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24/04/2009

Longue vie au NEM

lorrVaill.jpgCette année, le Nouvel Ensemble Moderne (de Montréal) fête son 20e anniversaire. Notamment en donnant plusieurs concerts, dont le plus récent avait lieu mercredi dernier, 22 avril.
J’en profite pour saluer et féliciter la Saguenéenne Lorraine Vaillancourt, fondatrice et directrice de cet ensemble, qui maintient le cap dans cet océan sonore où la musique classique moderne peine à se tailler la place qu’elle mérite.
Je la salue non seulement pour ce travail, mais aussi pour son engagement profond envers la musique, qui l’a poussée à être très active dans le milieu musical montréalais, québécois et mondial, comme chef, initiatrice d'événements et de regroupements, membre d'associations et professeure de musique à l'Université de Montréal. (Quelques exemples dans cette petite bio). J’ai déjà parlé d’elle sur ce blogue.
Et je la salue aussi en souvenir de nos années d’études au collège du Bon Pasteur de Chicoutimi, alors que nous avons franchi, elle, moi et notre merveilleux groupe  (Agathe, Michèle, Hélène, Lise, Myriam, Line, Suzanne et les autres), toutes les étapes du cours classique.
Lorraine, qui demeurait à Jonquière, était une passionnée de musique, ainsi que son frère Jean-Eudes Vaillancourt, pianiste et compositeur, et sa soeur, la soprano Pauline Vaillancourt. Elle était déjà engagée dans la musique contemporaine, attirée par la création musicale. Elle était aussi une musicienne de haut niveau: à l’adolescence, elle avait déjà plusieurs années d’études musicales dans le corps, et quand elle se mettait au piano, qu’elle joue du Beethoven ou du Schönberg, nous l'écoutions, fascinées et vaguement jalouses.
J’ai été l'entendre avec le NEM à Montréal il y a quelques années et c’était super... J'espère pouvoir assister à d'autres concerts de l'ensemble.

(Le NEM est aussi présent sur Facebook, vous pouvez vous inscrire parmi ses amis).

22/04/2009

Concert spirituel

mFeubelBal.jpgÀ la cathédrale de Chicoutimi, dimanche, concert donné par trois artistes originaires du Saguenay: la soprano Manon Feubel, la violoniste Hélène Collerette et l’organiste (et maintenant directeur du Conservatoire) Régis Rousseau: excellents interprètes, programme à la fois “thématique” (la prière) et varié (Verdi, Wagner, Liszt, Bach, l’Ave Maria de Gounod à la fin, et l’Agnus Dei de Bizet en rappel).  Concert somme toute réussi, billets à 100$ au profit d’une oeuvre religieuse que je me serais passée d’encourager (le centre Notre-Dame de la Salette), qui a attiré environ 600 personnes.
Manon Feubel se fait rare: en 30 ans de carrière comme journaliste du secteur culturel au Quotidien, j’ai régulièrement entendu parler d’elle et de sa carrière internationale, je sais qu'elle a chanté à quelques reprises à Montréal, peut-être même à Québec, j'ai écrit quelques papiers sur elle, je l’ai interviewée au téléphone, mais je ne l’ai jamais entendue chanter...
Maintenant c’est fait: superbe voix, timbre riche, bien travaillé, sensibilité. Un physique de wagnérienne ou de verdienne, deux répertoires dans lesquels elle excelle d’ailleurs: voix mal servie cependant par l’écho qui voyage un peu trop vite dans la cathédrale et qui voile la clarté des paroles. Hélène Collerette, une violoniste accomplie qui fait carrière à Paris, a  livré une merveilleuse interprétation de la chaconne de Bach (de la partita en ré mineur): pas vraiment dans le thème de la soirée, mais on lui pardonne, c'était tellement beau. Régis Rousseau maîtrise à merveille le bel instrument de la cathédrale. Détails sur l'instrument sur le site de Michel Baron, ici.
Le site de Manon Feubel est vraiment minimal, mais si vous cliquez le lien dossier de presse, vous aurez, en version PDF, une abondance de documents et de détails sur toute sa carrière.
Quelques liens pour compléter:
Critique du concert par Daniel Côté dans Le Quotidien
Quelques mots de Jack sur son blogue
Une courte vidéo montrant Manon Feubel dans Aïda, de Verdi, à Dijon en décembre 2008
La photo, qui montre la soprano dans Le Mal Masqué (Un ballo in maschera) de Verdi (à Montréal en 2008) provient de l’album de Carole Bergeron sur flickr.

