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29/11/2010

André (Mathieu), Alain (Lefèvre) et Alcan (le quatuor) font des heureux

Le Saguenay-Lac-Saint Jean: première région à organiser un événement André Mathieu. Ceci grâce à une collaboration entre la direction et les musiciens de l'Orchestre symphonique du SLSJ et le pianiste Alain Lefèvre, qui a littéralement ressuscité ce compositeur tombé dans l'oubli: il a fait connaître sa vie et son oeuvre, en en parlant beaucoup et sur toutes les tribunes, mais surtout en faisant ce qu'il sait le mieux faire: jouer du piano.

alainLaura.jpg (Laura Andriani et Alain Lefèvre
Photo: Sylvain Dufour, Le Quotidien)

Mardi dernier (23 novembre) à la salle Pierrette-Gaudreault, il concluait avec brio, entouré des membres du Quatuor Alcan (qui fait cette semaine une tournée de concerts en Italie), ce bel événement qui a commencé par un grand concert avec tout l'orchestre, sous la direction de son chef attitré Jacques Clément, donné successivement à Dolbeau-Mistassini, Alma et Jonquière (je l'ai malheureusement raté) et s'est poursuivi avec la projection, au ciné-club de Jonquière, du film L'enfant prodige (sur la vie d'André Mathieu), dont Alain Lefèvre a fait la présentation. Tous ces événements ont attiré en tout 2500 personnes, dont plus de 400 mardi à la salle Pierrette-Gaudreault.
Le concert a permis de découvrir des aspects de l'oeuvre de Mathieu qui ne sont pas beaucoup traités dans le film, lequel met surtout l'accent sur sa pensée romantique. Le trio et le magistral quintette (gravés par le quatuor et Lefèvre sur un disque à paraître l'an prochain) mettent en évidence d'autres couleurs de sa palette: moderne (même s'il s'est battu contre les modernistes, il n'en a pas moins subi leur influence), teintée d'accents russes (autres que ceux de Rachmaninov) français et américains. Voir à ce sujet l'excellent article du journaliste Daniel Côté, publié dans Le Quotidien.
Deux autres oeuvres de Mathieu, le magnifique Concerto de Québec (joué par le pianiste seul), et la Ballade-fantaisie, pure et intense (jouée avec Luc Beauchemin, aussi brillant au violon qu'à l'alto), figuraient à ce programme qui a donc offert un tableau assez complet de la richesse et de la variété de oeuvres du compositeur.

La salle était remplie: 400 personnes ont apprécié ce concert de haut niveau. Et ont vibré à la musique de Mathieu, sans oublier de goûter la formidable exécution de la sonate de César Franck présentée par le pianiste et la violoniste Laura Andriani.

27/11/2010

Caprices variés

Je n'en ai pas fini avec Paganini. Le lendemain du concert avec Salvatore Accardo, dont j'ai parlé dans ma note précédente, j'ai assisté à deux prestations dans le cadre du 71e concours de l'OSM, réservé cette année aux cordes et à la harpe.

IMG_1362.JPG 

(Le hall d'entrée du Tanna-Schulich Hall)

Ces auditions sont un superbe événement, qui permet d'entendre, tout à fait gratuitement, des jeunes interprètes talentueux et de haut niveau. Avec mon amie Andrée, je me suis donc rendue au Tanna-Schulich Hall, voisin de la salle Redpath sur la rue Sherbrooke (les deux salles appartiennent à la riche Université McGill).

Nous avons pu entendre deux jeunes concurrents, le violoniste Victor Fournelle-Blain et la violoncelliste Se-Doo Park. Nous avons été épatées par leur performance. La violoncelliste, toute concentrée, extrêmement efficace, et le violoniste, plus démonstratif, qui jouait avec tout son corps à la manière d'un chanteur rock.

Se-Doo Park a joué entre autres les variations de Gregor Piatigorsky sur un thème de Paganini (celui du 24e Caprice). Et la veille, Salvatore Accardo, juge à ce concours, avait offert en rappel d'autres variations sur le même thème, les Paganiniana de Nathan Milstein, qui joue son oeuvre sur la vidéo ci-dessous:

 

 

Nos deux jeunes n'ont pas remporté le grand prix, qui est allé à  Timothy Chooi, âgé de seulement 16 ans et formidable selon Claude Gingras, mais ils ont quand même obtenu des bourses et des récompenses (liste complète des lauréats ici).

