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03/03/2011

Recto-Verso: sous la jupe des marionnettes

recto-verso,vicky côté,salle murdock,patrick simardExpérience un peu troublante dimanche dernier (27 février): je suis allée voir un spectacle... et nous étions deux spectateurs dans la salle: moi et le facteur culturel! Les six concepteurs et artisans auraient pu annuler, mais ils ont décidé de jouer... pour nous deux:  c'était très bon, et j'ai finalement aimé l'expérience.

Heureusement, c'était à la salle Murdock, qui est plutôt petite.

Le spectacle: Recto-Verso, conçu par Vicky Côté, dont je suis le travail depuis quelques années, et Patrick Simard. Les deux artistes (entourés de quelques collaborateurs) assurent la conception, l'écriture, la scénographie, et bien entendu l'interprétation de cette courte pièce divisée en deux parties. D'abord, un spectacle de marionnettes: au bar-discothèque le Boa, barman, disc-jockey, employés et clients se recto-verso,vicky côté,salle murdock,patrick simardrencontrent, se confient, s'affrontent, vivent des drames grands et petits, des histoires d'amour, entre les cocktails, la musique, le karaoké et la danse.

Les marionnettes qui représentent ces personnages sont grossièrement bricolées, pas vraiment jolies, l'ambiance est à la fois glauque, trash... et sympathique. On sent que tout ça est à prendre au second degré, c'est relativement amusant et tout se termine bien...

Mais justement, ce n'est pas fini. Voici que commence la deuxième partie: les deux manipulateurs, invisibles jusque-là, se présentent au public, décrochent tous les rideaux et tissus qui les dissimulaient pendant la représentation, enlèvent leurs vêtements noirs, sous lesquels ils portent un costume blanc. Et ils rejouent le même spectacle, mais cette fois, on les voit, on voit le détail de leur travail: deux êtres humains accroupis dans un espace réduit, obligés, pour suivre la bande sonore qui défile implacablement, de lever le bras, de changer d'accessoires, de se déplacer, de se toucher, de ne pas parler, de faire vite. Un travail, un travail comme un autre,  routinier ou ennuyeux par moment.

recto-verso,vicky côté,salle murdock,patrick simardIls vivent eux-mêmes, en direct devant nous, une tranche de leur propre vie: moments de complicité, tentative de rapprochement, colère, réconciliation. Tenus au silence, ils s'expriment par petits gestes ou regards, en contradiction ou en accord avec ceux qui sont commandés par le spectacle.

Fascinante, cette présentation de l'histoire sous l'histoire, cette mise en abyme qui met en parallèle, par un jeu de similitudes et  de contrastes, l'aventure humaine supposée être la vraie, tandis que celle des marionnettes serait une fiction. Mais nous sommes au théâtre, donc dans la fiction de toute façon. Il faudrait donc peut-être établir une gradation dans la teneur fictionnelle (de chacun des deux univers): question intéressante pour les théoriciens, non?

À la fois comique et troublant, Recto-Verso est réalisé avec peu de moyens financiers (comme en général les productions régionales), mais beaucoup d'intelligence, d'astuce et d'imagination. Comme on dit, c'est simple mais il fallait y penser.

Encore du beau travail, bien fait, par des créateurs qui croient à leur art.

Il reste quatre représentations: aujourd'hui (jeudi), vendredi et samedi à 20 heures, et dimanche à 14 heures.

Le Quotidien a parlé du spectacle.

02/03/2011

Pour qui sonne Bungalopolis?

BungalopolisDans la même journée (samedi 26 février) j'ai vu deux opéras de grande qualité, situés aux antipodes (chronologiques et conceptuelles) l'un de l'autre: Iphigénie en Tauride, de Gluck (j'en ai parlé ici), et Bungalopolis, un opéra-cabaret conçu par le compositeur Maxime Goulet et ses complices.