27/03/2009

Revoir Starmania

rockfort.jpgLes Opéras de Québec et de Montréal ont remonté Starmania, l’opéra rock de Luc Plamondon et Michel Berger, pour orchestre symphonique et chanteurs d’opéra.
J’avais vu la première version lyrique, sans mise en scène mais avec la même distribution (ou presque), en 2004 à Montréal. Outre celle-là, j’ai vu, depuis sa création il y a 30 ans, au moins trois versions différentes de la comédie musicale-opéra rock (entre autres avec Claude Dubois, Louise Forestier, Diane Dufresne, Fabienne Thibeault) y compris une production de Logistik 22 (à Saint-Ambroise je crois), qui allait plus tard créer le spectacle Québec Issime.
Et j’ai donc assisté récemment à Montréal (salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts) à ce Starmania opéra (dernière représentation aujourd'hui, samedi 28 mars).

J’ai beaucoup aimé, avec des réserves.

Les points forts

  • L’orchestration extraordinaire de Simon Leclerc, d’ailleurs au pupitre de l’Orchestre métropolitain du Grand Montréal. Il a redonné vie à cette musique, qui semble pouvoir s’enrichir sans fin.
  • Le resserrement de l’action et l’actualisation du propos, qui cadre encore mieux avec notre époque, sur fond de guerre, de marginalité, d’ambition démesurée. Zéro Janvier brigue la présidence de l’Occident en préconisant la dictature et l’instauration d’un État policier, entraînant la révolte dans certaines couches de la population.
  • La mise en scène et les décors, du duo Victor Pilon et Michel Lemieux. Recours intensif au multimédia et au virtuel pour ces projections qui dessinent tours et gratte-ciel, sur lesquels se superpose à l’occasion le visage géant  du lecteur de nouvelles Roger Roger (James Hyndman: malheureusement, personne ne lui a dit qu’il fallait placer l’accent tonique à la fin et non au début des mots).
  • Le rythme fluide, les citations musicales et les atmosphères qui empruntent à Gershwin, Bernstein (celui de West Side Story), Puccini et Mozart.

Les chanteurs
Excellente: Lyne Fortin on la voit ici dans Les adieux d'un sex symbol, fabuleuse Stella Spotlight, diva sur le déclin, extravagante et touchante. Le show lève vraiment  quand elle fait son Hervieux.jpgentrée, après l’entracte. Et son duo-duel  Ego Trip avec Marc Hervieux (photo de droite), où chacun fait assaut de talents opératiques, est un morceau d’anthologie.
Très bon: Étienne Dupuis en Johnny Rockfort (photo du haut), surtout son dernier air, S.O.S. d'un terrien en détresse, avec ces remarquables passages en voix de tête: vraiment très bien.
Plutôt bon: Pascal Charbonneau, en Ziggy (ci-dessous avec Marie-Josée Lord), j’ai aimé, sauf son premier numéro avec les choristes (et/ou danseurs), complètement raté à mon avis.
Corrects: Marc Hervieux: je l’ai assez aimé, mais pas tant que ça.
Raphaëlle Paquette: très correcte en Cristal, sans éclat particulier toutefois.
Un peu moins: Krista de Sylva, en Sadia: jeu caricatural et musicalement, ce n’est pas convaincant.
Inclassable: Marie-Josée Lord (ici elle chante Stone, le monde est stone), qui incarne Marie-Jeanne, la serveuse automate: pourtant, elle a tout à fait le physique pour le rôle, elle maîtrise sa technique, mais sa voix - superbe- est presque trop belle, trop classique pour le rôle, en fait je ne sais pas si j’ai aimé sa prestation.

ziggy.jpgDonc, j’ai beaucoup aimé, j’ai pris plaisir à réentendre cette belle musique, sans être convaincue totalement par cette version lyrique.

Et j’ai détesté...

La grande femme qui s’est assise devant moi et m’a caché une bonne partie de la scène avec ses cheveux crêpés en forme de boule. C’est comme si j’avais eu un cercle noir au milieu de mon champ de vision.
Mais elle n’est pas revenue après l’entracte. O joie! O miracle! Je le souhaitais de tout mon coeur, et c’est arrivé.
Je crois que je lui avais jeté un sort. Suis-je une sorcière?