Le hasard a fait d'eux nos préférés, un peu comme nos enfants. Nous retenons leurs noms et nous allons les suivre, car s'ils continuent en musique, ils vont certainement aller très loin.

25/11/2010

Paganinissimo... Accardissimo

sAccardo.jpgQuand j'ai su qu'un concerto de Paganini serait jouée lors d'un concert de l'Orchestre symphonique de Montréal, j'ai été tentée. Niccolò Paganini, c'est mon premier amour en musique (voir ici), et je l'écoute toujours avec autant de plaisir.

Et quand j'ai réalisé que ce concerto serait joué par Salvatore Accardo, un des grands violonistes de notre époque, je n'ai plus hésité.  

Le 18 novembre dernier, j'ai pris place à la salle Wilfrid-Pelletier pour ce concert. Et je n'ai pas été déçue.

Comme toujours, l'OSM sonnait merveilleusement bien. Le chef invité était Sir Roger Norrington. Très compétent, très british et très digne, ce monsieur de 76 ans a toutefois laissé paraître un petit côté cabotin, se retournant vers le public en ouvrant les bras sur la dernière note, souriant béatement pendant certains  certains passages légers et joyeux. Il nous a servi une superbe symphonie de Haydn (49) en entrée, et les Variations Enigma d'Elgar,  intenses et nuancées en clôture.

Je connais par coeur les concertos 1 et 2 de Paganini, mais je n'avais jamais entendu le no 4. Je l'ai donc acheté sur iTunes (avec Erno Rozsa au violon) et l'ai écouté dans l'autobus sur mon nouveau iPod Touch. Sur la vidéo (avec photos), Accardo joue le premier mouvement du concerto (avec le London Philharmonic, dirigé par Charles Dutoit), mais il faut aller jusqu'à 3min23 pour l'entrée du violon.

Salvatore Accardo est un grand maître et j'ai tout aimé de sa performance: une sonorité exceptionnelle (il joue sur un Guarnerius del Gesù de 1733), sa maîtrise technique, sa virtuosité, son engagement total dans le jeu. La fougue de l'oeuvre est quelque peu tempérée par la sérénité qu'apportent l'âge (69 ans) et l'expérience.

J'ai savouré sa cadence brillante et inventive, qui fut applaudie par l'auditoire, par le chef et par les musiciens, même si en principe on n'applaudit pas entre les mouvements. J'aurais aimé qu'il joue le premier concerto, mon concerto...  Mais il m'a permis de découvrir le quatrième, typiquement paganiniesque et fort beau aussi.

Le lendemain, j'ai assisté à quelques prestations des auditions du concours de l'OSM (je vous en reparle dans une prochaine note), où M. Accardo était juge, et à la sortie, j'ai pu lui dire en quelques mots combien j'avais aimé son concert de la veille! Il m'a souri et remerciée, j'étais émue!!!

 

21/11/2010

Hamlet et Tyco Brahé

TychoBrahe.jpgJe n'avais aucune idée de qui était Tycho Brahé avant d'écouter l'émission radiophonique Les années-lumière aujourd'hui à la SRC. À la faveur de l'excellent reportage de Sophie Blondin, j'ai découvert en cet astronome danois du 16e siècle un homme, un personnage vraiment hors du commun.

Entre autres

- Après avoir perdu le bout de son nez (au cours d'un duel ou dans un accident), il a porté un nez postiche fait d’argent et d’or, d'où son surnom:  l'homme au nez d'or

- C'était un mathématicien et un astronome de haut niveau, qui a réussi à décrire des étoiles avec une grande précision, sans disposer d'instruments d'observation. Johannes Kepler fut son assistant.

- Son corps vient d'être exhumé pour une deuxième fois (la première fois, c'était en 1901) afin de permettre à une équipe d'universitaires danois d'effectuer des prélèvements, après quoi il a été remis en terre, il y a quelques jours

- Ceci afin de déterminer la véritable cause de sa mort, inconnue à ce jour. Éclatement de la vessie après s'être retnenu trop longtemps d'uriner, dit-on. Ou empoisonnement au mercure. Accidentel ou provoqué, et par qui?

