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11/09/2011

Clowns en stock

clowns noirs,en attendant l'dégât d'eau,diogène,trac,saguenay,théâtre en régionEn reprenant un spectacle monté en 2006, le Théâtre du Faux-Coffre fait preuve d'audace et conclut avec panache le cycle de spectacles solos proposés par chacun des cinq Clowns noirs en 2010-2011. (J'ai vu quatre d'entre eux, tous excellents). Ils se mettent à cinq pour offrir au public un opus renouvelé, amusant et terrifiant: En attendant l'dégât d'eau (la dernière représentation avait lieu samedi).

 

Et voilà donc Diogène, Trac, Contrecoeur, Grossomodo et Piédestal (leurs portraits sont ici) aux prises avec leur éternelle bibitte: comment être artiste, et en vivre, surtout en région éloignée.

Subventions refusées: ils meurent de faim.

Seule solution: travailler pour des gens qui les paieront.

Clown dans un hôpital, dans un cirque clowns noirs,en attendant l'dégât d'eau,diogène,trac,saguenay,théâtre en régiondes horreurs, clown sans frontière: ils essaiment dans une multitude de décors, bar, rodéo, cirque, le tout figuré par quelques draps, un grand coffre en planches, une boîte de carton et quelques accessoires. Seul Piédestal n'a pas trouvé d'emploi: ayant simulé une grippe aviaire pour éviter d'être mangé par ses amis affamés(!), il doit aller se faire soigner à l'hôpital. Mais il voyagera, lui aussi...

Chacun des cinq comédiens incarne plusieurs des personnages de cette galerie extravagante et hilarante, montrant sa polyvalence et les multiples facettes de son talent. Ils savent chanter, mimer, crier, parler sur tous les tons, chuchoter, grimacer, courir, sous les traits d'un vieux malcommode, d'un médecin incompétent, d'un douanier qui a des problèmes personnels, d'un cowboy dépressif, d'une femme (bravo Trac!), d'un avion...

Ils expriment tout: angoisse, espoir, colère, tristesse, générosité, lâcheté, courage, selon ce qui leur arrive. Ce sont des clowns humains, nos frères.

L'intrigue se développe aussi: traqués, ils doivent échapper aux agents de la brigade anticultures.

C'est vivant et rigolo, un peu brouillon à l'occasion, mais tout de même, les clowns noirs

naviguent avec bonheur entre parodie, imitation, citation et texte original.

Sans oublier le tissage du récit, les réminiscences (par exemple aux spectacles solos), les rappels d'une scène à l'autre. On déclame du Shakespeare, Tchaïkovsky signe la musique, on émaille le tout d'allusions à l'actualité régionale et internationale.

Même Tintin est de la partie: l'affiche évoque l'album Coke en Stock, une scène de la pièce reproduit celle où Tintin découvre des esclaves enfermés dans la cale d'un bateau, et le reporter belge joue un rôle dans le dénouement de l'intrigue.

Le tout tendu sur la fiction, établie dès le départ en complicité avec le public, d'un déluge imminent, dont les clowns noirs veulent sauver les gens, du moins ceux qui sont assis devant eux.

Vendredi, la salle Murdock était comble et le public a eu pour son argent... le prix d'entrée étant fixé à 137$ pour les adultes (voyez le billet que Diogène a confectionné pour moi, pour ma collection). Cependant, si on apportait une boîte de conserve (article de survie en cas de déluge) on ne payait que 20$.

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Enfin, bref, c'était une bien agréable soirée.

Roger Blackburn écrivait dans Le Quotidien (article complet ici):

"Trahison, coup de théâtre, la brigade anticulture se cache dans tous les coins de l'aventure afin de prendre au piège ces artistes qui osent faire du théâtre dans une région éloignée. Chaque clown de la troupe campe bien son caractère, qu'il soit naïf, tendre, joyeux, paresseux, intello, cartésien, sensible, colérique, chacun fait avancer l'histoire. Patrice Leblanc, dans le rôle de Trac, avec son bâton de baseball comme accessoire de théâtre, se retrouve dans la peau de plusieurs personnages avec toujours autant d'intensité. Même les clowns sans éclat, triste et ternes arrivent à réveiller des graines de héros en eux."