22/03/2009

Somnambule...

diegoNatalie.jpgJe suis sous le charme. De Natalie Dessay,  de Juan Diego Florez, de tous les autres qui ont fait de La Sonnambula,  l’opéra de Vincenzo Bellini présenté samedi au Metropolitan Opera et diffusé au cinéma Jonquière, une pure merveille. C’est la meilleure production (avec Orfeo ed Euridice de Gluck) que j’ai vue dans cette série du Met.
La soprano française Natalie Dessay arrache des larmes par son chant et son investissement total dans le rôle d’Amina, une jeune fille démolie parce que son fiancé croit qu’elle l’a trompé. Somnambule, elle s’est couchée dans le lit du comte, celui-ci s’est éclipsé, il ne s’est rien passé. Il n’y a pas là de grande tragédie, pas d’assassinat, pas de suicide, juste un malentendu entre deux amoureux.
Mais quand elle pleure pendant qu’il crie sa colère, quand elle se tient sur une planche qui sort de la scène pour s’avancer au-dessus de l’orchestre, pour chanter sa douleur, c’est prenant. Les spectateurs  pleuraient dans le cinéma. Même moi j’ai versé quelques larmes.
Quant au ténor péruvien Juan Diego Florez, il est fait pour le bel canto, le bel canto est fait pour lui, je l’adore, j’adore l’entendre chanter. Il fait des acrobaties vocales, il pousse la note quand il le faut, on dirait que rien ne l’arrête. Autant elle semble fragile, autant il semble solide.
Et pour une fois, tous les rôles secondaires sont bien chantés et joués: Jennifer Black, la perfide Lisa, Jane Bunnell, la mère adoptive d’Amina. Et le comte, Michele Pertusi, superbe voix de baryton-basse et jeu bien senti. C’est rare que j’aime les voix de basse,  j’ai souvent l’impression qu’ils ont un trombone coincé dans la gorge et que le son est fermé, mais pas lui, il chante avec un beau naturel.
Ajoutons à tout cela l’orchestre du Met et le chef italien Evelino Pidò, qui savent y faire, autant dans la virtuosité que dans les nuances exigées par cette belle musique.
La mise en scène de Marie Zimmerman déplace l’action du village suisse à une salle de répétition new-yorkaise où l’on prépare l’opéra. Ce qui permet d’introduire un décor urbain et des costumes modernes, toujours agréables à l’opéra. L’argument joue donc à deux niveaux, il y a les comédiens-chanteurs, et les personnages qu’ils incarnent (ceux de l’histoire originale). Mais la métaphore de la salle de répétition n’est pas filée jusqu’au bout: pour cela, il aurait fallu reconstruire le scénario en entier, ce qui n’a pas été fait.
D’où une certaine confusion, mais au fond, ce n’est pas très important. L’important, c’est qu’on y croit, que tout cela est vibrant et convaincant. Une oeuvre scénique, quand ça fonctionne, c’est extraordinaire.

Vous ai-je dit que j’ai aimé ça?

 

16/02/2009

Lammermoor: quelle musique!

annaMarius.jpg

C’était le samedi 7 février, cela fait donc près de dix jours. Mais je n’ai pas pu en parler avant, alors je le fais maintenant.  Lucia di Lammermoor de Donizetti à l’opéra du Met diffusé au cinéma Jonquière. Encore beaucoup de monde, salle presque remplie. Et un très bel opéra. Une succession de grands airs, proches du bel canto, une musique séduisante.
Anna Netrebko (vue l’an passé dans Roméo et Juliette) était impressionnante en Lucia. Belle, inspirée, ligne vocale pure,  un peu de lourdeur pour souligner le côté grave du personnage, sans vraiment nuire à l’agilité vocale exigée par ses grands solos.
Je croyais entendre Rolando Villazon dans le rôle de son amant Edgardo, mais il était malade et a été remplacé par Piotr Beczala. Sans être génial piotrBeczala.jpgou transcendant, le ténor polonais s’est fort bien tiré d’affaire. Belle voix, bien travaillée, peut-être encore un peu légère, physique ordinaire (sauf pour la magnifique couleur verte de ses yeux, comme vous pouvez le voir sur la photo de gauche). J’ai quelques réserves sur la prestation du baryton polonais Mariusz Kwiecien qui jouait Enrico, le frère de Lucia. Jeu unidimensionnel (toujours fâché!). Voix inégale, peu agréable dans le registre bas. Mais cela ne m’a pas vraiment dérangée ou empêchée d’apprécier la musique. Peut-être que son rôle est le plus difficile aussi.
Le sextuor était vraiment très beau. Et l’air de la folie de Netrebko: réussi et émouvant.
À noter, la superbe et brève prestation du ténor Colin Lee qui jouait Arturo (le mari imposé à Lucia, elle le tue dès qu'elle est seule avec lui):  une voix tout à fait séduisante, style opérette, juste, parfaite, sonnante, j’ai bien aimé.
Mise en scène assez discrète, sauf pour quelques fantômes (totalement superflus), mouvements bien orchestrés, décors imposants (que l’on a vus en long et en large aux entractes, où les interviews étaient réalisées -toujours aussi maladroitement- par Natalie Dessay):  j’avais hésité à y assister car je n’avais pas beaucoup de temps, mais je ne l’ai pas regretté une seconde, car cette musique m’a comblée.