Cette dernière production, présentée au théâtre Palace Arvida par la Société d'art lyrique du Royaume, sort réellement des sentiers battus, ceux de l'opéra, ceux de la musique, ceux du théâtre, dont elle retient cependant certains codes pour pour nous projeter dans l'univers déjanté de la bande dessinée, plus précisément des aventures de Jérôme Bigras, banlieusard moustachu et ventripotent créé par le bédéiste Jean-Paul Eid.

bungalopolis,société d'art lyrique du royaume,maxime goulet,jean-paul eid,jérôme bigrasLe concepteur Maxime Goulet invente une forme d'opéra moderne inspiré par les BD de Jean-Paul Eid (à gauche sur la photo, Maxime Goulet est à droite): le décor est celui d'une banlieue monotone (Bungalopolis) où les préoccupations des personnages touchent le gazon, le facteur, les vidanges, (ça fait penser à la petite vie, non?). Jérôme Bigras et ses voisins vivent des aventures extraordinaires, ils voyagent dans l'espace et dans le temps, ils rencontrent des étrangers, des gens qui leur veulent du mal, mais leur prosaïsme et -disons-le franchement- leur vulgarité désamorcent toute possibilité de véritable narration pour nous ramener à l'univers minimaliste de la banlieue où règne Jérôme Bigras, secondé par... Rex, sa fidèle tondeuse!

La parodie est l'un des ressorts de cette amusante production, comme l'indiquent les titres des 16 courts tableaux qui constituent les trois actes de l'opéra: Rascar Capac, Les aventuriers des objets perdus, Les hommes de matante, Passe-Jérôme tond le gazon, par exemple. Rien de tout ça n'est sérieux: il faut saisir les allusions (fines ou pas fines) et se laisser emporter par ce joyeux mélange d'absurde, de ridicule, de comique.

bungalopolis,société d'art lyrique du royaume,maxime goulet,jean-paul eid,jérôme bigrasComme à l'opéra, les (six) musiciens jouent en direct. Sur la scène, un écran affiche les planches des bandes dessinées (en noir en blanc) et les textes que chantent les quatre interprètes, Ariane Girard, Philippe Martel, Sylvain Paré et Dominique Côté (en ordre sur la photo), tous excellents. La musique, ultra-contemporaine, fascinante et accessible, est l'oeuvre de cinq jeunes compositeurs dynamiques et inventifs. L'un des points forts de l'oeuvre est d'ailleurs ce contraste pétillant entre le livret (vie quotidienne et propos triviaux) et la musique (pointue et audacieuse).

C'est un spectacle de grande qualité, ça bouge et ça déménage, c'est plutôt drôle, bref, on voit que tout le monde y a mis beaucoup de temps, de talent, et d'énergie.

Pour ma part, je me suis bien amusée, j'ai apprécié cet effort concerté d'un grand nombre de créateurs pour faire quelque chose de nouveau et d'éclaté, ce talent déployé dans tous les aspects de ce spectacle original: musique, mise en scène, conception, réalisation technique.

bungalopolis,société d'art lyrique du royaume,maxime goulet,jean-paul eid,jérôme bigrasMais pour le moment du moins, l'oeuvre ne semble pas avoir trouvé son public. Plusieurs des représentations prévues à l'origine ont été annulées, et celles qui ont eu lieu (à Jonquière et à Montréal) n'ont pas attiré les foules attendues. Tous ceux qui se sont déplacés ont adoré le spectacle, semble-t-il.

Mais comment convaincre, et qui convaincre? Pas de nom connu, musique contemporaine, complète nouveauté. Aînés amateurs de grands opéras? banlieusards avec enfants? intellos branchés? amateurs de jazz? artistes allumés? jeunes désargentés?

Difficile d'identifier le public-cible de Bungalopolis, véritable attracteur étrange qui tente de faire son chemin dans le monde déjà surpeuplé de l'offre de spectacle. Il faudrait une promotion tous azimuts, sur divers supports, qui titillerait la curiosité, des extraits, des critiques dans les grands médias... Difficile tout ça... et très cher.

Situation paradoxale puisque Bungalopolis possède au fond toutes les caractéristiques qui pourraient lui permettre de devenir une oeuvre-culte. Mais pour qu'elle le devienne vraiment, il faut qu'elle soit largement diffusée et connue. Un éventuel DVD trouvera peut-être son public plus facilement que le spectacle lui-même: je le leur souhaite, car tous ces gens débordent de talent et méritent attention et appréciation.

