la jeune Nannetta (Pascale Beaudin), fille de Ford, n'a d'yeux que pour son beau et jeune amoureux Fenton (Antonio Figueroa), et ne veut nullement du Dr Caïus (Benoît Boutet) auquel son père la destine. Falstaff est finalement précipité dans la Tamise avec le contenu du panier.

Le tout se termine dans une forêt enchantée...

Comique, truculence, fantaisie, rêve et magie: rien de sérieux dans tout ça. Et pourtant, que de travail, que d'efforts pour faire vivre cette comédie!  Tout un défi, relevé de façon générale avec audace et panache. Le metteur en scène Jacques Leblanc découpe avec précision chaque développement et rebondissement, apportant un soin particulier au jeu scénique de ses chanteurs-acteurs,notamment à leurs interactions, et insufflant à chaque scène le tonus et le rythme requis.

Les chanteurs et chanteuses jouent la comédie de belle façon. Ils semblent s'amuser et nous font partager leur plaisir. Plusieurs moments sont du plus haut comique et m'ont fait rire comme rarement à l'opéra.

falstaff,verdi,opéra de québec,gaétan laperrière,lyne fortin,jean-françois lapointeLes quatre commères sont d'égale force, avec mention spéciale à Lyne Fortin à la voix toujours belle et au jeu bien senti, et à Sonia Racine, qui incarne Mrs Quickly et livre une étonnante prestation dans sa scène avec Falstaff.

Du côté des hommes, Jean-François Lapointe (photo ci-contre) se taille un beau succès dans le rôle du mari jaloux: il court, grimace et gesticule, tempête de sa superbe voix, et nous sert un solo formidable devant le rideau. Le ténor Antonio Figueroa (Fenton) faite entendre un beau timbre, léger et souple, c'est un plaisir de l'écouter. J'ai moins aimé la prestation de Gaétan Laperrière en Falstaff: il joue bien, mais jeudi, sa voix semblait fatiguée: elle manquait de volume et de relief.

Une bonne note pour les costumes des dames, tout à fait superbes, et pour la direction musicale de maestro Giuseppe Grazioli, qui gère bien les échanges entre la scène et la fosse (malgré quelques ennuis de tempo ce soir-là) et travaille en profondeur avec l'OSQ pour bien faire apprécier la richesse de la partie orchestrale.

Somme toute une soirée agréable, réjouissante, réconfortante et amusante.

15/04/2012

La Traviata: souffrante... et magnifique!

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La dernière retransmission du Metropolitan Opera samedi au cinéma Jonquière: La Traviata de Verdi, a connu un grand succès: tous les sièges étaient occupés. J'ai aimé la scénographie dépouillée et intemporelle, cette grande horloge qui évoque le temps compté à Violetta, et tous ces tous ces éléments en forme de croissant ou de demi-lune. La mise en scène de Willy Decker est correcte, mais n'évite pas la confusion au sujet des lettres échangées et des motivations de chaque personnage.

Natalie Dessay, qui a bien failli ne pas pouvoir chanter, fait -presque- toute la valeur et la saveur de cette production. La soprano s'est désistée le soir de la première, et il était facile de comprendre pourquoi samedi en l'entendant répondre avec difficulté aux questions de Deborah Voigt à l'entracte, la voix manifestement très affectée par une quasi extinction... et manifestement malheureuse ce cette situation. Malgré cela, malgré quelques difficultés non seulement à atteindre les aigus (elle en a raté quelques-uns), mais simplement par moments à faire sortir le son, elle est éblouissante. Comme comédienne, elle est entièrement là, entièrement Violetta Valéry. Joie, peine, regret, espoir:  tout est dépeint dans les moindres nuances par son jeu, son visage, ses gestes.

Robe rouge, robe blanche (pour elle) sur des fauteuils et divans de cuir aux mêmes couleurs: l'effet est intéressant. Peignoirs fleuris (pour elle et lui) sur meubles recouverts du même tissu fleuri:  trop, c'est trop.

Mais quelles grandes arias: Libiamo, Sempre libera (vidéo ci-dessous)... on sort du premier acte joyeusement imbibé de bel canto. Et à la fin, son Addio del passato, peut-être plus facile vocalement, est totalement émouvant. D'ailleurs toute la finale est parfaitement réussie:  crédible et touchante.