09/02/2009

Plaisirs multiples

claudeGinoMeve.jpg

Excellent concert donné dimanche par Gino Quilico et Marie-Ève Munger à l’église Notre-Dame-de-Grâce, presque remplie pour l’occasion. Complices, les deux artistes ont offert au public de la belle musique, agrémentée d'humour, à travers un programme varié, à la fois accessible et substantiel.
Charme des voix et du jeu dramatique ou comique, soutien constant de la pianiste Claude Soucy (à gauche sur la photo). À quoi il faut ajouter la courte prestation des choristes qui vont chanter dans la Vie Parisienne en avril: un avant-goût qui donnait le goût...
J’ai pu voir seulement une partie du concert, puisque je suis bénévole pour la Société d’art lyrique du Royaume (voir les quelques notes précédentes) et qu’à ce titre, je m’occupais de l’accueil des spectateurs, de la vente des billets de tirage, et du buffet offert aux acheteurs de billets “VIP”.
Je sait cependant que tout le monde est sorti heureux de ce concert bénéfice qui a été un succès d’assistance (pas loin de 600 personnes).
Le célèbre baryton, en forme et en voix, a mis à contribution tous ses talents de comédien et d’animateur: entre les airs qui couvrent un large éventail de styles et de provenances, il a raconté des pans de sa vie entre ses deux parents musiciens. Il a relaté quelques  anecdotes amusantes sur son père, le baryton Louis Quilico,  qu’il a même imité avec respect et humour. Il a incité le public à taper des mains, s’est assis dans la salle, a joué dans les cheveux de sa pianiste pendant qu’il chantait le Barbier de Séville, tout en jouant les séducteurs auprès de sa partenaire, Marie-Ève Munger.  Toujours aussi impressionnante et séduisante côté vocal et côté jeu, cette dernière a relevé le défi avec une aisance remarquable. Expressifs et convaincants, le baryton et la soprano colorature prenaient visiblement plaisir à être ensemble sur scène et à montrer les multiples facettes de leur talent.
Bref, un après-midi de belle musique volé au froid et au vent qui sifflaient dehors.
Très bonne critique de Christiane Laforge dans Le Quotidien. Vous pouvez en lire une partie ici.

26/01/2009

Orfeo: amour pur, plaisir intense

orfChoeurDanse.jpg

Orfeo ed Euridice de Gluck, est l’un des opéras du Metropolitan (présentés au cinéma Jonquière) que j’ai le plus aimés. Quelle musique! Cette très courte production (une heure et demie sans entracte) m’a littéralement enchantée. Très peu d’action: c’est en quelque sorte un long poème visuel et musical qui décrit toutes les nuances de l’amour, l’amour à la fois absolu et simple, qui rend la vie impossible sans l’être aimé.
La mise en scène de Richard Morris est parfaite: les 90 choristes portent costumes et accessoires qui les identifient à autant de personnages célèbres de l’histoire: Cléopâtre, Marie Antoinette, Oscar Wilde, Truman Capote, Abraham Lincoln...
Debout et immobiles (sauf pour quelques gestes des mains et du visage qui font penser à du mime, mais qu’on ne pouvait distinguer clairement dans la production filmée), sur une double galerie à trois étages (voir la photo), qui se sépare au besoin pour laisser un espace sur scène, ils sont beaux à voir et à entendre.
Le rôle d’Orphée est tenu par l’immense mezzo  Stephanie Blythe (photo): elle chante divinement et son visage est si expressif qu'elle n'est plus bientôt ni femme, ni homme: elle est tout simplement l'amour, qui se moque des sexes, des âges et du tempsblythe99a.jpg. La très belle Danielle de Niese chante fort bien et incarne à merveille la grâce et la beauté d’Eurydice, et Heidi Grant Murphy campe joyeusement un Cupidon (Amour) qui semble tout droit sorti d’une bande dessinée pour conduire Orphée aux Enfers.
Trois chanteurs, peu d’action: cela laisse beaucoup d’espace/temps aux superbes chorégraphies, qui jouent un rôle important dans l’oeuvre. Sur les tempi d’origine, sarabande, gavotte, gigue, menuet, les danseurs évoluent en vêtements d’aujourd’hui, jupes légères, robes de coton, jeans, capris, t-shirts, débardeurs, et ajoutent aux pas de ces ballets anciens des mouvements et expressions qui en font des danses modernes parfaitement adaptées à chaque scène. J’y ai même vu un clin d’oeil aux chorégraphies de West Side Story.
Pour une fois à l’opéra, l’histoire finit bien: contrairement au mythe originel, l’amour d’Orphée est si fort et si pur qu’il peut ramener Eurydice des Enfers, même s’il a été incapable de tenir sa promesse de ne pas la regarder ni lui dire ce qui se passe.
James Levine dirige avec âme son imposant orchestre, peut-être pas très fidèle à l’esprit baroque, mais je ne boude pas mon plaisir, qui fut intense.
Au cinéma Jonquière désormais, je retrouve à chaque représentation des opéras du Met (voir ci-dessous pour La Rondine) une bonne centaine de personnes, un noyau de fidèles, plus d’autres qui s’ajoutent au gré des semaines: la bonne nouvelle s’est répandue...