 

03/02/2011

Une autre splendeur parisienne: la Sainte-Chapelle

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Lundi dernier sur TV5, l'excellente émission française Des racines et des ailes, consacrée aux trésors du patrimoine mondial (classés par l'UNESCO), avait installé ses caméras dans la Sainte-Chapelle, l'un des plus extraordinaires monuments de Paris, que j'ai eu la joie de visiter en octobre dernier.

Son érection sur l'Île de la Cité a été commandée pasainte chapelle, parisr Saint Louis (Louis IX) au 13e siècle pour abriter les reliques de la passion de Jésus qu'il avait acquises à Constantinople, notamment la couronne d'épines et un fragment de la croix. Les reliques ont été depuis transférées à la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, située non loin de là, où elles sont exposées au public chaque premier vendredi du mois.

La beauté de l'écrin est à la hauteur de la piété de ce roi très catholique. Et même si on ne partage pas ses croyances, on ne ne peut qu'admirer cet édifice de pierre et de verre qui s'élance vers le ciel, comme porté par la ferveur religieuse de son concepteur.

Au cours de l'émission, on a montré avec beaucoup de précision et de clarté les techniques qui ont permis l'édification de ce joyau, qui assurent sa stabilité et lui permettent, des siècles plus tard, de continuer à pointer sa haute flèche dans le ciel parisien.

Nous l'avons visitée par temps pluvieux: peut-être que les vitraux étaient moins lumineux qu'ils peuvent l'être en plein soleil, mais cela ne nous a pas empêchés d'apprécier toutes ces merveilles: colonnes, statues, mosaïques, surfaces peintes, sculptures, et tant de petits détails qu'il faudrait des jours entiers pour observer dans leur entier.

Voici d'autres photos, prises par mon compagnon. Il a écrit sur son blogue, ici, que les miennes sont meilleures que les siennes, mais je ne suis pas d'accord.

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Sainte-Chapelle,Paris, Des racines et des ailessainte-chapelle,paris,des racines et des ailesPartout dans la Sainte-Chapelle, il y a des fleurs de lys comme celles qu'on voit sur les deux piliers de gauche, "d'or sur champ d'azur", l'emblème de la royauté française, et aussi des châteaux héraldiques (à droite, élément des armoiries royales espagnoles), en hommage à la mère de Saint-Louis, Blanche de Castille, qui assuré la régence en France pendant de longues périodes.

Et enfin voici, glanée sur la Toile, la Sainte-Chapelle dans son environnement, près du Palais de Justice:

sainte-chapelle,paris,des racines et des ailes

 

07/11/2010

Un écrivain disparu

Paul Villeneuve est décédé à Dolbeau, à l'âge de 66 ans. L'avis de décès publié dans Le Quotidien et sur Internet (par exemple ici), m'a fait paulVilleneuve.jpgcomprendre qu'il s'agit bien de l'écrivain, originaire de Jonquière, que j'ai connu.

Il a publié quelques romans dans les années 60 et 70, et son plus célèbre est certainement Johnny Bungalow, en 1974. Je me souviens que j'avais été très impressionnée par cette oeuvre,  sorte de roman d'apprentissage où il était question de devenir un homme et d'avoir un pays. Je trouvais même cela génial, je croyais y voir le début d'une grande oeuvre littéraire.

C'est un peu vague dans mon souvenir, mais je possède encore l'exemplaire que j'avais acheté moi-même pour 10.95$, comme en témoigne l'étiquette de la librairie Garneau encore collée à l'endos. On peut la voir la photo de droite.IMG_1289.jpgIMG_1294.JPG

J'en avais publié dans Le Quotidien un compte rendu fort élogieux. Quelques années plus tard, j'ai fait une interview avec lui. Ravie de rencontrer l'auteur d'un tel livre, j'ai en revanche appris qu'il avait renoncé à écrire des romans: il était journaliste au Journal de Montréal, où il a travaillé de nombreuses années, je crois.

Plus de 30 ans plus tard, j'apprends son décès, dans un CHSLD du Lac-Saint-Jean, alors qu'il était à peine plus vieux que moi. Pourquoi était-il là, quelle a été la fin de sa vie? J'en n'en sais rien.