J'écris comme s'il n'y avait qu'elle dans cet opéra. C'est que les partenaires masculins de Mme Dessay ne sont pas tout à fait à la hauteur. Le ténor Matthew Polenzani, qui joue le rôle de son amant Alfredo, possède une belle voix et chante plutôt bien, mais son jeu est uniforme et son visage manque singulièrement d'expression.

Quant au baryton Dmitri Hvorostovsky, malgré sa réputation, son statut de vedette, et son excellence dans d'autres productions, ce fut la déception de cette Traviata. Malgré ses cheveux blancs, il n'est pas crédible dans le rôle du père d'Alfredo. De plus, il arborait un bronzage si intense qu'il en était ridicule.

Par ailleurs l'orchestre est fort agréable à entendre sous la baguette de Fabio Luisi. Et les choeurs se montrent dynamiques et bien chorégraphiés.

Nous avons eu droit à une présentation vidéo des opéras du Metropolitan qui seront retransmis la saison prochaine: plusieurs oeuvres s'annoncent intéressantes.

Autres points de vue sur La Traviata du Met au cinéma:

Christophe Huss dans Le Devoir

Jack sur son blogue

09/04/2012

Manon: oui et non

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Deux jours apèrs avoir vu Manon, de Julles Massenet, en direct du Metropolitan Opera au Cinéma Jonquière, je suis incapable de dire si j'ai vraiment aimé cette production.

Je connais assez bien l'oeuvre, j'en aime beaucoup la musique, qui fut d'ailleurs très agréable à entendre  sous la baguette du maestro Fabio Luisi. J'ai beaucoup écouté deux de ses arias,  "Je marche sur tous les chemins" (cliquez sur l'image ci-dessus pour entendre un extrait de la 2e partie sur Youtube),  et  surtout "Ah fuyez douce image", un air qui me suit depuis l'adolescence: il correspond à quelque chose en moi et je l'écoute encore dans mon auto, chanté par Richard Verreau.
Mais ce ne sont pas ces deux grands passages que j'ai le plus appréciés dans cette production du Met: ils m'ont semblé corrects, agréables sans plus.

manon,massenet,metropolitan opera,anna netrebko,piotr beczala,laurent pelly,des grieux,manon lescautAnna Netrebko joue assez bien la passion, les sentiments forts, sans cependant entrer totalement dans le personnage de Manon. Et malgré ses nombreuses qualités, elle n'est pas idéale vocalement pour cette musique: beaucoup d'approximations, manque d'agilité, quelques aigus carrément ratés. Son partenaire, le ténor polonais Piotr Beczala (le Chevalier Des Grieux), offre en revanche une technique très sûre, un chant élégant et raffiné. Il manque un peu de volume toutefois et force trop sa voix dans les fortissimi. (Je les ai vus tous deux dans Lucia di Lammermoor en 2009).

La scène finale, où Manon meurt dans les bras de son amant sur la scène presque vide dans une ambiance d'après-guerre, est quant à elle vraiment réussie, dramatiquement et musicalement.

manon,massenet,metropolitan opera,anna netrebko,piotr beczala,laurent pelly,des grieux,manon lescautJ'ai aimé la touche française de l'ensemble. D'abord bien entendu le livret, inspiré à Henri Meilhac et Philippe Gille par le roman de L'Abbé Prévost.

Ensuite l'équipe, Laurent Pelly à la mise en scène et aux costumes, et  Chantal Thomas à la scénographie. Les maisons en trompe-l'oeil à échelle réduite, le décor (dépouillé) en rampes et  escaliers, en lignes obliques et jeux d'échelle. Le contraste entre l'exubérance sensuelle des costumes féminins et la sobriété sévère du décor, auquel répond le contraste entre l'austérité de Saint-Sulpice et la scène torride qui s'y déroule: c'est inventif et dynamique.

Pas évident de mettre en scène cet opéra dont les contours narratifs et la logique psychologique sont flous à plusieurs endroits. Le personnage de Manon est difficile à cerner: naïve jeune fille victime de conventions sociales hypocrites, coquette amorale, bombe sexuelle, écervelée cupide: il faut montrer tout cela, et ce fut bien fait il me semble.