- Telle est la question. En effet, des chercheurs affirment que l'histoire de Tycho Brahé a fourni à Shakespeare le sujet de sa grande tragédie, Hamlet. Vice-roi du Danemark pendant huit ans, l'astronome aurait été l'amant de la reine Sophie, et possiblement le véritable père du roi Christian IV (une théorie soutenue par quelques historiens). Celui-ci l'aurait peut-être fait assassiner.

Cette histoire absolument fascinante, qu'il faut sans doute prendre avec un grain de sel, est racontée en détail dans Libération, ici.

 

Fémur et tour Eiffel

TourEiffel.jpg 

Dans la même émission on traitait des inventions humaines inspirées par les phénomènes naturels (tissus, organes ou facultés des plantes ou des animaux), qui sont fort nombreuses.

Il était mentionné entre autres que la structure de la tour Eiffel  aurait été inspirée à l'architecte par celle de l'os du fémur humain. S'il n'existe pas de preuve de cette affirmation (relayée par des adeptes de sectes religieuses souhaitant démontrer par là la supériorité de la création divine), on peut cependant observer que:

"La structure de l’os ressemble à celle de la Tour Eiffel. Des travées maintiennent la rigidité d’un ensemble qui comporte beaucoup de vide. C’est ce type de structure qui donne au squelette à la fois sa rigidité, mais aussi la souplesse nécessaire pour subir de très fortes contraintes sans se rompre."

17/11/2010

Feu et Incendies

incendiesFilm.jpgAu cours du dernier mois, j'ai vu deux beaux films. Très différents l'un de l'autre, ils ont en commun le feu. Incendies (toujours à l'affiche à Chicoutimi, je crois) brûle dans tous les sens, le vrai feu et le feu intérieur: quête passionnée, mort, amour, désir, cruauté, guerre, ruines et décombres. C'est un film qui frappe, qui brûle les yeux et le coeur. Un film nécessaire, avec ses images belles et dures, qui montrent l'amour et la haine comme le feu et l'eau.

En 2007 à l'auditorium Dufour, j'avais vu la pièce de Wajdi Mouawad (j'en ai parlé ici) dont Denis Villeneuve a tiré le film. Il a su relier par une trame narrative solide les divers tableaux qui se succédaient dans la pièce et son film est très fidèle, me semble-t-il, au projet de Mouawad.

L'une des conclusions que l'on peut en tirer:

"Quelle connerie la guerre" (dans Barbara, poème de Jacques Prévert mis en musique par Joseph Kosma et interptété notamment par Yves Montand, comme ci-dessous, sur Youtube, avec une image statique)

 

 

Jean-Sébastien Bach

À Québec, j'avais repéré une projection au cinéma Cartier (où d'ailleurs Incendies sera présenté à compter de vendredi) , tout près du café Krieghoff où nous logions. Mein Name ist Bach (Mon nom est Bach), tourné en 2003, que nous avons vu en version originale (allemande), avec sous-titres français.

Réalisé par Dominique de Rivaz, le film évoque les circonstances dans lesquelles Jean-Sébastien Bach a composé son oeuvre intitulée L'Offrande musicale. nomBach.jpgMais d'un point de vue très prosaïque, avec une mise en images à la fois réaliste et étonnante de la vie à cette époque, longs et pénibles voyages en charette, soins médicaux donnés dans des condtitions épouvantables.

On y voit donc Jean-Sébastien et deux de ses nombreux fils (l'un vient d'être papa), et surtout sa rencontre avec Frédéric II de Prusse. Ce dernier, le méchant de l'histoire, est en réalité le personnage principal du film. Ses motivations sont si bien expliquées qu'on éprouve pour lui une certaine sympathie.

Sur cette vidéo, on entend le mouvement Ricercare de l'Offrande musicale, dont le thème fut, dit-on, soumis à Bach par Frédéric II, ainsi que c'est raconté longuement dans le film.