 

IMG_1298.JPGEn retrouvant le livre dans ma bibliothèque, j'ai été frappée de voir comment un éditeur pouvait massacrer l'oeuvre d'un auteur à l'époque: petits caractères, texte dense, peu aéré, encrage irrégulier: rien, dans la présentation visuelle, pour attirer un lecteur éventuel. Mais j'avais de bons yeux alors et cette mauvaise qualité de l'édition ne m'a pas dérangée, ni surtout empêchée de lire le livre...

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Des recherches sur le web mènent, curieusement, à un certain nombre de citations dues à Paul Villeneuve, tirées pour la plupart de Johnny Bungalow, comme celles-ci:

«Impossible de palper le temps, mais il s'insinue là entre les fibres les plus ténues de l'être, s'y loge en intrus et s'y creuse un nid fatal.»
«Notre corps, l'environnement le plus près de nous mais si difficile à posséder, à explorer et à aimer...»
«Les souvenirs, c'est la seule chose au monde qu'on peut partager sans arrêt et qui ne s'épuise jamais...»
«Le temps, c'est quand on va d'un Noël à l'autre.»

«Chez les hommes, même l'amour passe par l'argent.»
(Dans  J'ai mon voyage)

 

Sans oublier ce beau passage cité dans l'avis de décès:

«Je sais ces voyages comme passage du temps, Pour le canot ailé de l'amour»


Bon voyage, Monsieur Villeneuve!

04/11/2010

Soudain l'été dernier: coup de théâtre, coup de coeur

J'ai écrit ce qui suit alors que je venais tout juste de voir la pièce. Des impressions, des idées à propos de Soudain l'été dernier, la pièce de Tennessee Williams présentée ces jours-ci par Les Têtes heureuses. (Il reste encore quatre représentations au Petit théâtre de l'UQAC, d'aujourd'hui 4 novembre au dimanche 7 novembre, et une à l'auditorium d'Alma le vendredi 12 novembre.)

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(Maude Cournoyer et Éric Renald)

 

Avant même le début de la représentation, j'ai été frappée par la beauté du décor signé Michel Gauthier. Même dans la pénombre, le style dépouillé de cette scénographie agit sur l'esprit. Un  plancher, des murs, un corridor, l'immense photo d'un enfant. Au centre: un petit module, comme un îlot formant table, chaise longue, banc. Impression d'immensité, de lignes qui fuient, de bois laqué, de géométrie, on y détecte aussi la grammaire visuelle de l'artiste Gatien Moisan, qui a travaillé lucillePerronL.jpgaux maquettes.
Les savant éclairages d'Alexandre Nadeau (décidément un as) varient en fonction des scènes pour fonférer à l'ensemble les textures et les couleurs qu'il faut, l'assombrir ou l'éclairer jusqu'à lui donner un aspect blanc aveuglant et fumeux.
Dans ce cadre vraiment magnifique se joue un drame, que je connaissais déjà pour ma part car j'ai vu cette pièce en 1995 à l'auditorium Dufour, présentée par la compagnie Jean-Duceppe: Andrée Lachapelle et Sylvie Drapeau y jouaient les deux rôles principaux. (Pour un résumé de l'oeuvre et le commentaire que j'en ai fait à l'époque, voir ce lien.)

Le thème principal de la pièce: la dévoration. Plante carnivore, oiseaux de proie dévorant les bébés-tortues aux Îles Galapagos, mère surprotectrice, quasi-amante de son fils: dévorante. Enfants affamés qui dévorent le héros. Images de la relation humaine selon Tennessee Wiliams: haine ou amour, on dévore toujours quelque chose de l'autre.
Impeccable performance de tous les comédiens, parfaitement dirigés par le metteur en scène Rodrigue Villeneuve.  En travaillant avec eux le rythme, la diction, l'accent, les pauses et les silences, il fait ressortir les riches nuances de ce beau texte qui tient du récit, du poème, de la méditation philosophique. Lucille Perron (photo de droite) est parfaite dans le rôle de Mrs (Violet) Venable (en plus d'avoir le physique idéal pour le rôle), oscillant entre jalousie, amertume, dénégation. Et Maude Cournoyer est tout simplement éblouissante dans la longue dernière scène finale où elle décrit, fragile, sensible, effrayée mais non pas folle, la fin terrible de son cousin.
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(Éric Renald, Martin Giguère, Maude Cournoyer, Dave Boudreault-Girard, Dominique Breton et Lucille Perron)

 

On a vu plus baroque et plus éclaté aux Têtes heureuses. Cette fois, c'est dépouillé et lumineux: une sobriété intelligente parfaitement justifiée.