Mais il penche en définitive vers le côté avide (pour le sexe, l'argent, le plaisir) du personnage, ce qui a fort déplu aux critiques new-yorkais. Ils n'ont pas apprécié non plus qu'on installe la chambre de Des Grieux dans l'église, ni, dans ce lieu même, l'entreprise de séduction d'une Manon extrêmement lascive qui commence à déshabiller Des Grieux sous nos yeux. Ils n'ont pas aimé enfin que des messieurs bien mis enlèvent les jeunes ballerines à la fin du ballet. Que voulez-vous, c'est français!

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Plusieurs rôles secondaires intéressants. Le ténor Christophe Mortagne (Guillot de Morfontaine, photo ci-dessus) Français à la diction impeccable, artiste polyvalent (il est aussi magicien) et plus tout jeune, spécialisé dans les rôles comiques, davantage parlés que chantés, offrit avec brio les quelques moments comiques de l'après-midi. Il se montra cependant incapable de répondre aux questions de Deborah Voigt à l'entracte, soit à cause de la langue ou du trac. L'animatrice et un autre chanteur ont dû intervenir pour meubler le silence et compléter ses phrases, c'était un peu pénible.
J'ai bien aimé aussi le baryton David Pittsinger (vedette de la comédie musicale South Pacific, version 2008!), dans le rôle du comte des Grieux (le père du Chevalier) et Bradley Garvin dans celui de Brétigny. Le baryton Paulo Szot qui jouait Lescaut, le cousin de Manon, était un peu fade et moins intéressant.
Bref, j'hésite encore... au sujet de cette Manon, qui m'a fait passer en somme quelques bons moments.

06/03/2012

Plaisirs de proximité

lauraAndriani.jpgÀ deux reprises récemment, je me suis assise très près des musiciens pour des concerts, une chose que j'évite en général, du moins que j'évitais jusqu'ici.

Quand j'ai acheté des billets à l'entrée de la salle Pierrette-Gaudreault pour le concert intitulé Trio Baroque, je n'ai pas trop vu où étaient les sièges jusqu'à ce que j'y sois assise: première rangée, au bord de la section centrale. À deux ou trois mètres des musiciens, et à la même hauteur qu'eux. Cela ne me plaisait pas trop au départ, mais dès qu'ils ont commencé à jouer, j'ai changé d'idée et finalement j'ai beaucoup apprécié cette proximité.

Le violon, le hautbois, le petit orgue mobile et surtout le clavecin sonnaient extrêmement clair. C'était comme si les musiciens, Laura Andriani (photo ci-dessus) au violon, Philippe Magnan au hautbois et Régis Rousseau au clavecin (et à l'orgue), jouaient dans mon salon. Grâce à cette proximité, et bien entendu au talent de ces interprètes aguerris, j'ai eu l'impression de pénétrer dans l'intimité de Bach, Pachelbel, Haendel, Leclair, Couperin, Vivaldi: c'était vraiment formidable. À la sortie, j'ai entendu d'autres spectateurs, placés plus loin de la scène, déplorer que "le clavecin, ça joue assez pas fort". Or moi je l'avais parfaitement entendu.

justine Pelletier, Laura Andriani, Régis Rousseau, Philippe Magnan, jeunesses musicalesEncouragée par cette expérience, j'ai pris place dans la quatrième rangée pour écouter la pianiste Justine Pelletier, dont le concert était présenté dimanche dans la même salle par les Jeunesses musicales. Là encore j'étais à peu près à la hauteur de la musicienne, que je voyais de dos, et je voyais très bien ses mains danser sur le clavier. Magnifique, elle a proposé un programme romantique, Schumann, Schubert, Albéniz, Chopin, joués avec compétence, concentration, passion.

S'exprimant dans un français impeccable, Justine Pelletier a présenté brièvement chacune des pièces: l'histoire de leur composition et sa perception de l'oeuvre. Aussi agréable à entendre parler que jouer. Un visage qui rappelle étrangement celui de Julia Roberts.

Tout cela était fort beau, fort agréable. Mais c'est la dernière pièce, la rhapsodie hongroise no 12 de Liszt, qui m'a fait la plus forte impression. Une oeuvre impétueuse, variée, heurtée, puissante, exécutée avec toute l'ardeur et toute la virtuosité requises, par une artiste totalement engagée dans chaque instant: toute la salle fut transportée par ce jeu, par ce maelström de fougue, de force, d'énergie: c'est ce qui s'appelle finir en beauté.

Cette fin a peut-être projeté un peu d'ombre sur l'excellence de ce qui avait précédé... Reste que c'était formidable. De ces moments qui emportent, qui arrachent tout.