On ne saurait mieux dire.

Bravo aux Clowns noirs!

01/09/2011

Irène et moi à Port-au-Persil

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(photo: Cyberpresse)

L'ouragan Irène a causé beaucoup de dégâts dans la région de Charlevoix. Plusieurs routes coupées, notamment celle qui traverse le pittoresque village de Port-au-Persil, comme le montre la photo ci-dessus.

Nous sommes passés sur cette route il y a une une dizaine de jours, tout était magnifique malgré les nuages, voyez la belle photo du fleuve que j'y ai prise tout près du quai.

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Et nous avons bien entendu visité l'extraordinaire Poterie de Port-au-Persil (jetez un coup d'oeil sur leur site: ça c'est du graphisme intelligent, simple, joyeux, invitant: impeccable), port-au-persil,irène,route,poterie,grange jaunela grange jaune comme on l'appelle, qui regorge d'objets façonnés et peints avec talent, dans certains cas avec génie, par des artisans qui ont su devenir modernes tout en préservant les techniques traditionnelles.

J'aurais voulu les acheter presque tous. Entre autres une magnifique jarre à bines, avec laquelle je suis tombée en amour. Mais je me suis retenue: à mon âge, on y pense à deux fois avant d'acquérir de nouveaux biens. C'est plutôt le temps de se départir de tous ces objets, même beaux et précieux, accumulés au fil des ans.

Et je m'aperçois que regarder, vraiment regarder, c'est au fond plus enrichissant que d'acheter...

31/07/2011

Le Moulin à Lepage

Moulin à images, Robert Lepage, Québec, histoireLunettes de carton, un oeil bleu, un oeil rouge, look extraterrestre pour cause de 3D, entre falaise  et fleuve, je me fonds dans la foule de mes semblables qui converge vers le port de Québec pour assister au miracle quotidien.
La nuit venue, les élévateurs à grains troquent leur livrée grise et terne contre un habit de lumière. Un meunier génial a transmué leur face en un écran gigantesque, sur lequel il projette des gens, des lieux, des couleurs, des faits, des légendes, des idées, des visages qui frémissent et se meuvent, se succèdent et se télescopent.

Couleur, mouvement, technique, sensibilité, harmonie.
Tout vibre, tout bouge, tout revit et me touche.
Semée à tout vent, l'histoire, notre histoire, mon histoire creuse son sillon dans le ciel étoilé.
Magie du rêve. Je m'abandonne.
Les fantômes vacillants du passé se lèvent, scintillent un temps sur les ailes du moulin, puis s'évanouissent.

Ma mémoire burinée de leurs oeuvres.

 

Moulin à voyages
Moulin à visages
Moulin à images
Moulin à Lepage



25/07/2011

Un Labiche gonflé aux 100 Masques

Fidèle à sa tradition, le Théâtre 100 Masques nous a servi sur un plateau grinçant une comédie classique montée comme une mayonnaise et gonflée à l'hélium de la caricature et du vaudeville.

Après Aristophane, Molière, Sacha Guitry, le metteur en scène Dario Larouche et son équipe avaient cet été jeté leur dévolu sur  Eugène Labiche, avec L'Affaire de la rue Lourcine (la dernière représentation a eu lieu ce dimanche).

rue Lourcine,100 Masques, Dario Larouche, LabicheLa scène ridiculement petite de la salle Murcock (Chicoutimi) avait peine à contenir les comédiens, pour la plupart démesurément rembourrés et grimés. Avec un admirable abandon, ceux-ci ont su répondre aux exigences du texte et du metteur en scène pour incarner des personnages de cette farce loufoque et burlesque, qui n'ont que haine, agressivité, mots durs envers leur semblables.

Le sujet: deux compères se croient les auteurs d'un assassinat, qu'ils auraient commis pendant une nuit de beuverie dont ils ont tout oublié.

Avoir de l'argent, satisfaire leurs besoins primaires, cacher leurs incartades, voilà tout ce qui préoccupe ces êtres cupides et hypocrites qui ont pour seule fonction... de faire fonctionner la pièce. Même le jeune enfant que l'on va baptiser n'attendrit personne: tous le désignent du doux nom de bâtard.