Un film dont on a peu parlé (critique dans Le Soleil ici) qui si je ne me trompe pas arrive ici dix ans après sa sortie, très intéressant et totalement atypique (j'ai seulement regretté que la trame sonore ne soit pas davantage présente et mise en valeur), vu dans un vieux cinéma de répertoire en compagnie d'une quinzaine de personnes: une belle expérience pour Jack (il en a parlé ici) et moi.

14/11/2010

Donizettite aiguë

troisDonPasquale.jpgEn moins d'une semaine, j'ai vu deux opéras de Gaetano Donizetti! Dimanche dernier,  L'elisir d'amore en version concert à la salle Pierrette-Gaudreault dans le cadre d'une tournée des Jeunesses musicales. Et hier, samedi 13

polenzaniPasq.jpg

Matthew Polenzani

novembre, Don Pasquale, diffusé en direct du Metropolitan Opera au Cinéma Jonquière.

Le bel canto, j'adore, mais à petites doses et à condition qu'il soit impeccablement rendu. Or, aucun des interprètes vus au Met hier n'en est spécialiste. Ce qui a donné: un premier acte ennuyant et mal chanté, un troisième et dernier acte mieux chanté mais assez peu distrayant.

Et un acte deux plutôt réussi, offrant d'excellents moments d'opéra comique: beaux airs à plusieurs voix, revirements et bouffonneries, amusante déconfiture du vieux Don PasnetrebkoDon.jpgquale quand la timide jeune femme qu'il vient d'épouser se métamorphose en mégère.

J'ai découvert et fort apprécié le talent comique d'Anna Netrebko (Norina) que j'ai vue dans d'autres opéras du Met (Roméo et Juliette, Lucia di Lammermoor), la vraie vedette de cette production, que je ne connaissais pas sous ce jour. Sa voix est plutôt belle, les aigus bien contrôlés, mais c'est une voix passe-partout, qui manque de personnalité je dirais. Ceci dit, elle joue délicieusement la comédie, et chante en courant, en sautant sur le lit, en faisant des pirouettes: chapeau!!!

La voix que j'ai préférée est celle du ténor Matthew Polenzani (Ernesto), tout à fait adaptée au bel canto, claire, pure dans le registre élevé, bien que manquant un peu de volume.

Le baryton-basse John Del Carlo, l'interprète de Don Pasquale, est excellent comédien, possède une bonne technique, mais il chante vraiment mal.

La prestation du maestro James Levine (photo) fut, comme toujours, délicieuse et sensible. En plus il semblait s'amuser beaucoup à diriger cette oeuvre légère qu'il abordait pour la première fois en 40 ans de carrière au Met.

Étonnant qu'avec tous les moyens financiers dont on dispose là-bas (le public est cependant sollicité pendant les entractes levinauMet.jpgpour faire des dons au Met!!!), avec ces gigantesques décors mobiles, cette débauche quasi indécente de couleurs, de costumes et d'accessoires, on ne réussisse pas à faire mieux. C'est sans doute à cause de l'intrigue, qui n'enrichit pas l'esprit en exposant comment des jeunes gens se moquent d'un vieux barbon qui souhaite épouser une femme belle et beaucoup plus jeune que lui. La morale, telle que chantée dans le finale, à savoir qu'un vieil homme ne devrait pas se marier, est d'une rare vacuité.

Publications sur cette production:

Sur cette page, des liens vers des critiques en anglais, fort élogieuses pour la plupart

Réflexion pertinente de Jack sur son blogue

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Pour ce qui est de L'Élixir d'amour, on pourrait faire la même réflexion: le thème est mince et sans profondeur, prétexte à une suite d'airs mélodieux. L'oeuvre a cependant plus de charme et  le scénario pétille davantage (que celui de Don Pasquale). Production montée avec deselisirAffiche.jpg moyens qui n'ont rien à voir avec ceux du Met, décor minimaliste, mise en scène bien sage et trop peu nuancée. Les jeunes interprètes, soutenus par un excellent pianiste (Maika'i Nash, originaire d'Hawaii), ont mis à contribution leur solide formation de base pour livrer le tout avec un enthousiasme qui faisait un peu oublier leur manque d'expérience.

11/11/2010

Broche à foin extrême

En attendant le songe, mardi dernier à la salle Pierrette-Gaudreault (un autre bon coup de La Rubrique comme diffuseur de théâtre): j'ai rarement autant ri en assistant à un spectacle, même donné par un humoriste.