 

10/02/2012

Formidables Brigands d'opérette

brigandsGroupe.jpg

Pour son 40e anniversaire, l'opérette au Saguenay retrouve son lustre et renoue avec la tradition des grandes productions, comme j'ai pu le voir jeudi à la salle François-Brassard.

Les Brigands, opéra-bouffe de Jacques Offenbach, c'est un grand coup frappé à la porte d'un destin qui semblait inquiétant ces dernières années. Un coup de pied salutaire et joyeux, qui bouscule tout et revient à la base, celle qui a assuré le succès et la vitalité de l'entreprise.

Cette base c'est d'abord du monde, beaucoup de monde: la Société d'art lyrique du Royaume a su réunir les meilleurs éléments, sur scène, dans la fosse et en coulisses. Des gens allumés, concentrés, manifestement contents d'être là. Des artistes, interprètes, concepteurs, techniciens compétents, brillants, aux carrières diverses, auxquels s'intègrent harmonieusement des amateurs expérimentés.

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Résultat: un spectacle formidable et enlevant, parsemé de scènes burlesques, de  rebondissements et de surprises, et surtout musicalement très agréable à écouter.

Le directeur musical Jean-Philippe Tremblay accomplit un travail colossal pour animer et maintenir le rythme et la cohérence de chaque section vocale et instrumentale. Il dirige de main de maître et fait sonner à merveille les 19 musiciens de l'Orchestre symphonique: c'est un peu malheureux que ceux-ci demeurent invisibles pour le public, perdus dans les profondeurs abyssales de la fosse, mais au moins il y en a une!. Il y a eu quelques flottements en ce soir de première, mais rien pour nous faire décrocher de ces belles sonorités, de ces rythmes enlevants, de cette remarquble harmonie entre un nombre considérable d'éléments.

L'oeuvre requiert une énorme distribution, six rôles principaux et plusieurs rôles secondaires (dont quelques-uns parlés) tout aussi importants, de même qu'un choeur consistant dont le travail est primordial.

Tous ces postes sont comblés de façon exemplaire: le talent foisonne, tous les chanteurs-acteurs sont excellents. Marie-Ève Munger, brillante et efficace Fiorella, nous éblouit encore une fois avec ses exploits vocaux. Éric Thériault offre un impeccable Falsacappa, le chef un peu enveloppé des brigands. Pascale Beaudin excelle dans le rôle masculin du jeune Fragoletto, et Patrick Mallette, un fidèle des productions de la SALR, se livre à d'amusantes pitreries tout en nous charmant avec sa belle voix de baryton.les brigands,opérette,jacques offenbach,marie-Ève munger,Éric thériault,salr' société d'art lyrique du royaume

Des vedettes de l'art lyrique acceptent humblement des  rôles assez brefs, comme la basse Joseph Rouleau, 82 ans,  qui s'amuse comme un petit fou en chef des carabiniers, et la mezzo-soprano Renée Lapointe qui incarne avec grâce la princesse de Grenade.

Je renonce à les nommer tous, mais ils le mériteraient.

Éric Chalifour impressionne une fois de plus par sa mise en scène originale, truffée de détails et de clins d'oeil amusants, assurant un déroulement rythmé et logique à cette folle histoire. Décors (Mylène Leboeuf-Gagné), costumes (Jacynthe Dallaire s'y surpasse) et comportement des personnages combinent les saveurs et couleurs du Far West américain à celles de la corrida espagnole. Le récit est maintenu dans son contexte géographique et historique, quelque part au 19e siècle, entre Italie et Espagne, mais l'adaptation (Martin Giguère et toute l'équipe) inclut de savoureux anachronismes (téléphone, moto, auto: quelques années trop tôt), et de fines allusions à la modernité et à l'actualité ("engagez-vous, qu'ils disaient") qui produisent leur effet... comique!

Le sujet: une bande de brigands veut s'emparer d'une dot de 3 millions destinée à une princesse espagnole par son futur époux italien, le Duc de Mantoue. Le tout traité à la manière d'Offenbach (et de son librettiste Ludovic Halévy): complot, déguisements, revirements, confusion, quiproquos, initiés par les deux moteurs de l'activité humaine, l'amour et l'argent et illustrés par des scènes enlevées où le burlesque le dispute au mot d'esprit.