Les comédiens et comédiennes, donc, Sébastien Bouchard, Louison Renaud, Patrick Simard, Érika Brisson, et Mélanie Potvin multiplient les grimaces, les assauts verbaux, les gros mots, les sacres (québécois) et les chansons (québécoises): c'est grinçant, burlesque, osé, drôle même si on rit parfois un peu jaune.l'affaire de la rue lourcine,100 masques,dario larouche,eugène labiche,chicoutimi

La mise en scène, comme c'est le cas pour toute comédie, repose sur un parfait synchronisme de plusieurs éléments, et c'est en général assez réussi. La ponctuation musicale rythme efficacement et comiquement le tout. Un bel effet est notamment créé par ces quelques notes de musique qui soulignent les réactions (de peur et d'incrédulité) des deux hommes à la lecture d'un fait divers où ils croient avoir joué un rôle.

La tradition du panégyrique (des donateurs) est au rendez-vous: présenté par une seule comédienne, cette fois avant l'entrée en salle, le texte (bien plus comique que celui de Labiche) évoque les traditions du théâtre en y intégrant les noms de plus d'une centaine de donateurs et commanditaires.

Dario Larouche tient sur son blogue une chronique de son travail pour chaque production qu'il monte, et c'est passionnant à lire (surtout après avoir vu le résultat final!), car il est rare que l'on ait accès au point de vue du metteur en scène. Dans un de ses billets récents, il évoque  son insatisfaction quant à cette production (et aux autres qu'il a mises en scène). Outre de souligner que l'insatisfaction est un moteur important de la création artistique, on peut dire que les productions des 100 Masques, incluant L'Affaire de la rue Lourcine, demeurent des merveilles d'ingéniosité et de travail théâtral en profondeur, qui arrivent au spectateur malgré le peu de temps (de répétition) et de moyens (financiers) dont dispose la troupe.

Par ailleurs si la pièce n'a pas le mordant de L'Assemblée des femmes ou du Médecin malgré lui (précédemment présentées par  les 100 Masques) c'est peut-être que la critique sociale en est quasi absente.

Et ça, c'est la faute de Labiche... pas de Larouche!

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Il en a été question ici:

Critique élogieuse dans Le Quotidien (reproduite sur le blogue de DL)

Très bon billet de Jack sur un aspect particulier de la pièce

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29/06/2011

Coup de dés chez Molinari

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molinari,gilles daigneault,mallarmé,coup de dés,montréalIl y a environ un mois, mon conjoint et moi avions décidé de visiter l'atelier de Guido Molinari, où était présenté un volet de la Biennale de Montréal. Station de métro Préfontaine,  loin dans l'Est. On ne sait même pas dans quelle direction se trouve la rue Sainte-Catherine, il faut demander aux gens... et leur réponse nous laisse incrédules!

Enfin sur Sainte-Catherine, nous marchons encore plus vers l'Est. Traversons un viaduc qui enjambe une gare de triage, entre le fleuve à droite et le Stade Olympique à l'horizon gauche. Aucune habitation... Un peu inquiets, on commence à se demander s'il y aura quelque chose au bout du tunnel.molinari,gilles daigneault,atelier,émotion,ocup de dés,peinture

Enfin, des maisons, un quartier habité: c'est Hochelaga-Maisonneuve. Le 3290 Sainte-Catherine: un beau bâtiment. On y entre: c'est clair, lumineux, murs tout blancs, plâtre partout, y compris les frises ouvragéesqui bordent le plafond.

Celui qui nous accueille est Gilles Daigneault, ami du peintre, responsable de la Fondation Molinari, gestionnaire de ce lieu magnifique, molinari,gilles daigneault,atelier,émotion,ocup de dés,peintureune ancienne banque acquise par Moli, comme ils l'appellent, qui avait installé son atelier au rez-de-chaussée et vivait au premier. Sous la voûte, photo ci-contre), le coffre-fort ne contient ni lingots d'or ni billets de banque, mais il abrite néanmoins un trésor: des toiles, peintes ou acquises par Guido.