Critiques parues:

Jacques-B. Bouchard sur son blogue

Daniel Côté dans Progrès-Dimanche
Christiane Laforge sur son blogue 

Keven Girard (une note discordante, c'est son droit)

Et les sous?

Parlons d'argent, enfin. C'est une honte que le CALQ refuse, depuis cette année, de verser à cette troupe une subvention de soutien au fonctionnement.  (Voir la nouvelle parue dans Le Quotidien).

Depuis presque 30 ans, ces gens accomplissent un travail théâtral remarquable, effectuent, avec une rigueur exemplaire, des choix totalement motivés par la qualité des oeuvres, et poursuivent sans relâche leur recherche de la perfection scénique. Que faut-il offrir de plus aux fonctionnaires et évaluateurs du CALQ pour qu'ils acceptent de soutenir financièrement cette troupe, l'un des fleurons du théâtre régional et québécois?

Lire à ce sujet:

-Le commentaire du blogueur Dario Larouche
-Le texte du directeur Rodrigue Villeneuve sur le site des Têtes heureuses, dans la colonne Espace Libre

 

19/08/2010

Adieu à Marie

À la cathédrale de Chicoutimi cet après-midi, funérailles de Marie Talbot. Beaucoup de gens du milieu culturel, une belle messe, quelques mots émouvants et pertinents de ses deux fils, Renaud et Antoine. Et ses petits-fils, de très beaux enfants qui parlaient et couraient un peu partout dans l'église.

Un (ou une violoncelliste) et un baryton que je ne connais pas ont proposé quelques beaux airs sacrés et profanes.

À la sortie, l'organiste (peut-être Céline Fortin, titulaire de l'orgue de la cathédrale), a joué une pièce extrêmement dynamique, pulsatoire... De qui était-ce? Je savais que je l'avais déjà entendue, probablement sur ce même orgue de la cathédrale... le nom de Widor me trottait en tête.

Eh oui, je l'ai retrouvée: la toccata de la 5e symphonie pour orgue de Charles-Marie Widor (je crois bien que j'ai effectivement entendu Céline Fortin jouer cette oeuvre il y a quelques années), ici interprétée par Jonathan Scott, que je vous propose. Écoutons cette merveilleuse musique en souvenir de Marie...

18/08/2010

Hommage à Marie

photoMarieTalbot.jpg(photo: Le Quotidien)

 

J'apprends le décès de Marie Talbot, et je suis sous le choc. Je l'ai côtoyée pendant de nombreuses années alors qu'elle était directrice des communications au Théâtre du Saguenay (anciennement Coopérative de Développement culturel de Chicoutimi).
C'était toujours un plaisir quand elle me téléphonait pour m'offrir un sujet d'article: spectacle, interview avec un artiste. Nous avions un contact à la fois professionnel, personnel et chaleureux.
Intelligente et rayonnante, Marie travaillait bien et efficacement, et elle savait créer avec chacun un lien privilégié.
Elle avait l'art de faciliter la tâche, autant aux journalistes qu'aux artistes et créateurs, et de trouver des solutions aux problèmes d'horaire et de déplacements qui pouvaient se présenter.
Entièrement dévouée à sa tâche qu'elle aimait beaucoup, et aux artistes qu'elle aimait plus encore, elle  était toujours là les soirs de représentation à l'auditorium Dufour, avec son sourire radieux et sa présence à la fois sensible et discrète.

Je la pleure aujourd'hui.
Elle disparaît la même année que le Théâtre du Saguenay...
Le journaliste Daniel Côté publie aujourd'hui dans Le Quotidien un texte chaleureux et bien senti au sujet de Marie Talbot: je ne saurais mieux dire....