Les meillleurs moments, selon moi:

l'air des bottes: magnifique

le solo du caissier, joué et chanté par Christian Ouellet: irrésistible

l'entrée en scène des carabiniers (aussi incompétents que les Gendarmes de St-Tropez) derrière leur chef, Joseph Rouleau, qui roule à moto.

le can-can des poulets (plumés) chanté par les trois bandits déguisés en marmitons: burlesque à souhait

et tous les solos de Marie-Ève Munger.

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Malgré la longueur réelle de la prestation (près de trois heures), le temps passe vite et on ne s'ennuie pas une minute.

Le public était très nombreux en ce soir de première, où on a rendu hommage au fondateur de l'opérette Guy Dion, et aux six (ou sept?) membres de la famille Laprise qui y ont oeuvré et y oeuvrent encore. Le doyen (et papa) de ces derniers, Normand Laprise, a dirigé l'orchestre de l'opérette pendant plusieurs années. Notamment en 1992, alors que l'on présentait Les Brigands à l'auditorium Dufour. Madeleine Gauthier, actuellement vice-présidente du CA, signait la mise en scène. Et c'est le baryton Jean-François Lapointe (songera-t-on à lui rendre hommage?) qui incarnait alors Falsacappa.

Il reste deux représentations: ce soir (vendredi 10 février), et demain à la salle François-Brassard, à 19h30. Si vous voulez vous amuser, entendre de la belle musique et voir à l'oeuvre des artistes de grand talent, courez-y.

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Autre(s) point(s) de vue:

Christophe Huss, dans Le Devoir

01/02/2012

Le choeur de Riccardo Muti

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Sur cette vidéo (mars 2011) maestro Riccardo Muti  accorde un bis pour le "Va Pensiero" du choeur des esclaves, alors qu'il dirige Nabucco de Verdi à l'Opéra de Rome. C'est exceptionnel, car en général, il refuse de bisser, estimant qu'un opéra doit se dérouler sans heurt du début à la fin.

Le chef a expliqué ainsi son geste (après que les appels pour un bis se soient tus, quelqu'un dans la salle venait de crier: "Longue vie à l'italie"):

"Oui, je suis d'accord avec ça, "Longue vie à l'Italie" mais (...) en tant qu'Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j'ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc j'accède à votre demande de bis pour le "Va Pensiero". Ce n'est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le choeur qui chantait "O mon pays, beau et perdu", j'ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle est bâtie l'histoire de l'Italie. Auquel cas notre patrie serait vraiment "belle et perdue".
Depuis que règne par ici un "climat italien", moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant que nos donnions du sens à ce chant; comme nous sommes dans notre Maison, le théâtre de la capitale, (... ) si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nouspour chanter tous ensemble."

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Donc, toute la salle s'est mise à chanter avec le choeur. Avec ferveur et émotion, comme on peut le voir et l'entendre. Plusieurs choristes pleuraient, comme le montre la photo. Des moments uniques, exceptionnels.

Et quelle belle façon de protester, d'exprimer sa révolte contre les dirigeants, contre les coupes sombres dans la culture. (Certains médias ont affirmé que Sylvio Berlusconi, alors encore président du pays, était dans la salle, mais il semble que ce n'était pas exact. Il a assisté à l'opéra la semaine suivante).

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-- Quelques détails sur l'événement dans cet article du journal La Croix

-- Traduction française (littérale) de Va Pensiero:

Va, pensée, sur tes ailes dorées;
Va, pose-toi sur les pentes, sur les collines,
Où embaument, tièdes et suaves,
Les douces brises du sol natal!

Salue les rives du Jourdain,
Les tours abattues de Sion...
Oh ma patrie si belle et perdue!
Ô souvenir si cher et funeste!

Harpe d'or des devins fatidiques,
Pourquoi, muette, pends-tu au saule?
Rallume les souvenirs dans le cœur,
Parle-nous du temps passé!

Ô semblable au destin de Solime
Joue le son d'une cruelle lamentation
O que le Seigneur t'inspire une harmonie
Qui nous donne le courage de

supporter nos souffrances!

23/01/2012

Le baroque enchanté

Moi qui affirme depuis toujours aimer la musique baroque, j'ai éprouvé quelques doutes quand j'ai assisté en décembre dernier à la projection de Rodelinda de Haendel, présenté au Metropolitan Opera: le contre-ténor avait un filet de voix et je m'y étais un peu ennuyée.