Hirondelle et prix Opus

gRondine.jpgIl y a deux semaines, j’ai bien aimé l'opéra La Rondine (il faut prononcer ronn-diné, car c'est un mot italien, qui signifie hirondelle) de Puccini, avec Roberto Alagna et Angela Gheorghiu. Cette dernière a plutôt bien chanté même si le directeur du Met est monté sur scène avant la représentation pour annoncer au public que la soprano roumaine souffrait d’un refroidissement. Le ténor en revanche (que j'avais fort apprécié dans Roméo et Juliette l'an dernier), n’était pas à son meilleur: décrochages, passages criés plutôt que chantés... Peut-être une mauvaise journée...
Légers et pétillants, les deux premiers actes évoquent l'opérette: c'est le coup de foudre entre Magda et Ruggero dans un univers feutré de richesse et d’insouciance, soit la belle maison où Magda vit grâce à la générosité de son amant, et ensuite le bal Chez Bullier, un chic établissement parisien.
Au troisième acte, c’est le drame: le couple est installé dans une maison de campagne à Nice, il veut l’épouser, mais elle ne s’en sent pas digne à cause de son passé de courtisane (entendre par là qu’elle n’est pas vierge), et elle décide de retourner à Paris ou l'attend son ancien et riche amant.
Elle choisit donc l’argent sans amour plutôt que l’amour sans argent.


Un prix bien mérité
Le baryton d’origine saguenéenne Jean-François Lapointe a mérité dimanche le prix Opus de la catégorie “concert de l’année-Montréal” (il était aussi en nomination dans une autre catégorie), pour le magnifique récital qu’il a donné à la Grande bibliothèque le 15 juin dernier, avec la pianiste Louise-Andrée Baril.
Puisque j’étais présente à ce concert, voir ici, je puis dire que ce prix est largement mérité et je suis très heureuse qu’on le lui ait décerné. Les prix Opus sont attribués par le Conseil québécois de la musique.
L’artiste est actuellement à Toulon où il jouera le rôle de Zurga, dans les Pêcheurs de perles, de Georges Bizet, à compter du 30 janvier. Vous pouvez le voir en action sur Youtube ici, dans l’impressionnante scène de la mort de Valentin (du Faust de Gounod), rôle qu'il a joué aux chorégies d’Orange (théâtre antique en plein air) l’été dernier. Le ténor Roberto Alagna incarnait Faust, et la contralto Marie-Nicole Lemieux, également native de notre région, y tenait le rôle de Dame Marthe.