Dans la salle (photo du haut), de grandes toiles aux couleurs vives: un ensemble réalisé par Molinari à partir de l'aspect visuel du poème Un coup de dés jamais n'abolira le hasard (thème de la Biennale de Montréal 2011), de Stéphane Mallarmé. (Vous pouvez en télécharger un exemplaire ici). Des bandes de couleur sont disposées sur la toile comme les lignes du poème sur la page. 

 

Par exemple, voici, placées côte-à-côte, une toile et la page qu'elle représente:

 

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Notre hôte nous invite ensuite à regarder une vidéo: la salle de projection est un minuscule cabinet de toilette, on s'assoit chacun notre tour sur la cuvette (couvercle rabattu, je précise!). L'écran est au-dessus du lavabo: l'artiste présente (en anglais, car le cinéaste est un Américain) son exemplaire du Coup de dés, qui l'a accompagné pendant toute sa vie. C'est tellement beau, simple, émouvant, j'en ai les larmes aux yeux. Un moment magique. Sur la photo ci-dessous, les mains du peintre,

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posées sur la page qui contient les mots LE HASARD.

Nous nous découvrons de nombreuses affinités avec Gilles Daigneault: il a étudié à Aix-en-Provence, comme nous, il est helléniste (nous adorons la Grèce ancienne), la journaliste et critique d'art Fernande Saint-Martin, une ancienne compagne de Molinari que mon conjoint connaît molinari,gilles daigneault,atelier,émotion,ocup de dés,peinturetrès bien, est membre du CA de la Fondation. La femme de Gilles Daigneault est la poétesse Denise Desautels, dont nous avons entendu parler notamment parce qu'elle a reçu de nombreux prix.

Notre hôte nous raconte tout: la vie de Moli, son attachement à son quartier, sa maladie, son travail, l'exposition (qui comprend aussi des oeuvres automatistes réalisées quand il avait 18 ans), bref, il s'avère pour nous un interlocuteur en or.

Pour couronner le tout, il nous reconduit en voiture jusqu'au métro Berri-UQAM!

Quel incroyable revirement! Jack et moi en sommes soufflés. Ce voyage mal amorcé s'est révélé finalement merveilleux, plein de surprises, enrichissant au point de vue artistique et humain.

Un cadeau de la vie et du hasard!

 

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PS. D'autres photos reliées à cette visite se trouvent ici.

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22/06/2011

Qin: empereur et fossoyeur des Chinois

empereur guerrier,chine,musée des beaux-arts,montréalPlus que quelques jours pour voir l'exposition L'empereur guerrier de Chine et son armée de terre cuite au Musée des beaux-arts de Montréal (jusqu'au 26 juin). Une formidable exposition qui donne à voir des pièces fabuleuses, soldats, chevaux, artéfacts, éléments de décor façonnés avec une extrême précision. Des objets en terre cuite que le Premier Empereur a fait fabriquer et placer dans un mausolée, immense complexe funéraire où il voulait reproduire sous terre le monde vivant qui l'entourait.empereur guerrier,chine,musée des beaux-arts,montréal

Il s'agit là d'une infime partie des 8000 soldats mis au jour par les archéologues dans la nécropole chinoise, où se trouvaient aussi des chevaux, des chars, et des milieux de vie reconstitués: jardins, parterres, rivières, animaux.

Ce monde figé dans la pierre pour l'éternité a déteint sur la Chine réelle et sur ceux qui l'habitent aujourd'hui. Comme le dit si bien Jack dans cette brillante analyse, l'empereur Qin Shi Huangdi marquait ainsi pour longtemps le destin de la Chine: secrète, fermée, communiquant difficilement avec les autres nations, dirigée par des tyrans pour lesquels le peuple est forclos: une Chine atteinte d'autisme, pourrait-on dire.

J'ai trouvé dans ce propos de Jack les raisons de mon ambivalence. C'est que j'étais tiraillée entre d'une part: mon admiration pour la beauté des pièces; mon plaisir de découvrir tout ce pan de l'histoire humaine que je connaissais bien peu; enchantée par les faits historiques que révèlent ces objets, qu'il s'agisse de poteries, de bijoux, ou de tuyaux d'égout de l'époque; renseignée encore davantage par l'audioguide et les cartels; impressionnée d'avoir sous les yeux ces témoins d'un monde lointain qui ont voyagé dans le temps et dans l'espace pour venir jusqu'à moi.