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Est-ce que j'aime vraiment cette musique, m'étais-je demandé? La réponse est un immense oui, conforté par cette autre production du Met que j'ai vue samedi au cinéma Jonquière: The Enchanted Island, un nouvel opéra, un "pastiche baroque". Le livret de Jeremy Sams assemble deux pièces de Shakespeare plus un certain nombre d'éléments originaux, et le texte en anglais (un anglais de grande qualité m'a-t-il semblé à la lecture des sous-titres) est associé à plus de 40 pièces de musique baroque, en grande majorité de Haendel mais aussi de Vivaldi, Rameau, Purcell et quelques autres.

Après quelques moments d'inquiétude dans la salle du cinéma car un problème technique empêchait la transmission (c'était ainsi partout au Québec nous a-t-on dit), ce qui nous a fait manquer la présentation et l'ouverture, nous avons été d'un coup plongés dans ce monde, happés par la beauté, la profondeur et la richesse de cette musique servie par des interprètes de haut niveau.

Enfin un haute-contre, David Daniels, qui chante (le rôle de Prospero) superbement et à plein volume, à qui la soprano Danielle De Niese (Ariel), véritable tourbillon de charme et d'entrain, donne la réplique en multipliant les ornementations avec une extraordinaire aisance, tandis que l'orchestre, dynamique et percutant, dirigé par William Christie (l'un des initiateurs du projet, avec le directeur du Met Peter Gelb), ponctue et accentue chaque passage de façon enlevante.

Tous les interprètes font assaut des plus grandes qualités vocales et dramatiques, que ce soit la magnifique mezzo Joyce DiDonato, en sorcière, ou bien le superbe baryton-basse Luca Pisaroni (tous deux sur la première photo), celui-là même qui jouait Leporello dans le récent Don Giovanni du Met, et qui apparaît ici sous les traits de son fils, le difforme Caliban, mort-vivant aux oripeaux death metal. Ou encore Lisette de Oropesa, excellente dans le rôle de Miranda, et l'autre contre-ténor, le jeune Anthony Roth Constanzo (il a d'ailleurs remplacé David Daniels dans le rôle de Prospero pour quelques représentations de L'Île enchantée), qui nous charme par la beauté de sa voix dans son (seul) grand solo et dans son duo. Chacun des membres du quatuor des naufragés est tout aussi agréable à voir et à entendre.

the enchanted island,metropolitan opera,david daniels,danielle de niese,joyce didonatoL'histoire se passe sur une îleProspero règne en tyran. Une tempête (celle de Shakespeare!) y déverse deux couples en voyage de noces qu'on n'attendait pas. Quelques-uns de ces naufragés, ayant absorbé des potions magiques mal dosées ou qui ne leur étaient pas destinées, forment des couples improbables avec les habitants de l'île, qui eux voudraient bien se libérer du joug de Prospero. C'est une histoire amusante, charmante, étonnante, qui fait place à quelques beaux moments d'intense émotion.

Pour les créateurs, une occasion unique de mettre en lumière des décors fabuleux et fantaisistes (parfois un peu kétaines mais bon): une caverne, une forêt magique, des arbres qui s'illuminent, des animaux fantastiques, la mer, les bateaux, les vagues.

Et la grandiose apparition de Neptune, en direct de l'océan sur son trône en forme de coquillage, entouré de sirènes et autres créatures marines. Ce dieu de la mer est chanté par Placido Domingo, qui fêtait ce jour-là son 71e anniversaire: un peu fatigué mais chantant encore assez bien ce rôle bien fait pour lui. "C'est la première fois que j'interprète un dieu", disait-il à Deborah Voigt à l'entracte.

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Il y a aussi un extraordinaire ballet, pastiche moderne et déjanté du traditionnel ballet d'opéra.

Les puristes hurleront peut-être (d'ailleurs ils ont hurlé dans certains médias new-yorkais), mais pour moi c'est une réussite totale. Tout y est: voix, musique, décors, livret intelligent et inventif (sauf peut-être quelques longueurs, quelques scènes un peu inutiles en deuxième partie): on ne se lasse pas d'écouter et de regarder.

Mais en premier lieu sans doute, il y a cette impression très nette que toute l'équipe, autant les concepteurs que les chanteurs-acteurs, met toute son énergie, travaille dans la même direction et se donne à fond pour faire exister cette merveilleuse fantaisie, dans le seul but de créer un lieu et un espace de plaisir partagé.