IrinaBrook.jpg

Cliquer sur l'image pour voir (descendre un peu dans la page) une vidéo sur la pièce jouée à Paris (distribution différente) et les propos d'Irina Brook à ce sujet


C'est Le Songe d'une nuit d'été, de Shakespeare, à la sauce Irina Brook. Les comédiens sont restés coincés à Athènes, les techniciens (déjà sur place car ils ne voyagent pas en avion) vont donc tenter de sauver les meubles et en jouant eux-mêmes la pièce.

J'avais eu la bonne idée de lire sur Wikipédia le synopsis de l'oeuvre, ce qui a littéralement doublé mon plaisir.

Les deux principaux volets du Songe... y sont bel et bien: l'histoire de trois couples qui se font et se défont, s'aiment et ne s'aiment plus dans la Grèce antique, et celle d'un metteur en scène qui tente de monter une mauvaise pièce avec de mauvais acteurs.songenuit.jpg

La mise en abyme proposée par Shakespeare est doublée de celle(s) qu'y ajoute le génie inventif d'Irina Brook.

Le côté amusant de la pièce est poussé à son extrême limite. Le texte est largement amputé pour faire place à des ajouts du plus haut comique, par exemple des mots grecs connus de tous (souvlaki, ouzo, ou encore "alpha, bêta et Zorba"), des galipettes, des anachronismes, pour le plus grands plaisir des spectacteurs, littéralement crampés de rire.

Les prolétaires, plombier, maçon, électricien, s'emparent de la scène, chambardent tout, s'expriment et s'éclatent, se moquent des conventions, n'oublient jamais de parler au public: c'est fou, débridé, burlesque, jouissif. Les sept comédiens (hommes) jouent tous les rôles: hommes, femmes, fées, musicien, lune, lion. Ils savent faire tout et n'importe quoi: jouer les bouffons, les amoureux, les pitres, prendre des poses, minauder, se taper dessus, courir, sauter, rentrer dans le mur (ouch!).

Tout ça sans aucun décor, avec quelques accessoires et costumes totalement déjantés: c'est un tourbillon, une vraie folie. Mais ne nous y trompons pas, cette perle qui élève le comique à un niveau rarement atteint pétille d'intelligence et prend sa source dans une profonde compréhension de l'oeuvre (et plus généralement de la nature du théâtre).

D'autres commentaires sur ce spectacle:

Jack

Le blogue de la Rubrique

Daniel Côté, Le Quotidien, 11 novembre 2010 (lien à venir, peut-être)

 

 

10/11/2010

Bonne fête, monsieur et madame Pacman!

pacmanArc2.jpgCette année marque les 30 ans de Pacman.
J'ai assisté à ses débuts grâce à mon fils. Entre quatre et six ans, il était fasciné par les arcades, ces salles où on pouvait jouer aux machines à boules, et qui accueillirent donc à cette époque les premiers jeux vidéo, notamment Pacman.
Ces lieux avaient mauvaise réputation, attirant surtout des ados, marginaux, parfois agressifs, qui faisaient bien souvent commerce de substances illicites.
Mais le jeune lui, voulait seulement jouer. Alors je l'accompagnais, consciente que nous faisions tache parmi tous ces "flos": lui parce qu'il était plus jeune, moi parce que j'étais plus vieille que les habitués du lieu.
Je regardais mon fils jouer, et, accro moi aussi sans vouloir l'avouer, je glissais parfois un 25 sous dans la machine voisine de la sienne pour jouer une partie.
Pacman, c'était fabuleux. Ms. Pacman, ensuite, avraiPacmann.jpgvec son rouge à lèvres et sa boucle rouge sur la tête, était encore plus extraordinaire. Vitesse, réflexes, dévoration jouissive des méchants fantômes, frustration de perdre les trois vies: on ne s'en lassait pas.
Comme fiston et maman étaient passionnés (Jack était intéressé, mais comme spectateur seulement), nous avons eu d'innombrables consoles à la maison, à commencer par la Pong, puis l'Atari 2600, puis les divers avatars de la Nintendo (NES, SUPERNES, N64), avec Mario Bros. comme locomotive. Des versions de Pacman ont été faites pour chacune de ces consoles, j'en ai acheté plusieurs, y compris pour mes Macintosh.
mspacman.jpgMais jamais ces Pacman domestiques ne m'ont offert le même plaisir que les versions pour machines d'arcade...
Impossible de reproduire la sensation que donnait le joystick, encore moins l'acuité de sa réponse. Aucun joystick pour console ou ordinateur ne m'a offert cette précision ni cette sensation d'être dans l'action. Somme toute, la manette classique avec croix de contrôle était préférable.joystick.jpg
Je joue encore parfois à Ms. Pacman sur mon Macintosh, mais je me lasse vite car les flèches de direction gâchent tout mon plaisir.
Et il y a plus de 25 ans que je n'ai pas mis les pieds dans une salle d'arcade. Mon jeune, aujourd'hui dans la trentaine, n'y va plus non plus. Je sais qu'il en existe encore, mais elles ont sans doute bien changé depuis mon époque.