09/07/2010

Régis Rousseau: un programme en or

regisRousso.jpgCe n'est certes pas le nom de Régis Rousseau qui avait attiré tant de monde à la cathédrale mardi alors qu'il avait convaincu le ténor Marc Hervieux, qui est aussi un ami à lui, de  s'y produire en concert.

Et pourtant la prestation de l'organiste, qui est également directeur du Conservatoire de musique de Saguenay, fut excellente. En accompagnement du ténor, dans les airs sacrés mais aussi dans les pièces profanes, notamment les deux arias de Puccini, E lucevan le stelle et Nessun dorma, que l'on entend certes rarement accompagnés à l'orgue (je ne sais pas s'il a fait lui-même les transcriptions): il a su souligner de couleurs inouïes (au sens de jamais entendues), le tempo et la mélodie.

Mais c'est dans les pièces pour orgue seul que j'ai surtout apprécié son jeu solide et sensible.

De plus, il a eu la brillante idée de mettre au programme une pièce du compositeur saguenéen François Brassard (1908-1976), qui a donné son nom à la salle du Cégep de Jonquière. En mars dernier, le  journaliste Daniel Côté a publié dans Progrès-Dimanche une série de textes très pertinents sur ce compositeur, ethnologue et organiste, mentionnant que ses oeuvres sont totalement inconnues du public, car elles sont très rarement jouées par les interprètes.
Dont acte. Régis Rousseau a répondu présent par la bouche... de ses tuyaux! Avec la Sonatine en si bémol, une oeuvre dynamique, colorée, vraiment agréable à entendre. L'occasion ne pouvait être mieux choisie pour faire découvrir François Brassard, leur compatriote, à plus de 2000 Saguenéens!

Un autre choix judicieux: pour faire sonner le Casavant, au lieu de la sempiternelle Toccata et fugue de Bach (fort belle par ailleurs), il a opté pour le Prélude et fugue sur le nom de BACH (ce lien conduit à un texte en anglais qui décrit l'oeuvre et explique que les lettres BACH correspondent aux notes si bémol, la, do, si (bécarre) dans le système allemand de notation musicale) de Franz Liszt: une oeuvre puissante et complexe, déployée avec force et précision par un interprète de haut niveau.

Double coup de chapeau donc à Régis Rousseau: l'un pour avoir convaincu Marc Hervieux de venir chanter à Chicoutimi, l'autre pour avoir mis à son programme une oeuvre de François Brassard!

21/06/2010

Un parterre de bleuets

trophBleuets.jpgSamedi soir à la salle Pierrette-Gaudreault, premier Gala de l'Ordre du bleuet. On doit cette idée géniale et sa mise en oeuvre à deux bleuets d'adoption: Jérémie Giles, et  Christiane Laforge ont mis sur pied la Société de l'Ordre du Bleuet et, entourés d'une petite équipe de collaborateurs, mis sur pied  cet événement annuel destiné à souligner le dynamisme et la créativité des bleuets d'ici et d'ailleurs, dans le domaine culturel au sens large.

Plus de 200 personnes ont assisté à cette cérémonie sobre, émouvante, rondement menée.  Michel Simard, président et éditeur des journaux Le Quotidien et Progrès-Dimanche (mon ancien patron, donc) a participé activement à cette soirée dont il était président d'honneur, et l'animation était assurée par Marc Bergeron, animateur retraité de Radio-Canada.

14 personnes ont été décorées de l'Ordre du Bleuet,  dont cinq à titre posthume. Si vous allez sur le site de l'ordre du bleuet, mis en ligne et tenu à jour par Christiane Laforge (qui a également rédigé tous les textes qui ont été lus lors de la cérémonie) vous trouverez la photo de chacun de ces récipiendaires et au moins un lien menant à une page web faisant état de ses réalisations. Ce n'est peut-être pas tout à fait complété encore, mais cela se fera au cours des jours qui viennent. Je vous cite simplement les noms:

Pierrette Gaudreault (la salle où nous étions porte son nom), Jean-Guy Barbeau, Monseigneur Victor Tremblay, Paul Tremblay, Ghislain Bouchard, à titre posthume. Ce sont des enfants ou conjoints qui ont reçu la décoration en leur nom.adieuGhislain.jpg

Et aussi: Olivette Hudon, Jean-Philippe Tremblay, Georges Coulombe, Gabrielle Gaudreault, Yvon Gaudreault, Carmen Gill, Hélène Beck, Albert Larouche et Ariane Blackburn (photo en bas  droite).