D'autre part: un léger malaise devant l'entreprise irrationnelle et mortifière d'un homme qui voulait peut-être défier le destin, qui a peut-être cru que cette nécropole le protégerait contre sa propre mort; malaise aussi à l'idée de tous ces ouvriers et artisans qui ont souffert et sont morts en travaillant à concrétiser le caprice fou de leur maître. Le nom de l'empereur Qin est parvenu jusqu'à nous, mais pas celui de ces humbles travailleurs...

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20/06/2011

Bleuetière en fête

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Victor Dallaire (photo Le Quotidien)

Samedi soir, l'Ordre du Bleuet a accueilli onze nouveaux membres au cours  de son deuxième gala annuel, tenu à la salle Pierrette-Gaudreault. Fondée par Jérémie Giles, développée par lui, Christiane Laforge et une équipe de bénévoles dévoués, la Société de l'Ordre du Bleuet a précisément pour but de rendre hommage à des personnes qui ont contribué au développpement et au rayonnement culturel du Saguenay Lac-Saint-Jean.

Je les connaissais tous, je connaissais une partie de leurs actions, mais de voir résumées comme ça, sur vidéo, toutes ces vies consacrées à la poursuite d'un idéal, c'était spécial, assez émouvant en fait.

ordre du bleuet,gala 2011,Mario PelchatIl y a chez nous des gens qui travaillent très fort, sans compter les heures, souvent mal ou peu payés, pour créer, communiquer leur passion pour une discipline, faire connaître un domaine, diffuser l'art et la culture sous diverses formes. Leur travail a été souligné, reconnu, mis en évidence, le temps d'une soirée devant leurs pairs, les bleuets qui remplissaient la salle.

Au-delà de cette brève cérémonie, tout un travail de recherche est accompli. Textes, liens, images, documentation demeurent disponibles sur le site de l'Ordre du Bleuet. (Ceux de 2010 y sont déjà, et ceux de 2011 y seront bientôt).

 

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Arthur Villeneuve

Ainsi Florence Munger, fondatrice de l'École Florence-Fourcaudot, une vraie pionnière qui a dû se battre dans les années 50 pour contourner l'imbécile condamnation de la danse par les curés. Elle a suivi des cours, dansé en public, fondé l'école de danse (Fourcaudot est le nom de son mari), que les jeunes filles devaient fréquenter en cachette, à cause du stupide interdit catholique. Les mots danse et ballet étant interdits, on disait qu'il s'agissait d'art chorégraphique. C'était vraiment touchant de voir cette vieille dame très digne, qui se déplace avec peine, autrefois jeune ballerine, recevoir sa récompense, et sourire en écoutant les applaudissement nourris qu'on lui a réservés.

 

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Guylaine Simard (photo Le Quotidien)

 

Le danseur étoile Guillaume Côté  était je crois le plus jeune des hommagés, et le seul qui n'était pas présent. Les images qu'on a montrées de lui, exécutant des sauts et entrechats hallucinants, vêtu de costumes  flamboyants, étaient fort belles. Il était l'un des deux récipiendaires dits de la diaspora, soit les gens d'ici qui rayonnent à l'extérieur de la région, l'autre étant Mario Pelchat, un authentique bleuet qui chante de par le monde; accompagné de ses parents, il était visiblement heureux de l'honneur amplement mérité que lui décernait sa région.

ordre du bleuet,gala 2011,jérémie giles,christiane laforge,cultureBel hommage aussi au cinéaste Alain Corneau, qui s'est battu toute sa vie pour faire exister le cinéma au Saguenay, qui a porté à bout de bras la maison de production La Chasse-galerie, qui a produit et monté des films de grande qualité et travaillé sur de nombreux longs métrages québécois.

Victor Dallaire, le sculpteur intègre, intense et sans compromis, Guylaine Simard, la vaillante et dynamique directrice du Musée du Fjord, Yvon Paré, mon ancien collègue journaliste, écrivain et passionné de littérature, de même que  le musicien Clément Tremblay, qui fut notamment à l'origine du Festival Jazz et Blues, et le photographe Michel Tremblay, fondateur Zoom photo festival de Saguenay, ont aussi été honorés.