07/11/2010

Un écrivain disparu

Paul Villeneuve est décédé à Dolbeau, à l'âge de 66 ans. L'avis de décès publié dans Le Quotidien et sur Internet (par exemple ici), m'a fait paulVilleneuve.jpgcomprendre qu'il s'agit bien de l'écrivain, originaire de Jonquière, que j'ai connu.

Il a publié quelques romans dans les années 60 et 70, et son plus célèbre est certainement Johnny Bungalow, en 1974. Je me souviens que j'avais été très impressionnée par cette oeuvre,  sorte de roman d'apprentissage où il était question de devenir un homme et d'avoir un pays. Je trouvais même cela génial, je croyais y voir le début d'une grande oeuvre littéraire.

C'est un peu vague dans mon souvenir, mais je possède encore l'exemplaire que j'avais acheté moi-même pour 10.95$, comme en témoigne l'étiquette de la librairie Garneau encore collée à l'endos. On peut la voir la photo de droite.IMG_1289.jpgIMG_1294.JPG

J'en avais publié dans Le Quotidien un compte rendu fort élogieux. Quelques années plus tard, j'ai fait une interview avec lui. Ravie de rencontrer l'auteur d'un tel livre, j'ai en revanche appris qu'il avait renoncé à écrire des romans: il était journaliste au Journal de Montréal, où il a travaillé de nombreuses années, je crois.

Plus de 30 ans plus tard, j'apprends son décès, dans un CHSLD du Lac-Saint-Jean, alors qu'il était à peine plus vieux que moi. Pourquoi était-il là, quelle a été la fin de sa vie? J'en n'en sais rien.

 

IMG_1298.JPGEn retrouvant le livre dans ma bibliothèque, j'ai été frappée de voir comment un éditeur pouvait massacrer l'oeuvre d'un auteur à l'époque: petits caractères, texte dense, peu aéré, encrage irrégulier: rien, dans la présentation visuelle, pour attirer un lecteur éventuel. Mais j'avais de bons yeux alors et cette mauvaise qualité de l'édition ne m'a pas dérangée, ni surtout empêchée de lire le livre...

IMG_1303.JPG

 

Des recherches sur le web mènent, curieusement, à un certain nombre de citations dues à Paul Villeneuve, tirées pour la plupart de Johnny Bungalow, comme celles-ci:

«Impossible de palper le temps, mais il s'insinue là entre les fibres les plus ténues de l'être, s'y loge en intrus et s'y creuse un nid fatal.»
«Notre corps, l'environnement le plus près de nous mais si difficile à posséder, à explorer et à aimer...»
«Les souvenirs, c'est la seule chose au monde qu'on peut partager sans arrêt et qui ne s'épuise jamais...»
«Le temps, c'est quand on va d'un Noël à l'autre.»

«Chez les hommes, même l'amour passe par l'argent.»
(Dans  J'ai mon voyage)

 

Sans oublier ce beau passage cité dans l'avis de décès:

«Je sais ces voyages comme passage du temps, Pour le canot ailé de l'amour»


Bon voyage, Monsieur Villeneuve!