Toutes ces personnes, chacune à sa façon, ont contribué à développer et à enrichir la vie culturelle des bleuets, et plusieurs d'entre elles ont également rayonné hors de la région. On leur a remis une oeuvre de Jérémie Giles représentant des bleuets (photo ci-haut), une épinglette et un certificat.

Quelques notes:

- Si les récompenses étaient largement méritées, j'ai vu dans la salle un bon nombre de bleuets, hommes et femmes, fort actifs dans divers domaines et qui mériteront peut-être également cette décoration au cours des années qui viennent.

- Le public est d'ailleurs invité à suggérer des noms de candidats potentiels à cette prestigieuse récompense.

- Christiane Laforge a été la première récipiendaire de l'Ordre du Bleuet, en mai dernier.

- Tous les lauréats avaient été avisés à l'avance, sauf une: Olivette Hudon, qui croyait que seul son mari, le regretté Ghislain Bouchard, recevrait l'Ordre. Immédiatement après avoir reçu la décoration destinée à ce dernier, elle fut rappelée sur scène pour recevoir à son tour l'Ordre du Bleuet.

- Deux autres couples parmi les lauréats: Gabrielle et Yvon Gaudreault, Hélène Beck et Albert Larouche.

- Le quatuor Gardel a assuré de belle façon la partie musicale de la soirée, ponctuant les étapes et chaque remise de prix de mélodies de Vigneault, Léveillée et autres Québécois.arianeBlackburn.jpg

- Les musiciens ont fait une belle surprise à Jérémie Giles en interprétant l'une de ses compositions.

- Ce dernier a fait remarquer avec humour qu'il ne pouvait pas dire que Christiane Laforge a été son bras droit (il a perdu son bras gauche...).

- Enfin, chose qui n'a rien à voir: comme c'est souvent l'occasion dans ce genre de réunion, j'ai beaucoup entendu parler de cancer: une personne venait de se faire opérér, l'autre suivait des traitements, une troisième avait appris qu'un proche en souffrait, et ainsi de suite... Quelle terrible maladie!

18/06/2010

Des bibis et des âmes

chapeaux3.jpgQuel art merveilleux que celui de Mireille Racine, qui présente  l'exposition Le silence des chapeaux, au CNE jusqu'au 4 juillet.

chapLong.jpgAutrefois, les femmes portaient avec élégance et fierté ces chapeaux à plumes et à voilettes, simples, coquets ou extravagants, qui ont presque entièrement disparu du paysage.

Une artiste habile et sensible est allée les cueillir dans les tiroirs des vieilles commodes, les armoires de cèdre et les papiers de soie: transformés, élagués, recomposés, piqués sur des tiges, comme de grandes fleurs qui sortiraient du sol, ils émergent de l'oubli pour devenir oeuvres d'art et ainsi accéder à la pérennité.

Mireille Racine combine les techniques de la chapellerie, qu'elle connaît bien, et celles de la gravure, du papier matière, de la sculpture, pour confectionner des bibis qui dégagent charme et nostalgie.

Les plumes évoquent des oiseaux? L'artiste leur pose des pattes en fil de fer pour nous offrir quelques improbables phénix. Les formes à chapeaux chapeaux1.jpgont les contours des anciennes pierres tombales? Elle y imprime, par transfert photographique, des visages glanés sur des photos anciennes: dans un raccourci saisissant, le temps qui passe, le cycle de la vie et de la mort.

Poursuivant son exploration du paradigme, Mireille Racine a aussi sculpté des épingles à chapeau géantes en bois. S'est servie du ruban et des aiguilles à chapeau pour tisser une murale. A confectionné des cahiers où elle a consigné des textes.


Le visiteur y passe à travers des forêts de symboles, entouré, submergé, étreint par la nostalgie, le regret, l'émotion de ce passé restauré qui nous donne à voir l'âme des chapeaux.


chapeaux5.jpg