Même loin, même au cinéma on sentait bien, grâce à la magie du direct, cette chimie, ce petit plus, cette étincelle qui s'allume quand tout le monde est en phase et totalement engagé, bref, quand le tout est plus grand que la somme des parties.

20/12/2011

Noël, Les Violons, Marie-Nicole...

Chaque année, j'assiste à un concert de Noël. Cette année, c'était spécial: il y avait bien le mot Noël dans le titre de plusieurs oeuvres, mais c'était, tout simplement, un vrai concert de vraie musique. Baroque. Donné par Les Violons du Roy et la contralto Marie-Nicole Lemieux, véritable joyau vocal et musical originaire de Dolbeau au Lac-Saint-Jean.

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(Marie-Nicole Lemieux et Les Violons du Roy. Photo Jeannot Lévesque, Le Quotidien)


L'église Notre-Dame-de-Grâce n'a pourtant rien d'un écrin. Mais Les Violons du Roy, dirigés par leur chef en résidence Éric Petkau, y ont accompli un véritable miracle: transformer l'acoustique habituellement ordinaire de ce vaisseau en un vecteur sonore absolument parfait. Concentré, passionné, attentif, chacun de ces 17 instrumentistes a fait merveille, de sorte que l'ensemble sonnait de façon sublime: avec cette sonorité ronde et pure qui caractérise les Violons depuis longtemps, ces nuances subtiles, cette audible clarté de la moindre note. En fermant les yeux (ce que je pouvais faire d'ailleurs puisque, placée à l'arrière, je voyais à peine les musiciens), je me serais crue au Palais Montcalm, la belle résidence des Violons à Québec.

Je crois que tout part d'un tempo impeccable, longtemps travaillé afin qu'il soit respecté dans les moindres entrées, sorties, tenues de note. C'est un aspect auquel bien des ensembles et orchestres sont moins attentifs. Ça c'est la base. Ensuite, il y a le soin apporté à chaque détail, et à l'ensemble, pour un résultat admirable.

De sa voix riche et profonde*, Marie-Nicole Lemieux a chanté Bach: des extraits de cantates et d'oratorios de la période de Noël. Le plus extraordinaire: Schlafe, mein Liebster, genieße der Ruh' (Dors, mon bien-aimé, jouis de ton repos), qu'elle maîtrise et illumine avec son talent, son expérience, sa ferveur, sa joie manifeste de chanter.

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À la maison, chaque année depuis des lustres pendant la période des Fêtes, nous écoutons un disque qui regroupe des concerti grossi de Corelli, Torelli, Locatelli, et celui de Manfredini, Pastorale per il Santissimo Natale, qui était au programme hier. Sur disque, c'est déjà très beau, mais en direct, par les Violons du Roy, c'était vraiment extraordinaire, je le redécouvrais en quelque sorte. (Cliquez l'image ci-dessus pour l'entendre par un autre ensemble).

Il y a eu aussi des oeuvres de Haendel et de Molter. Et le merveilleux "À la Pastorelle" de Telemann, qui a ouvert la deuxième partie, fut un des meilleurs parmi les excellents moments de ce concert.

Marie-Nicole Lemieux a aussi chanté Sainte nuit et Ah! quel grand mystère, offrant en rappel Le Sommeil de l'enfant Jésus, qu'elle a dédié aux gens de l'UQAC qui lui ont remis en avril dernier un doctorat honoris causa (plusieurs étaient présents dans la salle). Il fallait bien chanter Noël, elle l'a fort bien fait, mais le meilleur du concert était déjà passé.

Notes:

- Ce concert affiche complet pour ce soir (mardi) à Dolbeau-Mistassini.
- Il a été donné au Palais Montcalm le vendredi 17 décembre.
- À la radio, il sera diffusé sur Espace musique, le mercredi 21 décembre à 20 h.

Dans les médias:

- Le Quotidien: critique par Anne-Marie Gravel
- Le Soleil: entrevue préalable (pour Québec) avec Richard Boisvert
- Complément à l'interview

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* Mais que sa voix s'apaise ou gronde,/ Elle est toujours riche et profonde./ C'est là son charme et son secret.  (Charles Baudelaire, Le Chat, dans Les Fleurs du mal).