22/12/2008

Noël à la cathédrale

reneeJF.jpgSamedi soir, Noël à la cathédrale Saint-François-Xavier de Chicoutimi: le baryton Jean-François Lapointe et la mezzo-soprano Renée Lapointe (tous deux originaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais pas de la même famille) ont réchauffé l’atmosphère (glaciale dehors et presque autant à l’intérieur) avec, en première partie des airs sacrés (extraits du Messie et autres pièces de Haendel, plus Agnus Dei, Ave Maria...), et en deuxième partie des chants traditionnels de Noël (Sainte nuit, Mon beau sapin, Bel astre que j’adore).
Encouragée par le chanteur qui s’amusait à jouer au chef de choeur, la foule y est allée de quelques refrains.
Toujours en voix, Monsieur Lapointe, j’ai vu littéralement frémir les épaules de quelques madames assises devant moi quand il poussait le volume. Mais il n'abuse pas de ces effets. Il sait aussi moduler, nuancer, exprimer, son timbre est séduisant et c'est toujours beau. Avec son élégance habituelle, il s’est discrètement effacé pour laisser la place à sa partenaire dans les grands airs qui auraient pourtant mis sa voix en évidence: l'Agnus Dei, le Panis angelicus, et une partie du Minuit, chrétiens.
renlapointe.jpgJ’étais par ailleurs très contente d’entendre Renée Lapointe (très bon entretien avec elle sur le site resmusica), excellente mezzo à la voix chaude et pure qui se fait rare depuis quelques années dans la région. J'ai eu l'occasion de l'interviewer à quelques reprises quand j'étais journaliste, c'est une artiste et une femme remarquable.
La titulaire des grandes orgues, Céline Fortin, a accompagné les deux chanteurs, d’abord au jubé sur le grand orgue Casavant, et en deuxième partie à l’avant, sur l’orgue du choeur. Quelques éléments de mise en scène, éclairages, cierges allumés, ont fourni un cadre adéquat à la prestation.
(La photo de droite m'a été généreusement fournie par Michel Baron, professeur retraité du Conservatoire, photographe et webmestre à ses heures, qui maintient avec constance et persévérance un excellent site sur la musique au Saguenay-Lac-Saint-Jean, sur lequel on trouve notamment une section avec photos consacrée à la cathédrale de Chicoutimi. Sur l'album Noël à la cathédrale de Chicoutimi, dans la colonne de gauche, j'ai placé les autres photos que Monsieur Baron m'a fait parvenir à titre gracieux. Je l'en remercie).
Ce concert bénéfice (60$ le billet) avait pour but d’amasser des fonds pour refaire la toiture de la cathédrale, un édifice du patrimoine religieux qu’il faut préserver et conserver, comme l’ont mentionné Marc-André Bédard, président de la campagne de financement, et Monseigneur André Rivest, évêque du diocèse.

Il devait bien y avoir pas loin de mille personnes (c'est ce que j'ai cru, mais Le Quotidien en annonce 500): de toute façon, un beau succès.

21/12/2008

Enchantement de Thaïs

rFleming.jpgSamedi, Thaïs, de Massenet, au Metropolitan Opera, diffusé en direct au cinéma Jonquière: pas mal de monde, au moins une centaine de personnes se sont déplacées par ce froid glacial. La première scène, assez soporifique, laisse présager le pire, surtout que le baryton Thomas Hampson (Athanaël) chante à pleine voix et fort mal.
Mais tout change avec l’entrée en scène de Thaïs-Renée Fleming.  Belle, expressive, voix nuancée et parfaite, lumineuse pour tout dire. On ne peut que s’incliner devant tant de grâce, de beauté, de talent. Sa lumière efface les irritants de la production, et à son contact, les autres chanteurs s’améliorent, y compris Hampson. Quand il chante (doucement) sa douleur alors qu’il vient de quitter Thaïs pour toujours, il nous arrache des larmes. Si la basse Alain Vernhes (Palémon) est manifestement en fin de carrière, le ténor Michael Schade dans le rôle de Nicias, est parfait: une voix d’opérette, juste et bien timbrée, parfaitement adaptée à ce rôle caricatural.
La dernière scène, même si Thaïs est assise sur une sorte d’autel qui pourrait paraître ridicule, m'a fait vivre un moment exceptionnel: je ne savais plus où j’étais, avec qui j’étais, je me suis sentie vraiment transportée dans le monde de la mort de Thaïs, de son adieu, de son passage vers l'au-delà. Pas de peine, non mais une émotion complète, à la fois esthétique et intime, vraiment extraordinaire.
Et cela même si je ne crois ni au ciel, ni à Dieu.
Dans le cinéma, les gens n’ont pu s’empêcher d’applaudir, comme ils l’avaient fait après la Méditation de Thaïs, jouée par le premier violon de l'orchestre.
Au chapitre des interviews entre les actes, c’était plutôt ordinaire. Placido Domingo, que j’aime bien par ailleurs, n'était pas à l'aise comme animateur, il lisait ses questions, auxquelles parfois l’interviewé venait de répondre...
Mais quels moments magiques par ailleurs!