Enfin à titre posthume, l'Ordre du Bleuet a reconnu le travail de l'abbé Raymond Tremblay, qui fut curé de la Cathédrale de Chicoutimi, chef de choeur et fondateur du Camp musical du Saguenay-Lac-Saint-Jean, et celui d'Arthur Villeneuve, le peintre-barbier à la vocation tardive qui a su créer une oeuvre abondante, personnelle et remarquable.

Cette soirée à la fois simple et bien organisée avait de quoi nous remonter le bleuet.

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*Article et détails sur les lauréats ici, dans Le Quotidien

27/03/2011

Bonne fête à vous tous, gens de théâtre

Aujourd'hui, dimanche 27 mars, c'est la JOURNÉE MONDIALE DU THÉÂTRE. Elle est célébrée par des activités, des spectacles, des messages. Le message québécois est ici.

Pour ma part (avant de parler justement d'une autre remarquable création), je veux souhaiter tout spécialement BONNE FÊTE  à tous les comédiens, créateurs, techniciens, à tous les artisans du théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean (on en voit plusieurs dans la vidéo ci-dessus), qui accomplissent un travail formidable avec peu de moyens, qui persistent et signent malgré les obstacles, et qui, bon an mal an, créent, montent, et diffusent des oeuvres en tous genres, pour le plus grand plaisir d'un public certes peu nombreux, mais fidèle et ravi. Et je n'ai qu'un seul mot, en forme de souhait:

CONTINUEZ!!!

15/03/2011

Des après-midis aux vues

Vinh, Born Sweet, Cambodge, Cynthia Wade, arsenirSamedi et dimanche après-midi, quatre séances de Regard sur le court métrage au Saguenay, au Petit théâtre de l'UQAC, la meilleure des salles de projection du festival (équipement et confort): Carte blanche (films du Mexique), Compétition 1, Compétition 2, et Films sur l'art. J'ai donc vu 27 films en tout.
Celui qui m'a marquée, et qui a je crois jeté tout le monde par terre, c'est le documentaire Born Sweet (ce lien permet de voir la bande-annonce du film, en anglais), tourné par Cynthia Wade en collaboration avec une équipe du Cambodge,  projeté dimanche après-midi. Il évoque le cas de millions de personnes empoisonnées à l'arsenic, au Cambodge et dans d'autres pays d'Asie. Quand des puits furent creusés pour fournir de l'eau aux habitants du pays, l'arsenic contenu dans la nappe phréatique depuis des millénaires a contaminé cette eau (informations ici).

L'histoire racontée est celle de Vinh, un Cambodgien de 15 ans, au beau visage serein, dont la voix hors champ évoque les conséquences de cette contamination: taches noires sur la peau, qui deviennent des plaies, toux, faiblesse, cancer, mort dans bien des cas.

D'autres puits, sains ceux-là, ont été creusés par la suite, mais trop tard pour Vinh, et pour tant d'autres.

Le karaoke, une activité que tous pratiquent et aiment dans ce petit village éloigné, apporte douceur et réconfort dans la vie de l'adolescent. Il a même été recruté pour enregistrer une chanson éducative, qui renseigne la population sur les dangers de cette eau contaminée et lui indique comment éviter de l'utiliser (les "mauvais" robinets sont peints en rouge). Quand le vidéoclip est présenté dans le village, Vinh connaît son heure de gloire.

Une médication a d'autre part pu soulager certains maux dont souffre le jeune homme.

Tout ça est raconté doucement, simplement, sans cris, sans larmes. S'il y a des larmes, ce  sont celles que versent les spectateurs! Larmes, gorge nouée, révolte: personne n'est resté indifférent lors de cette projection. Le film a d'ailleurs remporté le Prix du public décerné à l'issue de cette 15e édition du festival.

Les récipiendaires des autres prix sont énumérés dans cet article.