04/11/2010

Soudain l'été dernier: coup de théâtre, coup de coeur

J'ai écrit ce qui suit alors que je venais tout juste de voir la pièce. Des impressions, des idées à propos de Soudain l'été dernier, la pièce de Tennessee Williams présentée ces jours-ci par Les Têtes heureuses. (Il reste encore quatre représentations au Petit théâtre de l'UQAC, d'aujourd'hui 4 novembre au dimanche 7 novembre, et une à l'auditorium d'Alma le vendredi 12 novembre.)

maudeDernier.jpg

(Maude Cournoyer et Éric Renald)

 

Avant même le début de la représentation, j'ai été frappée par la beauté du décor signé Michel Gauthier. Même dans la pénombre, le style dépouillé de cette scénographie agit sur l'esprit. Un  plancher, des murs, un corridor, l'immense photo d'un enfant. Au centre: un petit module, comme un îlot formant table, chaise longue, banc. Impression d'immensité, de lignes qui fuient, de bois laqué, de géométrie, on y détecte aussi la grammaire visuelle de l'artiste Gatien Moisan, qui a travaillé lucillePerronL.jpgaux maquettes.
Les savant éclairages d'Alexandre Nadeau (décidément un as) varient en fonction des scènes pour fonférer à l'ensemble les textures et les couleurs qu'il faut, l'assombrir ou l'éclairer jusqu'à lui donner un aspect blanc aveuglant et fumeux.
Dans ce cadre vraiment magnifique se joue un drame, que je connaissais déjà pour ma part car j'ai vu cette pièce en 1995 à l'auditorium Dufour, présentée par la compagnie Jean-Duceppe: Andrée Lachapelle et Sylvie Drapeau y jouaient les deux rôles principaux. (Pour un résumé de l'oeuvre et le commentaire que j'en ai fait à l'époque, voir ce lien.)

Le thème principal de la pièce: la dévoration. Plante carnivore, oiseaux de proie dévorant les bébés-tortues aux Îles Galapagos, mère surprotectrice, quasi-amante de son fils: dévorante. Enfants affamés qui dévorent le héros. Images de la relation humaine selon Tennessee Wiliams: haine ou amour, on dévore toujours quelque chose de l'autre.
Impeccable performance de tous les comédiens, parfaitement dirigés par le metteur en scène Rodrigue Villeneuve.  En travaillant avec eux le rythme, la diction, l'accent, les pauses et les silences, il fait ressortir les riches nuances de ce beau texte qui tient du récit, du poème, de la méditation philosophique. Lucille Perron (photo de droite) est parfaite dans le rôle de Mrs (Violet) Venable (en plus d'avoir le physique idéal pour le rôle), oscillant entre jalousie, amertume, dénégation. Et Maude Cournoyer est tout simplement éblouissante dans la longue dernière scène finale où elle décrit, fragile, sensible, effrayée mais non pas folle, la fin terrible de son cousin.
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(Éric Renald, Martin Giguère, Maude Cournoyer, Dave Boudreault-Girard, Dominique Breton et Lucille Perron)

 

On a vu plus baroque et plus éclaté aux Têtes heureuses. Cette fois, c'est dépouillé et lumineux: une sobriété intelligente parfaitement justifiée.

Critiques parues:

Jacques-B. Bouchard sur son blogue

Daniel Côté dans Progrès-Dimanche
Christiane Laforge sur son blogue 

Keven Girard (une note discordante, c'est son droit)

Et les sous?

Parlons d'argent, enfin. C'est une honte que le CALQ refuse, depuis cette année, de verser à cette troupe une subvention de soutien au fonctionnement.  (Voir la nouvelle parue dans Le Quotidien).

Depuis presque 30 ans, ces gens accomplissent un travail théâtral remarquable, effectuent, avec une rigueur exemplaire, des choix totalement motivés par la qualité des oeuvres, et poursuivent sans relâche leur recherche de la perfection scénique. Que faut-il offrir de plus aux fonctionnaires et évaluateurs du CALQ pour qu'ils acceptent de soutenir financièrement cette troupe, l'un des fleurons du théâtre régional et québécois?

Lire à ce sujet:

-Le commentaire du blogueur Dario Larouche
-Le texte du directeur Rodrigue Villeneuve sur le site des Têtes heureuses, dans la colonne Espace Libre