 

 

07/03/2011

Théâtre Palace: les lustres sans le lustre

theatrePalace.jpgJoyau de notre patrimoine arvidien, le théâtre Palace Arvida fait bien pitié, m'a-t-il semblé lors de mes récentes visites à cet endroit.  Bien sûr, c'est un miracle que ce théâtre* construit en 1927 soit encore là, debout et fonctionnel, et qu'il ne soit pas, comme tant d'autres édifices saguenéen à vocation cuturelle, tombé sous le pic des démolisseurs.

Au contraire, d'ailleurs. Fin 2009, on annonçait des rénovations  au coût de 1.8 millions (informations ici) défrayées par Ottawa, Québec et Saguenay. Aux dernières nouvelles, ces rénovations devaient être réalisées à l'été 2010. Peut-être qu'elles l'ont été en partie (extérieur? toiture? je ne peux pas juger). Mais à l'intérieur, si elles sont commencées, elles ne sont certainement pas terminées.

Dès l'entrée (c'est ce que j'ai vécu au spectacle de Guy Nantel, où il y avait beaucoup de monde), on descend l'escalier vers un sous-sol sombre dont certaines parties sont cachées par des rideaux de plastique. Le froid entre en même temps que la foule qui fait la file pour arriver au vestiaire (obligatoire mais je comprends dans ce cas, car c'est tellement tassé dans la salle qu'il n'y aurait pas de place pour les manteaux, et ça va quand même assez rondement), puis dans un autre escalier, pour monter cette fois. On franchit ensuite l'étroit passage qui longe le bar, on jette un coup d'oeil sur le beau vestibule, mais on ne le voit pas tellement il est mal éclairé, avant d'entrer dans la salle.
Les rénovations devaient inclure une disposition différente des sièges, ce qui n'a manifestement pas été fait: c'est toujours aussi horrible. Impossible de prendre place sur les chaises comme elles sont disposées au départ, soit autour de grandes tables au premier palier, soit alignées par trois de part et d'autre de tables étroites, sur les autres paliers: tout le monde  (sauf ceux qui sont assis au balcon, dans des fauteuils dignes de ce nom) déplace sa chaise afin de pouvoir voir la scène, dans le désordre le plus total.

(Remarque en passant, qui n'a rien à voir avec l'état du Palace: la salle est devenue un cabaret, lieu bruyant et populaire où l'on consomme de l'alcool: pour ma part je déteste ce genre d'endroit, peut-être que je suis vieille et/ou snob (j'assume), mais enfin, je préférerais une vraie salle de spectacle.)

Au plafond, intéressant élément d'architecture orné d'une belle fresque, qui constitue un des principaux atouts de cette salle historique, les poutres sont constellées de trous pratiqués n'importe comment, j'imagine pour faire passer des fils et poser des accessoires, mais ça fait mal au coeur de voir ça.

Les lustres sont encore là (peut-être les originaux mais je ne suis pas sûre), la rampe du balcon est très belle, la salle présente encore un certain cachet, mais il serait urgent de le mettre en valeur et de procéder à une vraie restauration

Alors ma question est: y a-t-il oui ou non des rénovations (en cours, passées, futures) au Palace?

En mode survie
*Difficile de trouver sur Internet des informations sur les débuts du Palace. La meilleure source est la petite brochure consacrée à Arvida (accessible en PDF ici), dans la série des circuits patrimoniaux publiés par Ville de Saguenay. On peut y lire que le cinéma (movie theatre) Palace  fut construit selon les plans de l'architecte Alfred Lamontagne et que

"l'édifice se distingue par un travail de brique remarquable, sur le mur extérieur de la rue Darling, et par une arcade monumentale qui perce sa façade".

On y a d'abord présenté des films muets puis, pendant longtemps, des films en anglais.  (Quand j'étais adolescente, une de mes amies m'y a entraînée pour voir un film d'Elvis Presley (G.I. Blues je crois) qui m'a profondément ennuyée.)

Fermé pendant plusieurs années, l'édifice a été acheté par les Productions Logistik 22 qui l'ont réaménagé et rouvert en 1999 pour y présenter leur spectacle Québec Issime, que l'on peut y voir encore chaque été, ainsi que d'autres créations. Depuis ce temps, l'édifice a changé de propriétaire et de gestionnaire et s'est trouvé en mode survie à plusieurs reprises, jusqu'à l'annonce de ce projet en 2009...